Crypto-monnaies : au Venezuela, le "Petro" arrive !

Crypto-monnaies : au Venezuela, le "Petro" arrive !

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MONNAIE VIRTUELLE - A côté de Bitcoin et des autres crypto-monnaies, il faudra compter avec le "Petro". Signe particulier: ce serait la première "crypto" émise par un État... mais un État en quasi-faillite.

En décembre dernier, l'annonce de Nicolas Maduro, le président venezuelien, avait fait l'effet d'une bombe dans le monde du Bitcoin : Caracas confirmait qu'il allait lancer sa propre crypto-monnaie, le "Petro". Une annonce surprenante, qui ferait du pays le premier État souverain à lancer sa propre monnaie numérique, à l'heure où l'essentiel des États se demandent s'il faut ou non réguler les échanges de BItcoin, Ethereum, et les autres. 


Dans son allocution, Maduro n'en fait pas grand cas, mais en fait, l'idée n'était pas entièrement nouvelle : en mars 2009, c'est Hugo Chavez qui avait annoncé l'arrivée d'une nouvelle monnaie baptisée Petro. Le Bitcoin n'était pas encore né, le Petro version Chavez n'était pas une monnaie numérique, mais elle était bien en revanche indexée sur la valeur des réserves de pétrole et de diamants venezueliens, pour déconnecter les échanges extérieurs de la volatilité de l'économie du pays. L'explosion des crypto-monnaies aura fait le reste, faisant soudain du Petro un animal sans équivalent. Faut-il pour autant investir ?

Indexé sur le baril de brut... ou sur une inflation galopante ?

Si le Petro n'est pas une crypto-monnaie comme les autres, c'est aussi parce que le Venezuela est un pays un peu particulier, avec une économie presque entièrement basée sur le pétrole. Après des années fastes - celles où le baril de brut était au plus haut - l'économie venezuelienne a très mal encaissé la baisse du prix du pétrole. Aujourd'hui, le pays est en pleine hyper-inflation, avec des prix en hausse de 2670% (sic) en 2017, et au moins autant prévu pour cette année. Le coup de génie du Petro, c'est bien qu'il simplifierait les échanges extérieurs du pays, en évitant le passage obligé par le dollar. Il permettrait aussi d'endiguer une fuite des capitaux d'un genre nouveaux : pour se prémunir contre l'inflation, nombre de venezueliens investiraient désormais leur épargne... en Bitcoin.


En outre, si les Etats-Unis ont interdit les échanges commerciaux avec le régime de Caracas, en passer par une crypto-monnaie ouvrirait l'opération aux investisseurs nord-américains, au moins les plus discrets. Un sacré pied-de-nez de la république Bolivarienne. La mise sur le marché du Petro ferait elle rentrer des devises du monde entier, mais on pourra aussi en acheter avec des Bitcoins. 

Pour rassurer les investisseurs, Nicolas Maduro assure que le Petro sera adossé à la seule valeur qui ne dépend pas de la santé de la monnaie nationale : le cours du baril de pétrole, qui se négocie aujourd'hui un peu au dessus de cinquante dollars. Chaque Petro sera donc garanti par un équivalent-baril de pétrole venezuelien, des réserves qui permettent de voir venir.  Reste que le procédé jette les spécialistes des cryto-monnaies dans des abîmes de perplexité : voilà donc une crypto-monnaie qui serait contrôlée par un État, capable d'en changer les règles et d'influer sur le cours, là où l'attrait de Bitcoin et consorts est justement de n'être à la main de personne. D'où pas mal de circonspection chez ceux auxquels on a pu parler, même si tous ont un peu l'oeil qui brille face à l'ampleur de l'opération.

La "crypto" qui valait cinq milliards.

Au total, c'est une centaine de millions de Petro qui seront émis, l'état en gardera 18 millions, le reste sera offert à la vente. Au cours du jour du baril de brut à Caracas, le pays pourrait ainsi lever près de cinq milliards de dollars, un record absolu pour ce genre d'opération, mais pas encore assez pour entamer la dette du pays, qui se monte elle à 150 milliards de dollars.


Reste encore quelques inconnues à lever, pour un pays en pleine crise politico-économique. Le parlement contrôlé par l'opposition a déclaré le Petro illégal, même si l'on peut s'attendre à ce que Nicolas Maduro, qui tient tout le reste de l'administration, passe outre. 

L'idée est à la fois bonne et mauvaise (...) En général, états souverains et crypto-monnaies ne font pas bon ménage.Philippe Rodriguez, Cofondateur de La Maison du Bitcoin

Reste surtout à savoir si les investisseurs vont suivre. Pour Philippe Rodriguez, cofondateur de la Maison du Bitcoin, "l'idée est bonne et mauvaise (...) En général, états souverains et crypto-monnaies ne font pas bon ménage", explique-t-il. "Il n'empêche que s'ils se font bien conseiller, s'ils apportent les bonnes garanties aux risques que pose le Petro, l'argent pourrait arriver très vite. Ca montre bien les limites des embargos financiers, face à des crypto-monnaies qui offrent une liberté absolue, on est bien là devant des procédés post-capitalistes." Quand à savoir si l'investisseur va lui réserver son compte en Petros : "On regarde ceci avec attention". Le lancement est prévu pour le 20 février prochain. Nicolas Maduro est lui déjà passé à la suite, militant désormais pour que les pays de l'OPEP lancent une crypto-monnaie... commune.

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