"Budgets illimités", bugs et changement de culture : face au coronavirus, les entreprises passent au télétravail à marche forcée

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ÉCRANS D’ACCUEIL - Pas facile de se mettre soudain au télétravail dans des entreprises où la pratique était limitée, et l’informatique pas adaptée. Face au Covid-19, beaucoup s’y voient contraintes. Un exercice qui ne se fait pas toujours sans douleur, mais a le mérite de faire entrer le télétravail dans les habitudes, comme une nouvelle normalité.

Face à l’épidémie de Covid-19, nombreuses sont les entreprises et les administrations qui ont, chacune à leurs échelles, décrété le télétravail pour leurs employés. Sur le papier, rien ne manque, tout ce qui a permis d’élargir l’usage du travail à la maison joue en faveur d’un télétravail, même contraint. 

Du haut-débit généralisé aux outils de collaboration dans le cloud, toutes les briques technologiques sont là, de quoi faire du télétravail comme une évidence en temps d’épidémie ? Oui, en théorie. Dans la pratique, chaque entreprise est un cas particulier.

Bande passante : il n’y en aura pas pour tout le monde ?

Celles qui s’en sortent le mieux, ce sont les plus agiles, à commencer par les plus petites, et les plus jeunes entreprises. Elles n’ont pas ou peu d’infrastructures informatiques, et peuvent si ce n’est déjà fait utiliser des outils de travail à distance et de collaboration, souvent gratuits d’ailleurs. Pour les plus grandes entreprises, il y celles qui avaient déjà adopté le télétravail et déplacé l’essentiel de leur informatique dans le cloud, par essence accessible de partout. Quand Google, Twitter ou Amazon renvoient chez eux tous leurs salariés dont la présence n’est pas essentielle, l’opération est sans douleur, rien chez elles ne dépend de l’endroit où se trouve l’employé. 

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Chez les grandes entreprises, il y a aussi les autres, celles dont les systèmes ont été pensés pour être principalement utilisés au bureau, pour des raisons historiques, ou de sécurité. Même pour celles chez qui le télétravail était devenu une habitude, le changement d’échelle ne se fait pas sans à-coups. “Si vous avez dimensionné votre système pour une dizaine de personnes mobiles, et qu’il faut soudain l’étendre à tous vos salariés, la qualité du service risque d’être limitée”, nous explique Xavier Daspre, expert en cybersécurité chez Akamai. Des systèmes de visio-conférence ou de conférence téléphonique achetés pour quelques “conf calls” par semaine ont du mal à tenir la charge quand ils deviennent soudain le point névralgique de toutes les réunions de l’entreprise.

De 50.000 connexions par semaine... à 500.000 par jour

“On voit bien qu’ils règlent une problématique dans l’urgence”, sourit Eric Heddeland, Vice-Président de Barracuda Networks, spécialiste de la sécurité informatique. "C’est bien la première fois que j’entends des directeurs informatique expliquer qu’ils s’équipent ‘avec un budget illimité’, il y a une vraie razzia sur les ordinateurs portables." Et encore, le télétravail n’est qu’une des choses que le coronavirus a brutalement fait évoluer. "On est dans un cas d’urgence, d’un côté on veut externaliser des employés, et de l’autre on a des entreprises de commerce en ligne qui ont besoin de démultiplier les connexions de leurs clients", nous explique Eric Heddeland. En Italie, où la livraison de produits alimentaires a explosé depuis que le pays s’est mis en quarantaine, le secteur a explosé. “Une grande surface qui devait gérer 50.000 connexions par semaine nous demande aujourd’hui d’en sécuriser 500.000 par jour !”

“Il y aura un avant et un après”

Des bugs de démarrage, pour une adaptation des entreprises au télétravail généralisé qui pourrait leur faire constater les avantages et les inconvénients du procédé.

“Il y aura un avant et un après”, analyse Dominique Delport, le Président International de Vice Media, le réseau de sites et de chaînes pour millenials, qui a dû s’adapter à la nouvelle donne. “Sur les 1500 employés qui sont d’ordinaire dans nos bureaux de Brooklyn et Manhattan, il n’y en a plus un seul. Ça s’est fait naturellement, il a juste fallu aller livrer des disques chez eux aux producteurs et aux monteurs qui travaillent sur de gros volumes de vidéo. Tout le reste s’est fait en ligne.”

Des télétravailleurs... trop productifs ?

Parmi les sociétés contraintes au télétravail, il y a aussi celles qui en ont découvert les effets les plus surprenants… comme par exemple des employés trop productifs. “On a parmi nos clients des sociétés qui n’avaient pas l’habitude du télétravail”, raconte Eric Heddeland. “En quelques jours, elles se sont aperçues que, en leur économisant le temps de trajet, et certains temps morts de la vie de bureau, elles avaient des salariés qui abattaient beaucoup plus de travail en une seule journée. A tel point que certaines ont dû les contraindre à la semaine de quatre jours, pour éviter la surchauffe.” 

“C’est vrai qu’il y a une acculturation au télétravail, pour les managers par exemple, qui doivent soudain gérer leurs équipes à distance, trouver de nouveaux moyens pour les garder motivées, pour brainstormer ensemble”, constate Dominique Delport. “Mais je suis persuadé que toutes ces boîtes devraient gagner en productivité. Imaginez les milliers d’heures de réunions stériles évitées… surtout en France !”

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