Une journée dans la peau d'un taxi niçois au bord de la crise de nerfs

Une journée dans la peau d'un taxi niçois au bord de la crise de nerfs

DirectLCI
REPORTAGE – Les taxis azuréens se préparent à une action radicale ce jeudi, en bloquant les axes stratégiques du département si le gouvernement ne prend pas de nouvelles mesures contre les applis type Uber. Metronews a passé une après-midi dans un taxi niçois.

Il a la Mercedes impeccable, l'allure décontractée et le verbe haut. Eric (prénom d'emprunt) est l'un des 437 artisans taxis de Nice. En "grève" symbolique depuis lundi matin pour protester contre la "concurrence déloyale" des applis type Uber, il travaille au forfait : 15 euros pour les courses en ville, 25 euros pour l'aéroport, 50 euros pour Antibes…

Après de longues minutes d’attente en station, sous un soleil de plomb, première course. Devant Acropolis, un Parisien descendu à Nice pour affaires doit prendre son vol retour. Eric prévient : "Vous êtes au courant qu'aujourd'hui c'est un forfait ?" "Non, le taxi à l'aller ne m'a rien dit. Il m'a demandé 35 euros, j'ai d'ailleurs trouvé ça un extrêmement cher mais comme il était sympa je n’ai pas osé…" Eric est catastrophé. "Y en a qui peuvent pas s'en empêcher…"

25 euros au lieu de 30

A l'arrivée au terminal 2, embouteillages obligent, le compteur affiche 30,70 euros. Eric demande ses 25 euros forfaitaires. Il verrait d'ailleurs d'un bon œil la création d'un forfait aéroport toute l'année : "Ça rassurerait les clients et ça éviterait les arnaques". Sur ce sujet sensible, l'artisan n'est pas dupe : "Bien sûr qu'il y a des taxis niçois qui volent leurs clients… comme dans toutes les villes, comme dans toutes les professions ! Il nous faudrait des "Boers" [une brigade de policiers en civil, ndlr] comme à Paris , qui fassent appliquer les règles. Mais pour tout le monde : les taxis, les VTC, les Uber… ça changerait l'image des taxis, les gens les prendraient de manière sereine".

"Sereine", Marcelle l'est totalement. Cette mamie a commandé un taxi pour aller de l'hôpital Saint-Roch à un cabinet médical près du square Mozart. "Je vous soutiens complètement, j'ai une amie dont le fils est taxi", glisse la dame. Le forfait du jour prévoit un tarif de 15 euros. Le compteur en affiche à peine 10, le prix que demande Eric. "Prenez 15", lance l'octogénaire. "Cette dame, c'est le client niçois typique : plutôt âgé et habitué des taxis, qui fait de petits trajets en centre-ville. Ce sont eux qui nous font travailler l'hiver", confie l'artisan.

"Personne ne sanctionne les VTC au pied des hôtels !"

En ce début d'été, la clientèle se fait plus nombreuse. Trois minutes après avoir déposé sa mamie, il reçoit "à la radio" – le système de réservation de "Taxi Riviera" auquel beaucoup de taxis niçois sont abonnés – une nouvelle course : un quinqua élégant qui se rend du Parc Impérial à la vieille ville. Pro-taxis lui aussi : "Ils sont fiables, courtois et contrôlés. Avec Uber, on ne sait pas sur qui on tombe. Et puis on ne peut pas faire entrer de manière sauvage des gens dans une activité réglementée ! Si les choses doivent évoluer, il faut le faire correctement, pas du jour au lendemain".

Garé tant bien que mal à la station Opéra, squattée par des automobilistes, Eric ne dit pas le contraire : "Au final, on fait le même métier, on transporte des personnes… mais pas dans les mêmes conditions. Nous, on paie une licence à 380.000 euros, le RSI, on doit faire des remises à niveau régulièrement… Et personne ne sanctionne les VTC qui attendent le client au pied des hôtels ou autour de l'aéroport, ce qui est interdit !" A la portière, un copain taxi en retraite pointe la housse noire qui recouvre le lamparo" "Taxi Nice" : "Ça y est, vous êtes en deuil !"

A LIRE AUSSI >> Taxis contre VTC, on fait le match

Sur le même sujet

Plus d'articles

Lire et commenter