Rapport du Giec : la France n'est même pas au niveau des engagements de l'accord de Paris

Rapport du Giec : la France n'est même pas au niveau des engagements de l'accord de Paris

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ENVIRONNEMENT - Près de trois ans après la signature de l'accord de Paris, le compte n'y est pas et les émissions de gaz à effet de serre ont augmenté. La France, qui s'est engagée à réduire de 27% ses émissions à horizon 2028 par rapport à 2013 et de 75% d'ici 2050, est aussi sur la mauvaise voie. Inquiétant, alors que le Giec publie lundi 8 octobre un rapport stipulant que l'accord de Paris est insuffisant pour contenir la hausse des températures à 1,5°.

En décembre 2018, les États membres de l'ONU se réuniront pour la COP24, en Pologne, pour clarifier les engagements pris lors de la signature de l'accord de Paris, pendant la COP21 de 2015, et tenter de renforcer les objectifs de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Mais sur le terrain, les premiers pas sont déjà difficiles, et la France ne fait pas exception.


Alors que la communauté internationale s'était engagée à limiter la hausse de la température "bien en-deçà de 2°C" et à "poursuivre les efforts pour limiter la hausse à 1,5°C", par rapport aux niveaux pré-industriels, le Giec estime qu'il faudrait réduire ces émissions de 40 à 70% entre 2010 et 2050 pour rester sous 2°C.


Alors que le niveau des émissions n'est pas encore stabilisé au niveau mondial, l'Accord de Paris indique que les pays doivent rechercher "un plafonnement des émissions dans les meilleurs délais", puis "des réductions rapides par la suite". Chaque pays définit ensuite des objectifs intermédiaires au niveau national. La réalisation de ces objectifs permettrait d'éviter un réchauffement de 4 ou 5°C, mais engendrerait malgré tout un réchauffement de plus de 3°C aux conséquences désastreuses.

La France à contresens

Où en est la France dans la réalisation de ses objectifs ? Pour le savoir, un observatoire a été mis en place, et ses premiers résultats sont plutôt... négatifs. Les émissions de gaz à effet de serre nationales ont en effet dépassé l'an dernier de 6,7% le "budget carbone", selon le premier bilan de l'Observatoire climat-énergie des ONG Réseau Action Climat et CLER, publié en septembre 2018.


Pour arriver à ce chiffre, l'Observatoire a comparé les objectifs définis par la stratégie nationale bas carbone (SNBC), qui a été adoptée dans le cadre de l'Accord de Paris, et les chiffres indiqués dans les documents de la programmation pluriannuelle de l'énergie (PPE). Ces documents définissent la politique énergétique de la France et chiffrent ses émissions et sa consommation d'énergie réelles en 2017. La France s'est engagée à réduire de 27% ses émissions à horizon 2028 par rapport à 2013 et de 75% d'ici 2050.

Dans le tableau de bord de l'Observatoire, la plupart des voyants sont au rouge. Mis à jour au fil de la publication des nouveaux chiffres officiels, il montre par exemple que la consommation finale d'énergie manque de 4,2% son objectif. Alors que celle-ci devait diminuer pour atteindre 149,2 Mtep (mégatonne équivalent pétrole) en 2017, elle a augmenté pour atteindre 155,4 Mtep.

"C'était une année isolée", se défend François de Rugy

Dans le détail, seul le secteur de l'industrie a réussi à remplir ses objectifs (-0,8%). En revanche, le secteur des transports, qui représente environ 30% des émissions de gaz à effet de serre, a dépassé de 10,6% son budget carbone. Le bâtiment dépasse quant à lui de 22,7% son objectif, et l'agriculture de 3,2%. 


Quant aux émissions de GES, elles connaissent une légère et régulière hausse depuis 2014, et atteignent 466 millions de tonnes équivalent CO2 en 2017, pour un objectif de 437 millions de tonnes. Là aussi, l'objectif est manqué. Et pour cause : la France manque de 12,8% son objectif de part d'énergies renouvelables dans la consommation d'énergie en 2016 : celle-ci atteint 15,7% pour un objectif de 18%. 


"C'était une année isolée", a répondu à l'AFP François de Rugy, ministre de la Transition écologique, qui a promis que les émissions de CO2 baisseraient en 2018. Une promesse formulée alors que Greenpeace a accusé Emmanuel Macron de "parader" à New York, à l'occasion de la seconde édition du "One Planet Summit".

100 milliards par an pour les pays pauvres ? Objectif pas atteint.

À New York, le chef de l'État avait également appelé à la vigilance pour éviter que les 100 milliards de dollars annuels que l'ONU souhaite lever auprès des pays riches d'ici 2020 pour aider les pays vulnérables ne soient "bidons". Un engagement également pris dans le cadre de l'accord de Paris, mais dont le suivi oscille entre déception et manque de transparence.


Selon une estimation publiée en octobre 2016 par l'OCDE et une quarantaine de pays, sur la base des engagements déjà annoncés, l'aide publique atteindrait 67 milliards annuels en 2020. En y ajoutant les effets de levier sur le privé, les financement atteindraient 77 à 133 milliards de dollars en 2020. Une somme à comparer avec les 3 à 4.000 milliards de dollars nécessaires, selon le think tank New Climate Economy, pour assurer une transition vers des économies "bas carbone", ce qui ne pourra se faire rapidement qu'avec une réorientation massive de la finance mondiale.


Un appel répété par Emmanuel Macron à New York : "Il faut réaffecter un tiers de la finance mondiale vers de nouvelles actions climatiques", a plaidé le président français. Alors que de nombreux pays en développement réclament "une feuille de route" précise sur la hausse de cette aide, les discussions préparatoires à la COP24 n'ont pour l'instant pas abouti sur ce point. Ni sur les autres.

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