Bientôt des autoroutes sans barrières de péage, grâce à la reconnaissance d'images

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Jusqu'où ira l'intelligence artificielle ?

SANS ARRÊT - Plus fort que le télé-péage, les expérimentations de péages sans barrières se multiplient chez nous, en attendant, peut-être pour 2020, la première grande autoroute sans barrières. Le tout grâce à des technologies qui accélèrent, pour ne plus jamais s'arrêter pour payer.

Plus de barrière, plus de machine pour débiter votre carte bancaire, plus de guichetier non plus, les péages à l'ancienne ont presque déjà vécu, et l'innovation s'accélère. Si d'autres pays, du Portugal à l'Irlande et du Brésil au Costa-Rica, ont déjà des autoroutes automatisées, on n'en est chez nous qu'au stade de l'expérimentation, mais sur des technologies plus avancées, seul avantage majeur à se lancer plus tard.


Côté conducteur, l'expérience est peu ou prou la même partout : vous roulez, un affichage vous prévient que vous êtes bien sur une route à péage, où votre plaque va être lue par des caméras. Pour payer, plusieurs options : soit vous êtes un usager régulier du système, et vous serez directement débité, soit vous aurez quelques jours pour aller payer en ligne le coût de votre trajet. Un trajet plus simple, mais aussi plus rapide:  "Sur l'autoroute de Normandie, on voit parfois des embouteillages de trente kilomètres en amont d'un péage", explique un porte-parole des sociétés d'autoroutes. C'est d'ailleurs bien l'A13 qui pourrait bientôt devenir le premier couloir autoroutier sans barrières de péage en France, la SANEF qui l'opère ayant déclaré son intention de démanteler les cinq barrières qui séparent Paris des plages de la Normandie.

Plus de barrières, juste du "free flow"

Le principe de ces barrières devenues invisibles ou presque est connu, c'est celui du "free flow", et il s'améliore avec le temps, grâce à la technologie, et même à l'intelligence artificielle aujourd'hui. Là où les premiers systèmes demandaient l'installation de boucles magnétiques sous la chaussée, et de lasers pour reconnaître voitures, poids-lourds, ou caravanes, ils sont aujourd'hui devenus à la fois plus légers, et plus efficaces. "On sait maintenant automatiser entièrement un passage au péage, avec des systèmes basés uniquement sur des caméras", explique à LCI Augustin Marty, Cofondateur de Deepomatic, spécialiste de la reconnaissance d'images, qui fournit ses technologies aux équipementiers du péage. "Une caméra va suivre les véhicules dans son champ de vision, déterminer le type de véhicule et le nombre d'essieux, une autre caméra va elle lire la plaque d'immatriculation."

À côté de chaque plaque reconnue, un coefficient de confiance, comme un pourcentage exprimant à quel point la machine est sûre de sa lecture de la plaque. En cas de doute, plusieurs possibilités : soit le système prend une signature de votre véhicule, pour pouvoir vous reconnaître et vérifier votre plaque une fois de plus au portique suivant, soit l'image est renvoyée à un agent bien humain, qui pourra lui comprendre pourquoi la plaque n'a pas été lue. Des techniques qui devraient aussi décourager la fraude. 


La finesse possible dans l'analyse de ces images laisse aussi imaginer d'autres méthodes de calcul pour chaque trajet. "On sait aujourd'hui voir s'il y a un ou plusieurs occupants dans le véhicule, on pourrait donc faire payer moins cher ceux qui font du covoiturage. On ouvre vraiment le chemin vers des innovations importantes pour la mobilité", explique Augustin Marty. Une vue à long terme : pour l'instant, ce sont surtout des expérimentations de péages automatiques que vous avez pu découvrir sur l'A4 en Moselle, ou sur l'A10 pas loin de Tours, pour les dernières d'entre elles.

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Retrait des barrières de péages : pourquoi cela prend-il du temps ?

Ça fluidifie le trafic, ça réduit les émissions polluantes, cela réduit aussi les accidents, qui sont plus fréquents aux péagesBenoît Rossi, Directeur du marketing et du développement, Emovis

Mais alors, si les technologies sont prêtes et si d'autres pays s'y sont déjà mis, pourquoi la France accuse-t-elle un retard ? "Le frein n'est plus technique", explique à LCI Benoît Rossi, Directeur du marketing et du développement d'Emovis, spécialiste des solutions de péage. "On sait installer ces systèmes sans travaux sur la chaussée, sans même interrompre le trafic. Le frein, aujourd'hui, est économique. Les opérateurs d'autoroute doivent amortir le coût de leurs investissements dans les barrières actuelles, et savent que l'automatisation posera des questions pour l'emploi", même si les barrières de péage fonctionnent aujourd'hui en grande majorité grâce à des automates. Pour le reste, le passage au tout-caméras n'aurait que des bénéfices. "Ça fluidifie le trafic, ça réduit les émissions polluantes, cela réduit aussi les accidents, qui sont fréquents aux péages, pour les conducteurs et pour les agents", poursuit Benoît Rossi. Même le badge de télé-péage ne devrait pas résister longtemps aux assauts du péage sans barrière, devant l'efficacité de la reconnaissance d'images.

Bientôt, des péages... sans péages

Reste que la technologie va vite, très vite: aux États-Unis, entre autres, on teste déjà des péages sans barrières, sans portiques ni caméras. Ici, le système de télépéage serait directement intégré à votre smartphone, en attendant de l'être au cœur de la voiture proprement dit, un procédé qui vous facturerait à l'usage, en décomptant le nombre de kilomètres parcourus. Un moyen pour des Etats comme l'Utah de faire financer presque sans douleur l'entretien de ses routes à des conducteurs de l'Ouest américain, où les péages autoroutiers sont une rareté.

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