Broken : profession, joueur d'eSport

Broken : profession, joueur d'eSport

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PARIS GAMES WEEK - Si les stands de jeux vidéo peuplent majoritairement les allées de la Paris Games Week, une bonne partie de l'espace est également occupée par une scène un peu particulière. Celle de l'ESWC, la Coupe du monde de sport électronique ou eSport. Une compétition entre joueurs en réseau qui fait vibrer les foules. Rencontre avec Broken, joueur star de Call of Duty et jeune homme aux pieds bien sur terre.

Dans la vie civile, Kevin Georges est un jeune homme de 24 ans comme beaucoup d'autres. Casquette sur la tête, air détendu, enjoué et affable, bien dans ses baskets. Mais sur sa casquette, il y a marqué Vitality, le nom de son équipe d'eSport, cette nouvelle tendance du jeu vidéo qui consiste en des compétitions par équipes sur des jeux de tir. Le sien, c'est Call of Duty avec, à chaque année, son nouvel épisode et sa nouvelle stratégie à élaborer en équipe. Sur scène, derrière son écran et manette en mains, il devient alors Broken, un véritable sniper qui dégaine plus vite que son ombre.


Nous l'avons rencontré lors de la Paris Games Week, juste avant d'affronter une sélection américaine au sein d'une équipe regroupant les meilleurs Européens et dont il était le seul représentant français. Une forme de récompense pour un joueur avec la tête bien sur les épaules, loin des clichés souvent véhiculés par ceux qui ne connaissent pas l'eSport. Pour MYTF1News, Broken passe en revue "son boulot", une passion qui nécessite une véritable préparation. Conscient d'avoir de la chance de faire ce qu'il aime, il rêve de voir sa passion prendre un peu plus d'ampleur en France.

LCI : Comment en êtes-vous arrivé à devenir joueur professionnel d'eSport ?

BROKEN : Je suis venu au jeu vidéo par mes frères qui collectionnaient des consoles et qui étaient à fond sur les jeux. J'ai commencé à jouer très jeune. Call of Duty, j'y suis venu pratiquement au début de la série. Et puis, j'ai appris qu'il y avait des compétitions sur le jeu. Je ne me trouvais pas trop mauvais alors j'ai essayé d'en faire une. La première, je l'ai faite avec des amis et j'ai fini 2e, je me suis fait repérer comme ça en France. J'ai pu intégrer une équipe. A l'époque, ce n'était pas aussi gros que maintenant. J'ai fait des tournois européens. J'ai réussi à me faire un nom et aujourd'hui, on a créé notre propre équipe (Vitality, ndlr).

LCI : En quoi l'eSport est-il différent du sport?

BROKEN : Pour moi, l'eSport, c'est comme le sport. C'est très intense, ça demande beaucoup d'entraînement, de concentration. C'est une passion pour moi, comme peut l'être le sport. J'ai la même sensation que quand je faisais du foot ou quand je joue à la console. On est un peu comme des sportifs de haut niveau, sauf que nous, on n'entretient pas notre physique (rire). Il y en a cependant qui s'entraînent à fond, vont courir tous les matins. On essaye de se maintenir en forme en allant en salle de sport pour se sentir en forme, pour l'endurance. On ne peut pas sortir faire la fête la veille et aller en tournoi le lendemain en espérant être à 100% de ses capacités. On se ferait directement éliminer. Les sportifs travaillent surtout leur physique, nous on le fait davantage au niveau du mental. Call of Duty est un jeu très mental. On travaille surtout la concentration. Les parties peuvent être très longues. Parfois, on joue 1h-1h30 derrière l'écran sans pouvoir se déconcentre. Tu te déconcentres 10 secondes et tu peux perdre sur ça. C'est intense et difficile.

LCI : Est-ce qu'on ne finit par perdre le plaisir de jouer tout simplement ?

