Qu'est-ce que le "dropshipping", cette pratique qui fait passer pour des bons plans des produits vendus deux fois leur prix ?

Qu'est-ce que le "dropshipping", cette pratique qui fait passer pour des bons plans des produits vendus deux fois leur prix ?
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AFFAIRES À GOGOS - Des gadgets à bas prix, de marques aussi inconnues que les sites qui les vendent, des sites qui existent par milliers mais ne détiennent aucun des produits qu'ils proposent. Bienvenue dans le monde merveilleux du "dropshipping", où tout le monde est gagnant. Sauf peut-être le client.

C'est une histoire d'entrepreneur qui fait chaud au cœur. Celle de Thibault Belaire, un jeune ingénieur français, passé par les rangs d'un géant mondial du smartphone. Un géant qu'il a quitté, mécontent de la qualité des composants qu'utilisait la marque. Depuis, Thibault a pris son destin en main: il a créé sa propre marque, son propre smartphone, un appareil de très grande qualité, mais vraiment abordable, le One X Pro, qui -ça tombe à pic- est justement en promo ces jours-ci.

Voilà en quelques lignes l'histoire que raconte une longue publicité sur Youtube, une belle histoire... entièrement fausse, malheureusement. C'est peu dire que certains détails mettent la puce à l'oreille. Peut-être l'explication un peu vaseuse d'un prix tiré vers le bas "car la marque ne fait pas de publicité", forcément surprenant quand on l'entend... dans une publicité sur Youtube. Le fait aussi qu'à aucun moment cet entrepreneur valeureux n'apparaisse à l'image. Et puis le fait que non, même talentueux, un ingénieur dans son garage ne peut pas inventer un smartphone tout seul.

Remonter à la source... et au vrai prix

Notre "One X Pro" est proposé à un peu moins de 400 euros, mais exceptionnellement son prix a baissé de 50%. 200 euros, pour un smartphone Android à grand écran, avec deux emplacements SIM, une bonne batterie, ça ressemble à un bon prix ? Probablement, et c'est là-dessus que repose le pari du vendeur. Pourtant, en partant de la photo du smartphone, on peut remonter à la source, chez Ulefone, fabricant chinois de smartphones. Celui que le vendeur a baptisé le One X Pro s'appelle en fait le Ulefone S10 Pro. Même photo, mêmes caractéristiques, c'est bien lui, seul le prix est assez différent. Pas même la peine d'aller le commander en Chine, on le trouve sur le site de la FNAC. Prix affiché: 78 euros seulement. 

Le "dropshipping", ou le parasitisme comme modèle économique

En fait, tous les sites qui tentent de vendre ce téléphone sous le nom de One X Pro (et ils sont nombreux) font ce qu'on appelle du dropshipping. À la base, le système est une facilité pensée pour simplifier le travail des marchands en ligne, et raccourcir les circuits logistiques : plutôt que d'entretenir un stock de produits à vendre, un site peut demander à son grossiste ou au fabricant d'un produit de l'expédier directement au client final. Plus besoin de gérer l'inventaire ou les colis, ceux-ci vont directement du producteur au consommateur.

Mais en se développant, le principe a aussi été dévoyé. Aujourd'hui, on trouve des dropshippers qui ont leur propre site, le plus souvent ouvert sur une plateforme de création de site d'e-commerce, comme Shopify ou Magento, mais beaucoup vendent aussi en direct sur eBay, LeBonCoin, la marketplace d'Amazon et ailleurs. Pour drainer de nouveaux clients, ils passent de la publicité, principalement sur Youtube et les réseaux sociaux. Le jeu consiste souvent à sélectionner un objet, un gadget qui fait envie, et à le vendre - quitte à en cacher le nom et la marque réels - grâce à des pubs ciblées, ou par des liens sur de vrais/faux blogs qui vantent les mérites du produit. Produit vendu souvent bien plus cher que son prix réel. Un exemple parmi cent : cette montre connectée d'entrée de gamme, proposée "en promo" à 60 euros sur des sites de dropshipping, contre une quinzaine d'euros pour son prix réel sur AliExpress. Pour le consommateur, le prix n'est pas le seul inconvénient du dropshipping : en cas de panne ou de souci de livraison, se retourner vers le vendeur sera rarement très fructueux. Votre article défectueux a toutes les chances de vous rester sur les bras.

Dans le doute, le meilleur conseil que l'on puisse vous donner avant d'acheter, c'est bien d'essayer de remonter à la source. Vous pouvez par exemple sauver l'image d'un produit et aller la rechercher sur Google Images pour voir d'où elle provient. Plus efficace encore : dans l'essentiel des cas, vérifier le prix d'un produit sur AliExpress vous permettra de faire la lumière sur un prix gonflé. Pour ce faire, en utilisant l'application mobile d'AliExpress, vous pourrez prendre une photo de l'article, et la comparer aux millions d'articles que la plateforme a en vente, la plus grande place de marché au monde, qui vous dira à quel prix le dropshipper va toucher l'article qu'il veut vous vendre. Et que vous pourrez alors acheter en direct, en se passant de son intermédiaire.

Des "dropshippers" premières victimes des arnaqueurs

En quelques années, le dropshipping s'est développé plus vite encore que le reste de l'e-commerce, au point de devenir une petite industrie, qui a ses filières, ses codes, ses plateformes. Certains grossistes sont devenus des spécialistes du genre, qui aident les sites à sélectionner les meilleurs gadgets. Difficile de jeter l'opprobre sur un secteur tout entier, il y a chez les dropshippers des gens honnêtes, qui gèrent au mieux des sites spécialisés dans les articles de mode, les accessoires pour enfants, le fitness, les animaux... Des vendeurs honnêtes, avec des marges honnêtes. Mais pas de quoi cacher une ambiance de ruée vers l'or qui sent le soufre, et souvent l'arnaque. 

Comme en témoignent beaucoup de ceux qui ont cru y trouver leur nouvel emploi, ou une activité d'appoint lucrative, ceux qui gagnent le mieux leur vie sont souvent ceux qui fournissent outils, conseils, publicité et formations pour dropshippers débutants. Rien de très surprenant. Comme pour chaque ruée vers l'or, les gagnants, au final, sont les vendeurs de pelles.

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