Ce tableau créé par un algorithme vaut plus de 380.000 euros !

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FUTUR - Une toile créée par un logiciel d'intelligence artificielle est-elle une oeuvre d'art ? Il semble que oui, à en juger par l'enthousiasme suscité jeudi par la première vente aux enchères d'un tableau réalisé par algorithme. "Portrait d'Edmond de Belamy" a été adjugé pour 380.500 euros.

De loin, la toile, dans son cadre doré, avec un homme représenté de trois-quarts, en veste noire et col blanc, ressemble à de nombreux portraits de la fin du XVIIIe siècle. En regardant de plus près, on aperçoit, en bas à droite, une formule mathématique. Il s'agit de la signature de son auteure : une machine, ou plutôt une intelligence artificielle. Cette oeuvre, intitulée Portrait d'Edmond de Belamy, est le premier tableau généré par un algorithme. Jeudi 25 octobre, elle a été adjugée à 380.500 euros lors d’une vente aux enchères à la maison Christie's de New York.


Ce chef-d'oeuvre numérique a été conçu avec pour objectif de démocratiser la création via l'intelligence artificielle, explique Pierre Fautrel, l'un des trois membres d'Obvious, un collectif d'artistes à l'origine de l'opération. Pour réaliser cette toile, il a fallu "nourrir" un logiciel de 15.000 portraits classiques du XIVe au XXe siècle. Le logiciel a ainsi appris à "comprendre les règles du portrait". Un algorithme, développé par un chercheur de Google, Ian Goodfellow, a ensuite généré lui-même une série de nouvelles images. Les membres d'Obvious en ont choisi onze, composant la "famille Belamy", Belamy étant une traduction de Goodfellow, en hommage au chercheur.

Même si l'algorithme crée l'image, c'est nous qui avons l'intentionPierre Fautrel, l'un des trois membres d'Obvious.

Une toile créée par un logiciel d'intelligence artificielle est-elle une oeuvre d'art ? Pour l'artiste de 25 ans, la démarche est clairement artistique. "Même si l'algorithme crée l'image, c'est nous qui avons l'intention, soutient-il. On s'en sert comme d'un outil, très puissant, avec peut-être une forme de créativité. Mais les gens qui ont décidé de faire ce sujet, c'est nous. Ceux qui ont décidé d'imprimer sur de la toile, la signer d'une formule mathématique, mettre un cadre en or, c'est nous."


Les créations issues de l'intelligence artificielle, estime Pierre Fautrel, sont comparables à l’émergence de la photographie dans les années 1850. Les critiques disaient que "c'était flou, qu'il fallait des ingénieurs très qualifiés, que ce n'était pas de l'art et que ça détruirait les artistes". Or, par la suite, il a été reconnu que la photographie n'était qu'un simple outil, fait-il valoir. 

Bientôt chacun pourra fabriquer son propre tableau

L'estimation de la maison Christie's, qui avait mis le curseur entre 7.000 et 10.000 dollars, a en tout cas été littéralement pulvérisée. Le nom de l'acheteur, qui a participé à la vente par téléphone, n'a pas été révélé. Pour Richard Lloyd, responsable des imprimés chez Christie's et organisateur de l'événement, il est certain que ce genre de créations va se multiplier à l’avenir. 


Bientôt, peut-être, chacun pourra se faire fabriquer son propre tableau en nourrissant un logiciel de multiples exemples de ses tableaux préférés. "Un privilège réservé autrefois uniquement aux très riches", souligne Richard Lloyd.

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