CES 2018 : découverte, stress et business, on a vécu le salon dans les pas de la startup française XXII

CES 2018 : découverte, stress et business, on a vécu le salon dans les pas de la startup française XXII

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EN IMMERSION – Nous avons suivi pendant plusieurs jours XXII, une startup basée à Suresnes (Hauts-de-Seine) qui vivait son premier salon CES à Las Vegas, qui s'est déroulé du 9 au 12 janvier. Préparation, angoisses, présentations, salon… on fait le bilan avec eux de cinq jours de courses (presque) effrénées.

Lundi 8 janvier, 8 heures. Le réveil sonne. La nuit a été courte pour beaucoup. Notamment pour ceux qui ont connu maintes péripéties avant d’arriver jusqu’à Las Vegas tard dans la nuit. Les paupières sont lourdes, la location, prise pour l’occasion à l’écart du Strip et de ses casinos, le cœur touristique de la ville et du CES, déborde déjà de valises. Il y a des airs de vacances entre potes, tendance colonie de vacances dans les lieux. Pourtant, derrière les blagues et les premières vannes, il y a aussi un peu d'appréhension, pour beaucoup, avant la découverte. Le CES, le plus grand salon high-tech au monde, commence le lendemain et il faut déjà se rendre sur place pour tout installer, finir de caler les rendez-vous.

Chez XXII, on "expose" pour la première fois sur le prestigieux rendez-vous de l’électronique grand public. Pourtant, la société créée il y a un peu plus de deux ans et spécialisée dans les projets de réalité virtuelle et d’intelligence artificielle, ne fait pas partie de la centaine de startups prises par la main par Business France ou les délégations régionales omniprésentes. "On aime bien se tenir un peu à l’écart de la mouvance French Tech", explique William Eldin, le fondateur de XXII. "On n’a pas forcément envie d’être mêlé. Notre tagline, c’est quand même ‘'Discret mais pas secret'", rappelle-t-il avec amusement.

Discret, mais pas secret

Pour la discrétion, les équipes de XXII ont opté pour une suite en étage dans l’hôtel Venetian, accolé au Sands Expo où se tient le salon, plutôt qu’à l’Eureka Park, l’antre des startups internationales et majoritairement françaises. "On était venu par le passé en visiteurs et on avait vu que des boîtes comme Google, Apple ou Facebook n’exposaient pas sur le salon, mais recevaient dans des suites. On a ‘kiffé’ l’idée. On trouvait ça tellement prestigieux", explique-t-il. Pour sa première participation, voilà donc XXII qui reçoit au 30e étage, occupant l’une des suites d’un très long couloir empli d’entreprises.

Pour les équipes, il y a eu consensus sur l’idée. L’entreprise présente dans un vaste espace différentes expériences liées à l’intelligence émotionnelle et à la reconnaissance visuelle. "Nous présentons plusieurs cas pratiques réalisés grâce à notre plateforme d'intelligence artificielle bio-inspirée", explique Damien Mulhem, cofondateur de XXII. De la détection gestuelle pour la sécurité, de la reconnaissance de mouvement pour le futur du shopping également ou pour aider les enseignes à gérer leurs flux, autant de choses que les visiteurs découvrent.


"On avait besoin d’être un peu au calme," reconnaît William Eldin qui aimait bien l’idée d’être "fournisseur d'expériences et non dans l’exposition" sur l’Eureka Park, où ça n’aurait finalement pas de sens. Lui connaît bien le CES. Ancien dirigeant de Coyote, le spécialiste du radar automobile, ce fringant trentenaire est déjà venu par le passé en tant qu’exposant ou visiteur. Mais ce n’est pas le cas de la majorité de son équipe présente qui compte aussi des docteurs en intelligence artificielle et des développeurs, et vit un peu de loin l'effervescence de l'évènement.

Discret, mais pas secret ni caché, XXII va voir du monde circuler dans sa suite quatre jours durant. Pourtant, tous ont eu quelques inquiétudes avant de mettre le pied sur le sol américain. "C’est vrai qu’on avait peur que personne ne vienne nous voir vu qu’on était loin de la furie du salon", admet Thibault Pindat, en charge du développement à l'international. "On se disait : 'Et si on a fait tout ça pour rien, dépensé beaucoup d’argent pour ne voir personne venir et attendre toute la journée. Mais ça n’a pas arrêté. On est crevé, mais content." D’Aéroport de Paris à Boulanger, de LVMH à Bouygues en passant par une société américaine de casinos, les médias et des groupes internationaux, les équipes ont enchaîné les présentations. "Ils ont tous fait un énorme boulot, tient à saluer William Eldin. En amont, ils ont booké des rendez-vous avec des délégations. Et une fois sur place, les gars ont épluché toute la liste des exposants, ont cherché ceux qui étaient aussi sur l’intelligence artificielle ou que nos technologies pouvaient intéresser. Ils les ont contactés pour leur dire de passer, sont allés en voir sur le salon...".


"Bon, on n’a pas trop eu le temps d’aller voir le salon. Et le peu qu’on en a vu, c’est bruyant et crevant", reconnaissent Dorian Allart et Mathieu Charon, pas mécontents du choix d’un lieu au calme.

Le CES, "un condensé de formation pour tout le monde"

"Même si on grandit, on reste une petite société sans moyens démesurés pour le CES. On se débrouille comme on peut", explique Maïwenn Regnault, en charge de la communication. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que cela leur a réussi : XXII quitte Las Vegas avec une trentaine de projets solides. Mais pour William Eldin qui déclare vivre "un rêve" à l’issue de ce CES empli de bonnes nouvelles, la réussite est aussi ailleurs. Dans l’esprit d’équipe. "Ils sont super contents d’être à Vegas et au CES. C’était important qu’ils soient là pour montrer tous les savoirs de XXII, mais aussi pour leur montrer qu’ils ne sont pas mes marionnettes, que je ne suis pas le chef qui se repose et vient parler juste pour les grands entretiens. J’ai un devoir d’exemplarité. Je veux les inspirer pour qu’ils aient tout autant envie de bien faire. Et cela passait par mon attitude aussi." 


Dormir sur un matelas gonflable installé au milieu de la location, participer aux pitches des rendez-vous, être là de 8h à 20h, se faire débriefer aussi par ses équipes comme lui leur dit ce qui va ou pas... "Le CES, c’est un condensé de formation pour tout le monde. Des challenges super positifs se créent. On doit tout donner jusqu’au bout, car c’est notre évènement du début d’année."

Un premier exercice CES réussi pour XXII et qui arrive au bon moment. "Juste avant de venir, on a tout redéfini, notre stratégie, notre organigramme, notre ligne, pour que 2018 soit l’année de notre maturité et qu’on puisse être aussi capables de lever davantage de fonds. Le CES a été un incroyable accélérateur. On ne pensait pas qu’il serait le gouvernail de tout cela. Nous sommes à l’aube de quelque chose d’énorme, savoure William Eldin. Il faut capitaliser sur les rendez-vous et idées en marche, qu’on relance les partenaires, qu’on écrive les projets et les signe. On a eu de sacrées opportunités. Maintenant, c’est à nous de les transformer." Un investissement et un pari qui ont porté leurs fruits. Et XXII de voir désormais encore plus loin. Le prochain CES ? "On prendra deux fois, trois fois plus grands pour créer des démos de fou !" Rendez-vous est déjà pris pour 2019.

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