Assassin's Creed Origins : il y a dix ans, Ubisoft inventait l'aventure historique à remonter le temps

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RÉTRO - Avec Assassin's Creed Origins disponible ce 27 octobre, Ubisoft fête les 10 ans de sa franchise à succès. Un jeu d'action-aventure né d'une idée simple et pas si évidente, qui a su apporter une autre dimension au jeu vidéo. Assassin's Creed est aujourd'hui l'une des sagas les plus connues. Retour sur la genèse d'un jeu qui a dépassé ses frontières pour investir classes et musées.

Il était une fois l'envie de revisiter l'histoire pour en faire un terrain de jeu. C'est l'idée qu'eut au début des années 2000 Yves Guillemot, le patron et cofondateur d'Ubisoft, désireux de bouleverser un peu l'univers du jeu vidéo qu'il trouvait un peu statique. "Il a demandé à l’équipe de Montréal, qui avait bosser sur Prince of Persia, de réinventer le genre action-aventure, explique Aymar Azaïzia, chef de marques Assassin's Creed et basé au Québec. L'idée était de créer un jeu dans lequel on pourrait se déplacer n’importe où, aller dans n’importe quel bâtiment, faire que n’importe quel objet soit interactif." A cela, il ajoute une autre demande : une dimension historique qui doit devenir ludique. Se greffe alors le concept de revisite de la mémoire d'ancêtres.


Et le mélange donne naissance en 2007 à Assassin's Creed : une saga historique qui raconte l’affrontement de deux factions, les Assassins et des Templiers, à travers les âges. Un héros contemporain (Desmond Miles) découvre qu'il est le descendant d'une longue lignée d'assassins dont il revit les aventures par le biais de l’Animus, une machine qui lui permet de replonger dans le passé mémoriel de son ADN.

Le voyage dans le temps revisité

L'éditeur français réinvente ainsi le voyage dans le temps. "Mais on ne voulait pas faire du voyage dans le temps pour aller changer un élément du passé qui aurait un impact sur l’avenir, martèle Aymar Azaïzia. On se contente de le visiter. On va dans le passé pour apprendre quelque chose, sur nos ancêtres, sur un événement historique ou pour trouver un élément perdu via son dernier propriétaire."


Las de voir que les jeux qui traitaient d'histoire ne s'apparentaient généralement qu'à des jeux de stratégie, mais sans être de grands jeux d'aventure épiques, ils veulent alors quelque chose "d'unique". "Recréer et transformer une période historique en un terrain de jeu est toujours un challenge excitant et super intéressant. On adore se nourrir d’histoires avant de commencer à attaquer et à écrire notre propre histoire", s'enthousiasme Aymar Azaïzia.


"On est tous des passionnés d'histoire", renchérit Jean Guesdon, directeur créatif depuis Assassin's Creed II, qui se félicite que chaque Assassin's Creed ait toujours été le fruit d'une réflexion à plusieurs. "Dans le choix d'une période de jeu, il y a plein d’éléments qui entrent en compte : le désir de l’équipe d’explorer une page de l'histoire souvent inusitée, notre capacité technologique à lui donner vie. L'air du temps aussi", explique-t-il. Et Aymar Azaïzia d'ajouter : "On a une liste de périodes coups de cœur dans lesquelles on veut aller. On a des comités pour débattre, avec l'équipe éditoriale, celle de la marque et l’équipe de production de projet. On discute ensemble et on sélectionne."

S'assurer que l'idée est viable, que le gameplay est adapté et l'histoire intéressante : voilà le credo des équipes d'Ubisoft. "Si on arrive à enthousiasmer l’équipe avec une idée forte, un projet passionnant, des personnages historiques charismatiques, un peu de mystère, des disparitions inexpliquées, en général, on sait qu’on tient quelque chose", déclare le directeur des contenus de la marque. Mais il reconnait que toutes les périodes ne sont pas propices à un jeu. Alors pour parer à cela, Ubisoft a trouvé une solution ingénieuse : décliner le sujet en BD, livres, séries et même un film sorti en 2016 avec Michael Fassbender dans la peau de l'Assassin Callum Lynch. Au final, l'univers Assassin's Creed compte environ une douzaine de protagonistes principaux dans les jeux, et plus d'une centaine, tous supports confondus. "Ils peuvent parfois se croiser dans un jeu ou un roman, mais pas deux fois en protagoniste principal !", précise Aymar Azaïzia chargé de superviser toutes les créations.