BROKEN : Quand j'ai commencé, à chaque sortie de Call of Duty, je prenais un plaisir fou à faire juste la campagne. Ça doit faire sept ans que je ne l'ai plus faite. Je n'ai plus vraiment le même plaisir qu'avant. Je pense directement à la stratégie d'équipe que je vais devoir faire. Comme c'est devenu un boulot, on n'a pas forcément ce plaisir. Mais je garde en tête qu'il y a des gens qui ont des boulots bien pires que le mien.

Les YouTubeurs ont fait beaucoup pour l'eSportBroken

LCI : Vous comprenez l'engouement, la folie parfois démesurée, autour du eSport ?

BROKEN : Pas vraiment. La première année où l'ESWC qui organise les tournois a ajouté les consoles, il y a eu beaucoup plus de spectateurs. J'en ai eu la chair de poule. C'était impressionnant. On pouvait à peine s'entendre dans les casques. C'était un truc auquel on n'était pas prêt. Aujourd'hui, on est davantage préparé. En compétition, on a des box pour être un peu plus isolés et pouvoir commun sœur. Je ne comprends pas vraiment l'engouement, mais je suis plutôt content.

LCI : Comment vous l'expliquez ?

BROKEN : Je pense que les YouTubeurs y sont pour beaucoup. Il faut vraiment dire merci aux Wartek, Gotaga, Mr LEV12. Ces mecs-là ont vraiment fait beaucoup, volontairement ou non. Ce sont eux qui montrent Call of Duty au grand public, aux gens qui ne connaissent pas forcément la compétition. Ils leur expliquent, leur montrent qu'il y a des joueurs pro derrière. Grâce aux YouTubeurs, ils deviennent fans. Il y a des petits jeunes pour lesquels c'est un rêve et ils viennent nous voir ensuite.

LCI : Que manque-t-il à l'eSport pour que ce soit encore plus connu en France ?

BROKEN : Davantage de la médiatisation ! Aux Etats-Unis, l'eSport explose. En France, on est encore un peu réticent. C'est un jeu de guerre en plus, donc ça ne passe pas forcément bien. Il faudrait aussi plus de gros sponsors. L'arrivée de Xbox va faire du bien. La compétition eSport a vraiment commencé avec Halo avant que Call of Duty prenne le dessus. Xbox a envie de relancer ça cette année et c'est très bon pour l'eSport. Et pour avoir testé Halo 5 Guardians, il est très sympa. Mais je ne vais pas changer pour autant (rires). Les joueurs pro de Halo ont quand même un très très gros niveau !

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LCI : Que pensez-vous du dernier opus de la saga, Call of Duty Black Ops III ?

BROKEN : Il y a énormément de différences avec le jeu précédent. Sur Advanced Warfare, il y avait des "dash" qui permettaient de faire des mouvements vers l'avant très rapide ou des doubles sauts grâce à l'exosquelette. Quand on voulait bloquer un coin de la carte, avec le double saut, il y avait des mecs qui se retrouvaient à 4m de haut et tu avais envie de péter les plombs. Tout cela a été enlevé sur le nouveau jeu, ce qui fait le bonheur de beaucoup de joueurs eSport. On n'avait pas vraiment accroché avec ça. Ils ont cette fois ajouté la marche sur les murs qui est plutôt sympa. A la base, Call of Duty est un jeu assez lent. Le dernier était très agressif. Ça perturbe et ça demande encore plus de concentration. Le Call of Duty le plus stressant de l'histoire ! (rires) Celui-ci est plus posé, plus stratégique. On peut vraiment mettre des stratégies d'équipe en place.

LCI : Quel est votre épisode préféré ?

BROKEN : Comme tous les joueurs, je pense que c'est Call of Duty Modern Warfare. C'est celui avec lequel j'ai commencé. Le vrai, l'authentique, le meilleur ! Paradoxalement, ce n'est pas le meilleur en compétition. C'est vraiment celui avec lequel j'ai pris le plus de plaisir à jouer. Mon préféré en compétition, c'est Black Ops II. Il était complet, sans problème. Personne ne s'est plaint de ce jeu. J'espère que le prochain sera comme celui-là.

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