Apple répond à Bruno Le Maire : "Nous avons versé un milliard d'euros aux développeurs français"

Apple répond à Bruno Le Maire : "Nous avons versé un milliard d'euros aux développeurs français"

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REACTIONS - Après les déclarations de Bruno Le Maire, qui a annoncé de possibles poursuites contre Google et Apple pour "pratiques commerciales abusives", la marque à la pomme a rapidement réagi pour répondre point par point au ministre de l'Economie. Et Apple se dit même prêt à défendre son modèle en justice.

Les déclarations de Bruno Le Maire n'ont pas laissé de marbre le milieu des développeurs et des géants du high-tech. Le ministre de l'Economie a déclaré, mercredi sur RTL, qu'il allait poursuivre Google et Apple en justice car ils n'avaient "pas à traiter nos start-up et nos développeurs de la manière dont ils le font aujourd'hui". Des propos qui n'ont guère plus à la marque à la pomme.

"Nous sommes fiers d'avoir de solides relations avec des dizaines de milliers de développeurs à travers la France," nous a indiqué Apple, rappelant que la firme avait permis aux développeurs français de gagner "un milliard d'euros sur l'App Store l'an dernier". "Beaucoup de ces développeurs talentueux ont fondé leurs entreprises avec une ou deux personnes et ont ensuite vu leurs équipes grandir pour offrir leurs applications aux utilisateurs dans 155 pays. Cela n'a été possible que grâce à l'investissement d'Apple dans iOS, les outils de développement et l'App Store", souligne également l'entreprise de Tim Cook. 


L'ACT, une association regroupant des milliers de développeurs du monde entier, a également répondu aux propos de Bruno Le Maire, déplorant une annonce "loin d’améliorer la situation des développeurs d’application" et qui risque d'avoir pour "effet de créer un climat anxiogène qui risque à terme de rejaillir négativement sur le lien de confiance mutuelle et les interactions positives entre les développeurs d’applications et les plateformes mobile".

Bruno Le Maire a notamment reproché aux deux géants de récupérer les données et de pouvoir "modifier unilatéralement les contrats avec les développeurs". Interrogé sur la question, Apple rappelle qu'il a toujours défendu la confidentialité et la sécurité des utilisateurs et qu'il "n'a pas accès aux transactions des utilisateurs avec des applications tierces". 

"Beaucoup de créateurs sont partis de rienTim Cook, patron d'Apple

Lors de sa venue à Paris en 2017, nous avions interrogé Tim Cook sur la place qu'occupaient les développeurs dans l'écosystème Apple dont l'AppStore est devenu une part non négligeable des revenus. "Je vois plein de développeurs qui n'avaient qu'une seule petite idée au départ et ont monté de grosses entreprises. Beaucoup de créateurs de jeux sont partis de rien, d'une petite appli et sont devenus des géants qui brassent des milliards de dollars", se félicitait le patron d'Apple, heureux de voir que n'importe quel développeur pouvait réussir "même si vous êtes un indépendant". 


Le parcours pour créer une application n'est pas toujours évident, tout comme le processus pour la faire valider par les stores d'applications d'Apple ou Google, même si ce dernier paraît plus flexible avec les quelques ratés qui font souvent parler d'eux. "On est super accompagné pour créer et mettre en ligne l'application," nous confiait Philippine Dolbeau, créatrice de l'appli New School dont elle a eu l'idée à 15 ans. "Il y a pas mal d'aller-retour avec Apple pour que cela corresponde aux critères de l'AppStore, mais c'est bien. Ça montre qu'ils veulent que le produit soit bien." La firme de Cupertino n'a jamais caché qu'elle se montrait plus exigeante et contraignante pour autoriser une mise en ligne. Mais avec des résultats, martèle Tim Cook. "Vous avez plus de 100.000 développeurs français qui créent aujourd'hui des applis sous iOS. Ils peuvent les vendre au monde entier. Avant, quand vous créiez quelque chose, il fallait négocier avec chaque marchand pour le vendre. Aujourd'hui, il suffit juste appuyer sur un bouton pour l'envoyer dans 155 pays."

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Mettre plutôt l'accent sur l'ouverture des marchés

Et Apple comme Google ont reçu le soutien de l'Alliance des Développeurs. "Notre recherche montre que les développeurs ont, en général, une attitude extrêmement positive vis-à-vis des plateformes et ne croient pas qu'ils les exploitent", explique Michela Palladino, directrice de la politique européenne et des relations gouvernementales de l'Alliance des Développeurs. Selon une étude réalisée par l'Alliance, 85% des développeurs interviewés considèrent Google et Apple comme des partenaires essentiels à leur réussite ou comme des outils efficaces permettant la croissance. Elle rappelle également que le passé a montré que l'écosystème des applications mobiles était "prospère, prévisible, stable et compétitif". "Le rôle des plateformes est essentiel pour garantir un haut niveau de stabilité et de prévisibilité qui a minimisé les risques et augmenté les opportunités pour les développeurs", ajoute-t-elle. Même constat du côté de l'ACT qui ne comprend pas la réaction du ministre, symbole selon l'association d'une méconnaissance du secteur :  "Les app stores modernes permettent aux plus petits acteurs d’être sur le même pied d’égalité que les grandes entreprises grâce aux règles qui les régissent."


"Bien que la communauté des développeurs se réjouisse du soutien du gouvernement français, elle estime qu'il serait préférable de mettre l'accent sur l'ouverture des marchés et la libre circulation des données", conclut l'Alliance des Développeurs. De son côté, Apple se dit décidé à défendre son modèle devant les tribunaux afin d'éclaircir ce malentendu. "Dans l'intervalle, nous continuerons d'aider les développeurs français à réaliser leurs rêves et de soutenir les étudiants français" avec leurs programmes de code, conclut l'entreprise.

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