Bilal Hassani et la loi contre la haine en ligne : "Les réseaux sociaux doivent aussi prendre leurs responsabilités"

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CYBER-HARCÈLEMENT - Etre connu grâce aux réseaux sociaux, c’est un Graal pour beaucoup. Mais c’est sans compter sur le revers de la médaille : la haine en ligne. Alors que la loi Avia est votée à l’Assemblée nationale ce mardi, nous avons demandé à Bilal Hassani, YouTubeur et représentant de la France au dernier concours de l’Eurovision, s'il pensait que le texte pouvait régler la situation.

Il a tout entendu, tout lu, tout subi. La haine en ligne, le cyber-harcèlement, Bilal Hassani en est victime quasiment tous les jours. "On ne s’y habitue jamais", reconnaît-il. Depuis qu’il a lancé sa chaîne fin 2016, les propos haineux n’ont fait que s’amplifier contre le jeune chanteur que la France découvrit dans The Voice Kids la même année. "Je suis un enfant de YouTube. Je me filmais déjà petit. J’ai eu envie de lancer ma chaîne pour créer un lien spécial et fort avec les abonnés, pouvoir raconter des bêtises et pratiquer ma musique", raconte à LCI le jeune homme de bientôt 20 ans.


Mais avec la notoriété naissante, le rêve et les belles envies se sont quelque peu noircis. "Mon audience était déjà grandissante sur ma chaîne YouTube. Elle a bondi et évolué avec l’Eurovision (ndlr : il a représenté la France au concours en mai dernier)," confie-t-il. En bien comme en mal. Si Bilal s’est retrouvé avec un public plus âgé, plus familial et différent, il a aussi fait le plein de "trolls" qui ne le connaissaient pas forcément jusque-là. "La médiatisation a fait que la haine était encore plus dense après ma qualification pour l’Eurovision. J’ai arrêté d’aller sur Twitter par exemple", confie le chanteur. "Mais je n’ai pas supprimé mon compte pour autant car cela aurait été une victoire pour ceux qui m’insultent."

Une application pour faire le nettoyage sur les réseaux

Dans une vidéo intitulée Ça devient grave ! et publiée en début d'année, Bilal Hassani n’avait d’ailleurs pas hésité à évoquer le cyber-harcèlement dont il était victime. Elle avait été vue plus de 770.000 fois. Le représentant tricolore à l’Eurovision en avait profité pour demander à sa communauté, et aux internautes dans leur ensemble, de réfléchir aux conséquences de tels agissements, évoquant "l’impunité qui règne sur Internet". Un geste louable, mais qui lui avait aussi valu une nouvelle salve d’insultes. Pourtant, dans les commentaires sous la vidéo, que des messages compréhensifs !

Et pour cause, Bilal Hassani avait trouvé la parade : l’application Bodyguard. "C'est génial ! Ça fait du nettoyage sur Twitter et sur Youtube. Je les remercie énormément car ils font un travail de filtrage et de modération qui est super bon", expliquait il y a peu le chanteur, qui assume pleinement son look transgenre si décrié par certains. "Ils essayent d'effacer plein de haine. Plein de trucs passent à la trappe, des trucs bien odieux."

C'était trop risqué pour ma santé mentale"Bilal Hassani

"Les messages haineux, menaces de mort et contenus insultants sont un vrai problème", résume l’interprète de Roi. "La liberté qu’une personne pense avoir en étant anonyme sur un réseau social est grave et mérite d’être punie". Pour lui, la loi Avia votée ce mardi à l’Assemblée nationale ne peut cependant tout régler de la haine en ligne. Il estime notamment que les réseaux sociaux ont, eux aussi, leur part de responsabilités à assumer. "C’est injuste qu'ils puissent passer entre les mailles du filet. Il faut changer ça. Faire des projets de loi, ça se fait souvent. Ce n’est pas la première fois qu’on entend que le gouvernement essaie de faire bouger les choses sur cette 'liberté sur Internet'. La solution doit aussi venir des plateformes", ajoute-t-il. "Il y a au moins possibilité de nettoyer un petit peu et c’est primordial de le faire."


En attendant que le cyber-harcèlement soit mieux contrôlé, il a trouvé une solution : "Je vais sur Twitter quand j’ai quelque chose à dire. Mais je ne lis plus les réponses et je pars. Twitter, en fait, c’est un flot de commentaires négatifs", déplore-t-il. Lui préfère YouTube et Instagram qui peuvent mieux se contrôler. "Les commentaires sont optionnels. Tu peux choisir de les masquer ou d’aller les chercher." Des obligations d'action qu’il déplore car cela a "cassé un truc" qu’il adorait. "C’est triste car j’avais tissé un lien très fort avec les gens en DM (messagerie privée de Twitter, ndlr)", regrette Bilal Hassani. "Je parle beaucoup avec les gens qui me suivent et je ne peux plus le faire car il y a beaucoup trop de trolls. C’est vraiment bête de devoir agir ainsi. Mais c’était trop risqué pour ma santé mentale."

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