Affaire Cambridge Analytica : quel est ce scandale qui plonge Facebook dans la crise ?

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LE POINT - Depuis vendredi dernier, Facebook et son PDG Mark Zuckerberg sont sous le feu des projecteurs après le siphonnage sans consentement par la société Cambridge Analytica des données personnelles de 50 millions d'utilisateurs du réseau social. LCI vous explique les tenants et les aboutissements de ce scandale.

Régulièrement critiqué ou attaqué mais jamais vraiment inquiété, Facebook est la première fois vraiment dans le dur. Le réseau social vit depuis quelques jours une crise sans précédent dans son histoire. Le groupe fondé par Mark Zuckerberg est dans la tourmente à la suite des révélations de The Observer et du New York Times à propos de l’entreprise Cambridge Analytica (CA).


Cette firme, qui a annoncé mardi soir la suspension de son patron Alexander Nix, a joué les premiers rôles dans la campagne présidentielle de Donald Trump et celle du Brexit. Elle aurait aussi siphonné, sans autorisation et à l’aide d’un sous-traitant, les données personnelles de plus de 50 millions d’utilisateurs américains de Facebook.

Une application trompeuse

Pour siphonner les données personnelles, Cambridge Analytica a utilisé une application de tests psychologiques appelée "This is your digital life" et téléchargée par plus de 270.000 personnes. Développée par un psychologue russe en 2014, l’application a fourni en 2015 à la firme britannique les données qu’elle regroupait, selon Facebook. 


Mais alors pourquoi le chiffre de 50 millions de personnes concernées ? Le réseau social assure que l’application avait en fait aussi accès aux données des "amis" Facebook des utilisateurs, ce qui explique l’ampleur de la fuite. Vendredi 16 mars, la firme de Mark Zuckerberg a annoncé la fermeture du compte Facebook de Cambridge Analytica et l’ouverture d’un audit par une entreprise spécialisée. 

À quoi ont servi les données ?

Si la récolte des données personnelles par l’application n’est pas proscrite par les règles d’utilisation de Facebook, leur transmission à un tiers sans le consentement des utilisateurs l’est. Après avoir découvert le pot aux roses, le réseau social a décidé d’exclure l’application et lui a demandé, ainsi qu’à CA, de détruire toutes les données collectées. Cependant, Facebook a admis récemment que, malgré l’assurance de la destruction des données, une partie d’entre elles a été utilisée.


Mais alors à quoi ces informations sur les utilisateurs ont-elles servi ? Selon le New York Times et The Guardian, Cambridge Analytica les a utilisées pour créer un logiciel capable de prédire et d’influencer le vote des électeurs américains en  2016.

Pour autant, il est difficile de savoir clairement de quelle manière elles ont été utilisées. "Nous nous sommes servis de Facebook pour récupérer les profils de millions de personnes. Nous avons ainsi construit des modèles pour exploiter ces connaissances, et cibler leurs démons intérieurs", affirme Christopher Wylie, un ancien employé canadien de CA, à nos confrères du New York Times.

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Des condamnations en pagaille

L’affaire a depuis entraîné des critiques assez vives de nombreux responsables américains et britanniques. Dans une déclaration commune, la sénatrice démocrate du Minnesota Amy Klobucar et le républicain John Kennedy (Louisiane) ont demandé que Mark Zuckerberg, ainsi que ses collègues de Google et de Twitter, soient entendus lors d’une audition au Congrès. "C'est une brèche énorme sur laquelle il convient d'enquêter. Il est évident que ces plates-formes (technologiques) ne peuvent se réguler elles-mêmes", a lancé Amy Klobuchar. Une dizaine de sénateurs démocrates et républicains leur ont emboîté le pas en demandant une audition.


De son côté, le président du Parlement européen, Antonio Tajani , a promis une enquête sur ces révélations "inacceptables". Il a ensuite invité Mark Zuckerberg à venir s'expliquer devant le Parlement européen. Vera Jourova, la commissaire européenne en charge de la protection des données personnelles, a évoqué une affaire "effroyable". 


Ce mardi, le régulateur britannique de l'information et des données personnelles a annoncé qu'il allait émettre un mandat pour avoir accès aux serveurs de CA et a demandé à Facebook de suspendre sa propre enquête pour ne pas risquer de compromettre la sienne. Mais ce n’est pas tout. Une commission parlementaire britannique a demandé à Zuckerberg de comparaître lui-même devant elle, estimant que les explications officielles de Facebook ont été "trompeuses".

L’action Facebook en prend un coup

Les accusations, niées par Cambridge Analytica (CA), ont fait perdre à l'action Facebook près de 6,8% à Wall Street. En terme de capitalisation boursière, cette affaire a aussi un effet déplorable. Ainsi, Facebook a perdu 37 milliards de dollars seulement sur la journée de lundi. La fortune personnelle de Zuckerberg a, elle, reculé de plus de 4.9 milliards de dollars. 


C'est dans ce contexte d’instabilité que le chef de la sécurité de Facebook Alex Stamos a indiqué lundi que sa mission se concentrait désormais sur la sécurité autour des élections mais qu'il n'avait pas quitté l'entreprise, contrairement à ce qu'a affirmé le New York Times, sur fond de désaccords internes sur la façon de gérer la lutte contre la désinformation.

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