Combien faudrait-il vous payer pour abandonner Facebook, Google, WhatsApp et les autres ?

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INDISPENSABLES - Une étude de la Réserve Fédérale américaine a voulu mettre un prix sur les services gratuits que l'on utilise chaque jour. Objectif : chiffrer leur valeur pour le consommateur. Un classement étonnant, qui consacre des services dont nous aurions aujourd'hui bien du mal à nous passer.

Comment estimer la valeur d'un service gratuit ? C'est la question que les économistes de la Réserve Fédérale de Washington, la banque centrale des États-Unis, ont posé. Une question qui va bien au-delà du simple exercice intellectuel et pourrait permettre de résoudre une équation jusque-là sans réponse.

Ce qui surprend les experts, c'est que les États-Unis connaissent aujourd'hui la plus longue période de croissance de leur histoire, sans que cela ne s'explique par des gains de productivité remarquables ou par une hausse du Produit National Brut hors de l'ordinaire. Pour Jerome Powell, le patron de la "Fed", le problème, c'est que ces chiffres, qui font le compte des ventes de biens et de services, laissent de côté toute la valeur créée par des services gratuits. L'économétrie moderne oublie donc un peu tous les services du numérique qui ont explosé ces vingt dernières années et ont changé nos vies.

Tout abandonner, mais contre indemnité

Pour étayer sa réflexion, la Réserve Fédérale met en avant une étude récente publiée conjointement par des chercheurs hollandais et américains. Eux ont voulu estimer non pas le coût, mais la valeur représentée par tous ces services gratuits pour leurs utilisateurs. Pour ce faire, ils ont sondé des milliers d'Américains et d'Européens, leur demandant précisément combien il faudrait leur proposer pour abandonner tel ou tel type de service : de l'e-mail au commerce en ligne, de la cartographie à la vidéo en ligne, tous ont donné leur prix, et donc implicitement la valeur qu'ils y attribuent.

Pour chaque type de services, l'étude publie la valeur médiane : la moitié des sondés demandent plus, l'autre moitié demande moins. En bas de classement, ce dont les sondés se passeraient le mieux, ou pour le moins cher, ce sont les réseaux sociaux. Twitter, Facebook, Instagram, on peut vivre sans apparemment, en tout cas pour un dédommagement de 290 euros par an. Un cran au-dessus, le commerce en ligne est, pour beaucoup, devenu une habitude du quotidien, mais les équivalents dans le commerce traditionnel existent. Faire sans Amazon et les autres est donc affiché à 759€ par an. Plus chère, la vidéo en ligne, -Youtube et tous les autres confondus- est devenue un média d'usage si courant qu'on imagine mal s'en passer... sauf contre 1.057 euros par an.

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Jamais sans mon GPS, mon mail, mon moteur de recherche

Restent ceux dont il serait trop douloureux de se séparer, probablement parce que ce sont aussi des outils professionnels devenus indispensables. À la troisième marche du podium, la navigation, les applications de cartographie, le GPS, sans lesquels on serait souvent perdus, tant à pied qu'à vélo ou en voiture. Vous hochez la tête ? Mais de quand date la dernière fois où vous avez compulsé une carte sur papier, au juste ? Pour vivre sans, les sondés demandent 3.286 euros par an. Pire encore, le courrier électronique, aussi essentiel que l'air qu'on respire... combien pour effacer vos comptes ? Réponse des internautes : 7.580 euros par an. 

Reste le service considéré comme le plus vital d'entre tous, celui qui sert souvent de porte d'entrée à toute recherche d'information. Et cela se ressent aux réponses de l'étude : vivre sans moteur de recherche touche aux frontières de l'inimaginable et serait vécu comme une amputation d'un pan entier de sa vie en ligne. De quoi expliquer sa valorisation : pour s'interdire Google et les autres, nos sondés demandent 15.793 euros ! Par an !! Une somme qui sonne moins comme un dédommagement que comme une fin de non-recevoir.

WhatsApp plébiscité par les jeunes Européens

Tous ces résultats sont issus des réponses à l'étude aux États-Unis. Si les montants demandés pourraient varier d'un pays à un autre, rien ne dit que la hiérarchie des services ne soit si différente... avec quelques exceptions. Ainsi, les chercheurs de l'université de Gröningen, qui ont pris part à l'étude, ont sondé leurs étudiants européens pour voir si leurs opinions divergeaient des autres sondés. 

S'ils sont moins gourmands sur les sommes demandées, il est un résultat qui sort du lot : en haut du classement, cette population jeune et très connectée met WhatsApp, la messagerie instantanée. Celle qui a, pour beaucoup d'entre eux, remplacé l'e-mail de leurs aînés a un prix : 536 euros par mois. 

Vous pouvez retrouver l'intégralité de l'étude ici (document PDF).

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