Terroristes : "les gamins ont de l'admiration pour ces gars-là"

FRANCE
SOCIÉTÉ – Si la mobilisation contre le terrorisme et pour la liberté d'expression fut historique en France dimanche dernier, les populations issues des banlieues ont peu pris part au cortège. Une situation qui n'étonne pas vraiment Mohamed Tria, cadre d’entreprise et président du club de foot de La Duchère, à Lyon.

Il affirme avoir été "abasourdi" par ce qu'il a entendu. Le président du club de foot lyonnais de La Duchère , Mohamed Tria, a réuni une quarantaine de jeunes âgés de 13 à 16 ans issus des banlieues pour la plupart afin d'évoquer les attaques terroristes perpétrées en France il y a dix jours, et notamment la tuerie dans les locaux de Charlie Hebdo. Et selon lui, "l’interprétation des attentats a été toute autre dans ces quartiers."

"Ils (les jeunes) n’ont pas été informés par les journaux, mais par les réseaux sociaux, c’est la seule source accessible pour eux et ils croient que c’est la vérité. La théorie du complot, j’ai pris ça en pleine gueule, lâche-t-il dans un entretien accordé à l'AFP. Surtout, ils ne voyaient pas la mort de 17 personnes, mais l’acte de bravoure de ceux tombés les armes à la main. Ils ont de l’admiration pour ces gars-là, ils trouvent qu’ils leur ressemblent. Eux sont en quête de reconnaissance et croient qu’en mourant les armes à la main, on peut y arriver."

Qui explique aujourd’hui à ces gamins ce qui est bien et ce qui est mal ?

Pour Mohamed Tria, certaines valeurs de la République échappent totalement à une certaine frange de la jeunesse. "Je leur ai parlé de la liberté d’expression, ils m’ont demandé pourquoi cela ne valait pas pour Dieudonné . Je leur ai répondu que lui appelait à la haine, mais qui explique aujourd’hui à ces gamins ce qui est bien et ce qui est mal ? Comme on ne leur enseigne plus nos valeurs, d’autres prennent la place et ça marche, car ils sont en quête de quelque chose. La radicalisation religieuse, c’est une conséquence, cela fait partie du repli sur soi. Ces jeunes, ils connaissent leur quartier et ce que disent leurs copains, c’est tout. On est en vase clos. Et tant qu’il n’y avait pas de problèmes, ça arrangeait tout le monde."

"Les beaux discours, ça va 5 minutes"

Enfin, le dirigeant estime qu'il est "urgent d'agir" dans les quartiers les plus défavorisés. "Quand on est acteur social au quotidien, on sait que la tâche est immense. Il y a de plus en plus de gens qui vivent à côté de nous, pas avec nous. On a fait beaucoup de rénovation urbaine, mais déverser des tonnes de béton, ça ne suffit pas. Il faut de l’humain. Comment accompagne-t-on le vivre ensemble, comment on le matérialise ?

Les beaux discours, ça va cinq minutes. L’intégration à la française, ça ne marche pas. Maintenant qu’on a pris cette grosse claque dans la gueule, notre responsabilité est énorme. On est contraint budgétairement, d’accord, mais il va falloir arbitrer des priorités. Il est urgent d’agir dans les dix ans qui viennent, pour sauver ceux qui peuvent l’être et surtout leurs enfants." Et de s'interroger : "En écoutant ces gamins, je me disais : mais comment seront les leurs ?"
 

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