Suicides chez les forces de l'ordre : que se passe-t-il au sein de la police et de la gendarmerie nationale ?

Suicides chez les forces de l'ordre : que se passe-t-il au sein de la police et de la gendarmerie nationale ?

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SOCIÉTÉ - En moins d'une semaine, huit membres des forces de l'ordre ont mis fin à leurs jours. Ils font partie des 46 policiers et 16 gendarmes qui se sont donnés la mort depuis le début de l’année 2017, qui devrait être une année noire. Quel est le malaise qui gagne policiers et gendarmes ? Quels sont les dispositifs mis en place ?

En 25 ans, 1135 policiers ont mis fin à leur jour, la moitié avec leur arme de service. A l’instar de 1996 et 2014, l'année en cours devrait résonner comme une année noire : 46 policiers et 16 gendarmes se sont donné la mort depuis le début de l’année. En une semaine, huit membres des forces de l'ordre ont mis fin à leurs jours parmi lesquels une figure emblématique, le commissaire Antoine Boutonnet, ex-chef de la division nationale de lutte contre le hooliganisme. 


Que se passe-t-il dans les rangs des forces de l’ordre ? Le malaise grandissant est-il pris en compte par le gouvernement ? Après un pic en 2014 (55 policiers contre 40 en moyenne et une trentaine de gendarmes), le nombre de suicides avait baissé. L’effet du plan présenté en janvier 2015 ? Cette année-là, la police nationale avait mis en place, sous l'impulsion de Bernard Cazeneuve, un plan anti-suicide. Le SSPO, service de soutien psychologique opérationnel, mettait notamment à disposition des psychologues pour les policiers à tendance suicidaires et/ou qui souffrent de burn-out. Une ligne téléphonique d'écoute est toujours disponible 24h/24. 

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Police, le tabou du suicide

"Management déplorable, politique du chiffre..."

Mais aujourd’hui, ce dispositif ne semble plus suffire. "Policiers et gendarmes sont très mobilisés sur la défense des autres depuis deux ans. Peut-être que cela les a amenés à moins se soucier d'eux-mêmes mais peut-être que cela a également généré de l'usure", commente prudemment à l’AFP Céline Berthon, secrétaire générale du syndicat des commissaires de la police nationale (SCPN). Le suicide est un sujet complexe mêlant histoire personnelle mais aussi parfois mal-être professionnel. Pour le syndicat Unité SGP Police, les facteurs de risques sont connus. "Management déplorable, manque de reconnaissance du travail des policiers, conditions de travail exécrables, politique du chiffre, services d’investigation englués (…)", dénonce-t-il dans un communiqué. 


Et puis il y aurait cette omerta dans la police que quelques voix commencent à dénoncer. Sous couvert d’anonymat, un gardien de la paix, officier de police judiciaire en Ile-de-France a ainsi témoigné sur LCI de ce silence qui entoure le burn-out et le suicide. Au sein de son commissariat, impossible selon lui de montrer des signes de faiblesse. "C’est tabou car on n’arrive pas à savoir très clairement quelle est la source du passage à l’acte, qu’elle est la goutte d’eau qui a fait déborder le vase. C'est une omerta qui règne car il ne faut surtout pas parler des sujets qui fâchent", explique-t-il. Bien au-delà des dispositifs, Jules souhaiterait surtout que la parole se libère. Et que la bienveillance soit au cœur des relations entre les policiers eux-mêmes, et leur hiérarchie. "Signaler des difficultés à son chef ne doit pas être perçu comme un aveu de faiblesse", conclut-il. 

"Il y a un travail très fin à réaliser"

L’accélération inquiétante de cette dernière semaine a conduit le ministre de l’Intérieur à réagir. Gérard Collomb a ainsi demandé dimanche soir aux directeurs généraux de la Police nationale, de la Gendarmerie et de la Sécurité intérieure "une évaluation des mesures mises en œuvre pour prévenir les suicides parmi les forces de l’ordre". Edouard Philippe a précisé ce lundi que le ministre de l'Intérieur allait recevoir "l'ensemble des organisations représentatives de forces de l'ordre pour faire le point sur les procédures qui existent, afin de déceler ceux qui, dans une situation de fragilité particulière, pourraient, le cas échéant, décrocher, voire passer à l'acte". 


"Il y a un travail très fin à réaliser, nous allons le faire", a reconnu sur France Inter le Premier ministre, affirmant prendre "personnellement très au sérieux ces chiffres et, au-delà de ces chiffres, les réalités individuelles qu'elles représentent" de ces policiers et gendarmes à qui on demande "énormément". 

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