Vis ma vie de festivalier au Hellfest

Vis ma vie de festivalier au Hellfest

France
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REPORTAGE - C’est devenu un incontournable en région nantaise : le Hellfest, qui accueille cette année 150 000 festivaliers. Parce qu’une autre manière de fêter la musique est possible, Metronews est allé tester.

En gare de Nantes, ils se repèrent : cheveux souvent longs, tentes sous le bras, jean serré malgré la chaleur. Tous en noir. Sous le soleil, il faut saluer l’exploit. Tous filent vers le train pour Clisson, dernière étape d’un trajet parfois long, avant la grand-messe du Hellfest. D’où la fébrilité, une fois embarqués : "On y est ! Un an que j’attends ça !", souffle Eric, venu de Paris. Un voisin chevelu fait connaissance : "T’as pris des boules quiès ? Non ? Et tu dors au camping ? Ah, c’est ta première année ?" Ok, ça promet.

Dès l’entrée du Hellfest, le ton est donné. Epoustouflant : un décor de cinéma, une immense rue colorée, reproduction de Camden Street, à Londres, a été montée. Sur le site où sont les scènes, une grandiose tête de mort, une grande roue plantent une ambiance de fête foraine à la Tim Burton. Les appareils photo sortent, même chez les habitués : tout ça n’existait pas l’an dernier. "C’est le seul festival où le décor est aussi soigné, le site aussi beau", raconte Alexandre, venu de Toulouse, qui a bravé la grève TGV pour arriver. "Chaque année l’organisation améliore des choses", assure-t-il. Ce décor soigné a toutefois un coût :  2, 5millions d’euros sont investis dans les équipements.

Tout pour les collectionneurs

Direction le camping. Au milieu des tentes qui encerclent les vignes, Adrien, 19 ans, plante ses sardines. Fébrile, il est arrivé dès jeudi midi, pour avoir un bon emplacement. Ni trop près des scènes, ni trop loin du point d’eau. Installé, il a sorti la veste en cuir clouté, et le programme déjà annoté. Fin prêt. Même si son planning tient parfois du casse-tête : "Il y a six scènes, chacune avec sa spécialité, hard rock, punk, hard métal... Plusieurs groupes que j'aime passent en même temps", explique-t-il. Dur dilemme, qu’il tranchera plus tard. Car il a déjà une autre priorité : filer aux boutiques de produits dérivés, acheter le tee-shirt d’Iron Maiden, un de ses groupes fétiches.

Car le festivalier métalleux est collectionneur, volontiers dépensier. Et sans doute, les annonceurs commencent à y voir leur intérêt : SFR et le Crédit mutuel ont ainsi installé des dizaines de transats siglés, sous un écran géant. A côté, Blabla Car, site de covoiturage, fait sa promo en distribuant stylos et autocollants. Plus loin, d’immenses boutiques, véritables supermarchés, proposent tee-shirts, bijoux, cuvée millésimée, jusqu’à la barboteuse en squelette pour bébé… Les files s'étirent.

"Du théâtre, de la mise en scène"

Partout, tout le temps, un incessant va-et-vient, une procession de festivaliers hyper lookés, qui vadrouillent dans un nuage de poussière qui ne retombe pas. Côté garçons, le kilt-torse nu tendance Braveheart fonctionne à plein en ce jour de quasi canicule. Les filles misent elles sur les classiques du gothique chic : jarretelles apparentes sous mini short en cuir, bottes cloutées, maquillage appliqué… Efforts à saluer : pas si facile d’être sexy en mode camping. Mais l’idée y est. Et fait, souvent, son petit effet sur la gent masculine.

Au milieu de cette ruche qui ne s'arrête pas, on se croise, se regarde du coin de l'oeil, s'alpague... Des petits échanges, de rapides rencontres,  partage d'impressions, se nouent au milieu de la cohue. Des nouveaux amis qu'on ne recroisera sans doute jamais. Mais ça fait du bien, ces petites pauses dans cet espace-temps en mouvement.

"Il y a vraiment beaucoup de monde, on commence à sentir la différence par rapport à l’an dernier", remarque Arnaud, 27 ans, qui vient depuis quatre ans. "Il faut faire la queue pour des jetons, pour les boissons, pour les points d’eau, les toilettes… " Peut-être le début de la rançon du succès : le Hellfest accueille en effet près de 150 000 personnes cette année , entre 20 et 30% de plus que l’an passé.

Mais le métal, c’est peut-être un style, mais c’est d’abord une musique. Bruyante, parfois hermétique pour ceux qui ne connaissent pas. "On est souvent pas compris, vite mis dans des clichés, accusés de satanistes. Pourtant, tout ça, c’est du théâtre, de la mise en scène", déplore Alexandre. "Et le métal, c’est comme la musique classique : il y a de tous les styles, plus ou moins accessibles. Ça défoule, ça exprime la rage." Et là-dessus, les métalleux sont volontiers partageurs, désireux de faire connaître leur chapelle. Car avant tout ça, le Hellfest : un grand moment de rassemblement, de partage et de découvertes... sur fond de bière et de whisky, de tee-shirts siglés et de groupes mythiques. Un monde à part, déconnecté. Ca va être dur, vraiment, de reprendre pied dans la réalité.

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