Des décors plus vrais que nature

Faire un bon Assassin's Creed passe aussi par le rendu visuel. Des mois de travail, des périples dans les musées du monde, les centres de recherche ou sur place sont nécessaires. "Il faut que les artistes soient motivés par une période", avance Raphaël Lacoste, directeur artistique du jeu. "Quand on fait les décors d’un jeu, on fait des illustrations très poussées qui donnent tout ce qu’on pourrait avoir envie de voir dans un film comme dans un jeu. Les images qu’on produit sont comme des plans de cinéma. Ça permet aussi d’avoir toutes les indications nécessaires pour une immersion réussie du joueur, une atmosphère. C'est finalement le même processus que pour un film", reconnaît cet ancien créateur de décor numérique pour le cinéma. 


Avant de se lancer dans Assassin's Creed Origins, les équipes artistiques rêvaient de désert. Bayek, le nouvel Assassin, est né d'un croquis de chasseur mongol des steppes avec son aigle, puis transposé dans l'Egypte ptolémaïque qui, faute de données historiques massives, a laissé une plus grande liberté aux artistes.

Faire de l'histoire un terrain de jeu

Depuis dix ans, les joueurs ont parcouru le monde, du Jérusalem des Croisades aux Caraïbes en passant par l'Amérique du Nord ou le Florence de la Renaissance : Assassin's Creed est un véritable livre d'histoire interactif où ils jouent autant qu'ils s'instruisent, croisent des personnages célèbres (Léonard de Vinci, Napoléon, Laurent de Médicis, Barbe Noire, etc.) et découvrent le quotidien de chaque époque. Pour asseoir son propos historique et s'assurer de la véracité des éléments inclus dans le jeu vidéo -même si l'éditeur admet s'accorder quelques libertés de temps en temps-, Ubisoft compte sur Maxime Durand, l'historien officiel de la franchise depuis sept ans. 


Un travail minutieux de reconstitution salué à maintes reprises. Des visuels du Florence d'Assassin's Creed II sont ainsi apparus dans un documentaire de France 3 sur les Médicis. La Mairie de Paris recommande des visites historiques de la ville en s'appuyant sur la vision de la Révolution française d'Assassin's Creed Unity. "On est super fiers. Ça fait partie des effets qu’on n’attend pas quand on se lance, déclare Aymar Azaïzia. Nous voulions faire un jeu divertissant. Quand ça va au-delà de ça et qu’on se fait contacter par des institutions comme la Maison Blanche, par des universités qui veulent travailler avec nous ou des magazines comme Historia qui trouvent que le travail qu’on fait est passionnant et bien fait, c’est plus que flatteur."


Le corps enseignant n'a pas non plus caché son intérêt pour ce travail qui vient illustrer les cours d'histoire. "Malheureusement, ils nous disent aussi qu'ils ne peuvent pas montrer le jeu en raison de certaines scènes un peu violentes", admet Jean Guesdon. Le jeu est en effet non recommandé aux moins de 18 ans. Alors pour remédier à cela, Ubisoft a développé Discovery Tour by Assassin's Creed Origins, un mode de jeu explicatif sous forme de visite guidée de l'Egypte antique avec pléthores d'informations à disposition. 

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Bayek ou le retour aux origines

En une décennie, la saga a certes évolué techniquement et visuellement, mais elle n'a pas perdu son âme. "On cherche toujours un équilibre entre nos traditions, le respect de notre identité et de nos valeurs, et une certaine modernité avec des évolutions légères dans la mécanique de jeu, résume Jean Guesdon. La pause avec le film en 2016 (aucun jeu n'est sorti cette année-là, ndlr) a fait du bien à tout le monde. Nous en avions besoin pour notre projet 'pharaonique' afin de livrer quelque chose de qualité. Et les gens qui nous ont attendus un an de plus nous désirent. Le jeu qu’on leur offre cette année, c’est le jeu qu’ils voulaient voir pour les 10 ans de la marque, pour un retour après un break."


Pour fêter cette date anniversaire, Assassin's Creed Origins (disponible le 27 octobre sur PS4 et Xbox One) s'offre une renaissance grandiose. Et un héros bien parti pour être marquant : Bayek, protecteur de l'Egypte et à l'origine de la confrérie des Assassins. Un long travail dans l'ombre qui voit enfin la lumière. Pour rappeler qu'à 10 ans, on a encore toute l'histoire à (re)créer devant soi.

ASSASSIN'S CREED ORIGINS - Un jeu Ubisoft disponible le 27 octobre sur PS4, Xbox One et PC - PEGI 18

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