Une vague de solidarité pour Jérôme, SDF accusé d’avoir blessé des policiers

Une  vague de solidarité pour Jérôme, SDF accusé d’avoir blessé des policiers

JUSTICE – Interpellé le 3 juin dernier place de la Daurade, Jérôme Wyss est jugé ce vendredi après que trois policiers ont été mordus par ses chiens. Alors qu'il conteste avoir lâché ses compagnons sur les fonctionnaires, un comité de soutien s'est spontanément mobilisé pour le soutenir.

Silhouette frêle et regard doux, Jérôme Wyss, SDF depuis dix ans fait presque partie du décor dans le quartier de Daurade. Depuis deux ans, toujours accompagné de ses cinq chiens, les habitants ont pris l'habitude de le voir installer sa tente tous les soirs sur la place, près de la Garonne. "Je le croise quand je promène mon chien tous les matins, raconte Louise, une habitante du quartier. Il est adorable et irréprochable. Il déploie sa tente le plus tard possible le soir et la replie toujours dès 7 h 30 le matin".

Deux versions des faits

Mais le 3 juin dernier, tout bascule pour ce jeune homme de 29 ans. Ce soir-là, une opération est menée conjointement par la police nationale et municipale à l’appel des riverains afin "de contrôler les nuisances sonores et la consommation d’alcool sur la voie publique". Les fonctionnaires demandent à Jérôme de quitter la place. C’est alors que la situation dégénère. Des policiers sont mordus par les chiens du SDF.

Dans quelles circonstances exactes ? Les versions divergent. Le lendemain, la police annonce qu’"un SDF a lâché ses chiens" et que "quatre policiers ont été mordus et sont légèrement blessés". Jérôme, nie avoir lâché ses compagnons. "Ils étaient attachés à mon Caddie" se défend-il. Le 5 juin, il passe en comparution immédiate et bénéficie d’un report de jugement au 3 juillet pour préparer sa défense. Il risque jusqu’à 5 ans d’emprisonnement pour violences volontaires avec circonstances aggravantes d'avoir utilisé les chiens comme armes et de s'en être pris à des personnes dépositaires de l'autorité publique.

"Il ne correspond pas du tout au cliché du SDF imbibé et agressif"

Entre-temps, l’affaire mobilise les habitants et les riverains. "Spontanément des témoignages de personnes se trouvant sur les lieux le soir de l'interpellation sont venus mettre en doute la version des policiers", explique Louise. Un comité de soutien informel réunissant une trentaine de personnes voit le jour pour soutenir Jérôme qui ne correspond pas du tout au cliché du SDF imbibé et agressif" ajoute la jeune femme. Riverains, habitants, personnes travaillant dans le quartier, personnalités telles que le père Michel Dagras expriment leur solidarité. Un groupe de soutien est créé sur Facebook et réunit plus de 440 personnes en quelques jours.

Parmi les témoignages qui ont afflué, l’avocate de Jérôme a encouragé cinq témoins de la scène à s'exprimer à la barre vendredi, lors du procès en correctionnelle. De son côté, la police maintient sa version. Pour Didier Martinez, délégué syndical Unité-SGP Police FO, "ces opérations déclenchées à la demande des riverains sont toujours délicates. Dans un contexte où les personnes sont nombreuses et souvent imbibées, la situation peut dégénérer. Les policiers ont eu les bons réflexes ce soir-là".

En attendant son procès ce vendredi, Jérôme s’inquiète pour ses chiens, placés à la SPA depuis un mois. Logé dans un centre d’hébergement de la Cépière jusqu’à la fin du procès, il veut croire en l’avenir. "Je suis suivi par une assistante sociale, je voudrais continuer mes démarches pour trouver un logement. Et j’aimerais faire ce que j’ai toujours voulu, vivre du jonglage" glisse-t-il les yeux pétillants.

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