Bitcoin : tout ce que vous devez savoir sur la blockchain

Bitcoin : tout ce que vous devez savoir sur la blockchain

High-tech
PROTOCOLE - Sécurisée, chiffrée, invulnérable aux attaques, la blockchain est la technologie qui sous-tend la vague du bitcoin et des cryptomonnaies, mais elle pourrait surtout dessiner un nouvel internet.

Imaginez un livre de comptes géant, un fichier partagé où chacun pourrait ajouter une ligne d’écriture, la signer, et vérifier les signatures de tous les autres utilisateurs. Impossible de modifier ou d’effacer une écriture, et pour cause, le fichier est partagé entre tous les utilisateurs, tout comme le logiciel qui fait fonctionner l’ensemble. Un peu comme du partage de fichiers en peer-to-peer, mais le logiciel en plus, sans besoin d’un serveur central pour faire tourner le système. 


Si la blockchain existe aujourd’hui, c’est grâce au bitcoin, la monnaie numérique créée il y a près de dix ans par Satoshi Nakamoto, pseudonyme d’un créateur resté inconnu, qui croyait au potentiel disruptif d’une monnaie numérique infalsifiable, bâtie sur des logiciels ouverts, le tout fonctionnant de manière entièrement décentralisée. Si d’autres tentatives de monnaie numérique infalsifiable avaient déjà vu le jour depuis le tout début des années 1990, elles butaient toutes sur la question de l’infrastructure : gérée par des serveurs centralisés, une monnaie serait vulnérable au piratage, à la saisie et aux interventions d’Etats qui verraient forcément d’un mauvais oeil se créer de petites banques centrales frappant monnaie, même virtuelle. Si vous avez un porte-monnaie en ligne, vous faites partie du club, du réseau, de l’infrastructure de la blockchain, vous êtes à la fois un client du réseau et l’un de ses noeuds, qui peut à son tour valider les opérations de tous les autres utilisateurs.

Avec le couple bitcoin/blockchain, la décentralisation est telle que l’ensemble n’a même plus besoin de son inventeur pour fonctionner. Satoshi Nakamoto a disparu dans la nature depuis des années, avec des bitcoins qui valent probablement des milliards aujourd’hui, mais c’est une autre histoire. Seul souci : chaque évolution du fonctionnement de la blockchain originale ne peut se faire que par consensus. Mais le code de la blockchain est ouvert, assez pour que chacun puisse l’adapter à ses besoins et lancer sa propre blockchain, son propre réseau.


Pour autant, si le bitcoin et toutes les autres cryptomonnaies font beaucoup parler, elles ne sont que l’arbre qui cache la forêt. Car le principe d’une infrastructure légère et incassable, partagée et ouverte, peut intéresser toutes sortes d’applications, qui vont bien plus loin que la monnaie. 

Notaires et huissiers bientôt dépassés ?

Chaque opération inscrite dans la blockchain, quelle que soit sa nature, a toujours les mêmes qualités : elle est unique, signée, horodatée et irrévocable. Des garanties de fiabilité que l’on faisait jusque-là peser sur des actes authentiques, du genre de ceux que délivre un huissier ou que l’on signe devant notaire. Sur la blockchain, le tiers de confiance qui garantit l’authenticité d’une opération, c’est tout le réseau à la fois.


De quoi susciter un peu partout des projets qui contesteraient leur monopole à ces professions réglementées, en simplifiant les opérations, et en faisant au passage drastiquement baisser leur prix. En France, des services comme BlockchainYourIP permettent déjà de déposer dans la blockchain toutes sortes de données, de preuves, sur le modèle du constat d’huissier, pour un jour pouvoir prouver leur existence ou leur antériorité, sans limite de durée, et de manière indiscutable.


