Virus Ebola : comment la Française contaminée va être prise en charge

Virus Ebola : comment la Française contaminée va être prise en charge

INTERVIEW - La volontaire de Médecins sans frontières (MSF) contaminée par le virus Ebola doit être rapatriée du Liberia dans les heures à venir. Le professeur Bruno Lina, virologue au CHU de Lyon, répond aux questions de metronews sur la prise en charge de cette patiente, la première à être hospitalisée en France.

MSF s'est inquiété jeudi matin que son humanitaire infectée par Ebola soit restée au Liberia "plus de 40 heures". Y a-t-il urgence à la rapatrier ?
Hospitaliser les patients atteints d'Ebola, les réhydrater, traiter leurs hémorragies, on peut le faire partout. Mais on sait que les premières journées de la maladie sont déterminantes pour savoir comment celle-ci va évoluer. Et il est vrai que dans une structure de soins moderne telle que celles que l'on peut posséder en France, on augmente les chances que les choses se passent bien.

Le gouvernement et les autorités sanitaires affirment que tout est prêt pour cette première prise en charge d'une patiente sur le sol français . Est-ce bien le cas ?
Oui, cela fait quand même plusieurs mois que tout le monde se prépare. Une dizaine d'hôpitaux a été identifiée comme étant les établissements de référence capables d'héberger ces malades. Le personnel soignant a été formé, on sait quels écueils éviter pour qu'il soit contaminé. Même si le risque zéro n'existe jamais, on l'a réduit au maximum.

La volontaire de MSF sera traitée à l'hôpital militaire Bégin, en région parisienne. A-t-il une particularité ?
Pourquoi Bégin plutôt que l'hôpital Bichat ou la Pitié-Salpêtrière, tout aussi proches ? Le choix a été fait au plus haut niveau. Quand vous hospitalisez un tel patient, il faut vider l'ensemble du service. Cet hôpital militaire était sans doute le plus à même, en termes d'organisation, de le faire rapidement.

Cet établissement est équipé de deux chambres d'isolement spécialement aménagées. Concrètement, comment fonctionnent-elles ?
Une chambre d'isolement, c'est une chambre tout à fait normale. La seule différence est qu'on y rentre par le biais de sas et qu'il y a un jeu de pression négative. Lorsque l'on ouvre la première porte du sas, qui est en surpression, l'air à l'intérieur est chassé vers le couloir. Quand vous ouvrez la seconde, l'air va vers la chambre, qui elle est en dépression. Ainsi, l'air de la chambre et celui du couloir ne sont jamais en relation. Ceci dit dans le cas d'Ebola, c'est surtout la présence du sas qui permet d'éviter les contaminations fortuites, notamment en rappelant constamment au personnel qu'il a affaire à un patient potentiellement dangereux. Ce n'est en effet pas du tout un virus à transmission aérienne.

Quelles sont les principales précautions qui doivent être prises par le personnel soignant ?
On sait que c'est celui qui paye le plus lourd tribut en cas d'épidémie d'Ebola, et qu'on se contamine lorsque l'une de nos muqueuses ou la surface de la peau entrent en contact direct avec du matériel contaminé : le sang, les urines, la sueur... Il y a donc des procédures d'habillage extrêmement strictes, qui permettent d'éviter de mettre la moindre parcelle de peau en contact avec l'extérieur. Le plus délicat, c'est de se déshabiller. Il faut enlever toutes les protections selon un ordre très précis, de façon à éviter de se souiller les mains.

La population française n'a donc aucune raison de s'inquiéter ?
Aucune. Nous sommes face à un patient identifié, qui va être pris en charge de A jusqu'à Z. Le risque est nul pour la population. Après, j'espère très vivement que cette humanitaire va guérir d'Ebola. A partir du moment où un patient est hospitalisé en réanimation dans un pays européen, le risque de décès est réduit de deux et demi. C'est-à-dire qu'on compte pratiquement un décès sur deux en Afrique, alors qu'il n'y en a plus que 20% en Europe. Cette patiente augmente donc très significativement ses chances en venant se faire soigner en France.

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