5G : attribution des fréquences, investissement dans le réseau... la France est-elle en retard ?

5G : attribution des fréquences, investissement dans le réseau... la France est-elle en retard ?

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BAS DÉBIT - Alors que Chine, États-Unis, Corée et Japon multiplient les annonces, l'Europe semble se hâter avec lenteur vers la 5G, et dans le continent, la France n'est même pas en tête. Peut-on pour autant parler de retard ? LCI.fr fait le point, avec Didier Casas, président de la Fédération française des Télécoms.

À entendre l'opérateur américain Verizon, il a gagné la course. C’est lui qui, avant le reste du monde, a le premier allumé la 5G, ce 1er octobre 2018. Un coup de communication plus qu'une réelle offre, en ce qu'elle ne concerne que quelques villes américaines (chez nous, on appellerait ça une expérimentation), et encore, uniquement pour offrir un accès internet certes sans fil, mais uniquement domestique, le tout propulsé par une technologie qui ressemble plutôt à de la 4G, mais l'appeler "5G", forcément, c'est plus vendeur. En fait, la vraie 5G n'existe encore nulle part, en tout cas pas commercialement, mais à chaque pays son degré d'avancement. Dans le trio de tête, on trouverait la Chine, la Corée, les Etats-Unis, des pays où l'on trouve aussi les grands équipementiers télécom, les grands noms du smartphone, parfois les deux, bref, des pays qui ont tout intérêt à jouer les vitrines technologiques pour leur industrie.

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Cinq questions sur la 5G

L'Europe en ordre dispersé

En Europe, où la 5G est encore en cours d'attribution, chaque pays s'organise pour délimiter les fréquences qui serviront le nouveau réseau, et pouvoir les attribuer aux opérateurs mobiles, le plus souvent par des enchères. La Finlande, patrie de Nokia, a déjà attribué ses fréquences. L’Allemagne vient elle d'annoncer les modalités de ses enchères, pendant que l'Italie procédait aux siennes, des enchères folles où les lots de fréquences ont été vendus près de six milliards et demi d'euros, deux fois plus que le prix attendu, un montant ahurissant, en tout cas vu de France. 


Un chemin à ne pas suivre, selon Didier Casas, président de la Fédération française des Télécoms.  "L'Italie, c'est le pire des exemples, s'explique-t-il auprès de LCI. Le régulateur a organisé la pénurie en créant des lots insuffisants pour que tous les opérateurs puissent être servis. Forcément, ça a fait monter les enchères. Tous les opérateurs français sont prêts à investir, mais il faut que les montants restent raisonnables, et en rapport avec les revenus qu'ils peuvent espérer de la 5G."

De nouveaux usages, mais à quel prix ?

Évaluer ce que la 5G peut rapporter, il est bien là, le souci. Aujourd’hui, la 5G promet énormément, pas seulement en terme de vitesse, mais comme un réseau à tout faire, à tout connecter, de la téléphonie mobile jusqu’aux villes intelligentes, des réseaux qui serviraient dans la médecine, l’industrie, les objets connectés, des usages différents dont la 5G serait la bannière unificatrice. 


"Ça peut générer des usages nouveaux, reconnait Didier Casas. C'est enthousiasmant mais c’est aussi beaucoup d’incertitude. Prenez l’exemple de la voiture autonome : tout le monde dit qu’il lui faudra une connexion 5G, mais on ne sait pas encore qui la paiera : le constructeur ou le propriétaire de la voiture ? Et pour quel usage précis, quel volume de données ? Le consommateur est-il prêt à des offres, à des tarifs différents selon l’usage de la connexion ? Ça fait beaucoup d’inconnues, au moment où il faut que l’on décide de nos investissements." Les plus anciens du secteur se souviennent encore du fiasco des licences UMTS, au lancement de la 3G dans les années 2000, des fréquences vendues à un prix tel que les opérateurs de l’époque n’avaient plus les moyens d’investir dans leur réseau, une fois les enchères passées.

Les opérateurs échaudés par la 4G low-cost

Ce qui pousse aussi les acteurs du secteur à se hâter avec lenteur, c’est le fait que la 5G arrive en France sur fond d’une guerre des prix du mobile. À la rentrée, Orange, SFR et Bouygues proposaient tous trois des forfaits 4G sans engagement à cinq euros seulement, un moyen sûr de gagner des parts de marché, mais aussi d’accélérer la perspective d’un retour à trois opérateurs, et donc un peu d’incertitude en plus. Leur crainte est donc grande d’avoir à investir massivement dans un nouveau réseau sans perspective de rentabilité. De quoi imaginer des scénarios plus créatifs. 


"Plutôt que de vendre les fréquences, on pourrait organiser un 'concours de beauté', propose Didier Casas, prenant l'exemple de ce qu'a fait la Finlande. Décerner les fréquences à bas prix, contre des obligations d’investissement et de couverture du territoire." Autant de discussions en cours qui expliquent que les opérateurs veuillent éviter d’avancer trop vite. Alors, en retard, la France ? Didier Casas se veut pragmatique: "Même si les fréquences étaient attribuées aujourd’hui, les équipements 5G ne sont pas là, et les smartphones 5G n’ont pas encore été annoncés. Mais rassurez-vous, une fois que les choses se seront débloquées, les opérateurs sauront avancer très vite." En France, l'Arcep, notre gendarme des télécoms, promet que le processus d’attribution des fréquences sera lancé d’ici à la mi-2019. 

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