Sur le même modèle, certains pays ont aujourd’hui stocké leur cadastre dans la blockchain. Au Ghana, on peut ainsi y stocker le titre de propriété de la terre que l’on occupe, un titre qui résistera aux aléas politiques, aux spoliations et à la corruption bien mieux qu’un registre central qui souvent n’existait même pas. D’autres projets promettent de créer un registre mondial de la propriété, où vous pourriez déposer à votre nom le numéro de série de votre téléphone, une photo de votre sac à main ou d’un tableau, pour qu’en cas de perte ou de vol, on puisse toujours remonter jusqu’à son propriétaire.

Une nouvelle frontière pour l’e-commerce ?

Certains imaginent d’autres scénarios, comme un réseau de transport entièrement opéré dans la blockchain, où des chauffeurs indépendants deviendraient chacun un noeud d’un réseau qui fonctionnerait entièrement entre eux, et saurait gérer les courses, leur facturation, le paiement aux chauffeurs, de manière entièrement décentralisée, bref, comme Uber, mais sans Uber. D’autres ont déjà lancé sur le même modèle des services de stockage de données sur la blockchain, où ceux qui stockent chez eux les données (chiffrées) des clients sont rétribués… en monnaie virtuelle.


Le chapitre suivant, c’est celui des smart contracts, ces contrats intelligents qui se rencontreraient sur le réseau. Vous et nous pourrions par exemple émettre sur la blockchain un smart contract à la recherche d’un billet d’avion, pour le jour, la destination, le prix dont vous auriez décidé. Si de son côté une compagnie aérienne ou un agent de voyage a lancé sur le réseau un contrat d’offre d’un billet compatible, les deux contrats se rencontreront, et le marché sera scellé, validé automatiquement. Difficile de surestimer le potentiel des smart contracts dans l’avenir.

Comment réguler l'insaisissable ?

En France, le Sénat organise cette semaine des audiences autour de la régulation de la blockchain, un concept qui peut faire sourire tant elle est à la fois partout, et nulle part, insaisissable, et par essence imperméable à la régulation. Un peu comme l’internet de ses débuts, quand sa capacité à passer outre les frontières mettait les législateurs en état de panique morale. Aujourd’hui, certains sont plus mesurés, comme en Inde, un pays qui veut sévèrement réguler l’usage du bitcoin comme monnaie, mais dont le ministre des Finances dit vouloir rester ouvert au potentiel de la blockchain pour toutes ses autres applications.


En s’affranchissant des coûts d’hébergement grâce à leurs utilisateurs, en ayant à disposition un système d’émission de monnaie qui permet de rétribuer simplement des micro-services, les entrepreneurs de la blockchain peuvent se lancer assez simplement, et même s’associer, chacun avec son petit bout de blockchain. En fait, par son ouverture, sa puissance presque sans limite, sa fiabilité aussi, la blockchain est comme un nouveau protocole fondateur de l’internet, à l’égal du web, du mail, de toutes ces choses devenues indiscutables, sur lesquelles s'est construite la révolution numérique de la fin du XXe siècle. On a juste changé d’époque.

Toute la domination américaine, tout son soft power, est basé sur le digital. Avec la blockchain, on a une occasion unique, un nouveau protocole de l’internet que les géants d’aujourd’hui ne contrôlent pas.Frédéric Montagnon, Fondateur de Legolas

Pour Frédéric Montagnon, fondateur de Legolas, une plateforme d’échange de cryptomonnaies qui a aussi la sienne, le bitcoin et les autres ne remplaceront pas le dollar et l’euro de sitôt. "Je ne crois pas à la notion de monnaie, les Etats ne vont pas renoncer si simplement à leur monopole sur l’émission de monnaie." Pour l’entrepreneur, l’opportunité est ailleurs. "Aujourd’hui, toute la domination américaine, tout son soft power, est basé sur le digital. Avec la blockchain, on a une occasion unique, un nouveau protocole de l’internet que les géants d’aujourd’hui ne contrôlent pas. Si l’on veut concurrencer un jour Facebook et Google, on peut désormais le faire avec des millions de petites briques, de petits projets, qui se financeront en lançant des millions de monnaies. On n’aura pas deux fois ce genre de chance."

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