Comment repérer une "deepfake" à l’œil nu ? Les conseils d'un spécialiste pour ne pas se faire berner

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Jusqu'où ira l'intelligence artificielle ?

INTERVIEW - Facebook a annoncé qu’il allait supprimer les vidéos utilisant la technologie du "deepfake" dans le but d'induire l'internaute en erreur. En attendant, voici quelques conseils pour éviter, autant que possible, de se faire berner par l'une de ces vidéos trafiquées.

Les vidéos falsifiées ou modifiées de manière malhonnête seront désormais interdites par les règles d’utilisation de Facebook, a annoncé le site de Mark Zuckerberg dans une note de blog publiée mardi 7 janvier. En ligne de mire : les fameuses "deepfakes", ces vidéos ultra réalistes truquées grâce aux technologies d’intelligence artificielle permettent de faire dire n’importe qui à n’importe quoi, dans le but d’induire en erreur l’internaute. 

La décision, qui survient en cette année d’élection présidentielle aux Etats-Unis, ne s’appliquera pas "aux contenus parodiques ou satiriques", a précisé la vice-présidente de Facebook, Monika Bickert. En juin dernier, Mark Zuckerberg avait lui-même été victime d’un contenu de ce type. Il s’était finalement révélé être une opération de com’ menée par deux artistes britanniques. Autant dire que la frontière est tenue.

Pour vous aider à détecter plus aisément un deepfake, LCI a contacté Gérôme Billois, expert en sécurité informatique du cabinet Wavestone. 

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La "deepfake" dont Mark Zuckerberg a été la victime

Peut-on détecter une vidéo "deepfake" à l’œil nu ?

Gérôme Billois : Aujourd’hui, il n’existe pas d’outil grand public permettant de détecter automatiquement une "deepfake". La première vague de ces vidéos apparues sur Internet avaient toutes le même défaut. La personne sur l’image ne clignait jamais des yeux. De ce fait, il était assez simple de détecter une vidéo qui avait été truquée. Aujourd’hui, ceux qui fabriquent ces contenus utilisent des logiciels beaucoup performants, capables de reproduire le clignement d’œil. Cela reste malgré tout un indice dont il faut tenir compte. 

Généralement, les traits du visage sont un peu figés. Il faut s’intéresser en priorité au nez et aux oreilles, notamment lorsque la personne bouge la tête. Les logiciels qui génèrent des "deepfakes" produisent en effet des images en 2D et ont encore du mal à gérer l’orientation de la lumière, en particulier au niveau des extrémités du visage. Il faut aussi prêter attention au mouvement des lèvres. Souvent, un décalage très léger est perceptible. Et la voix peut parfois sembler un peu étrange. Pour le moment, la plupart des "deepfakes" sont de qualité assez médiocre, mais leur réalisme va être amené à se développer.

Comment les entreprises du numérique luttent-elles contre ce fléau ?

Gérôme Billois : En septembre dernier, Google a constitué une base de données avec des "deepfakes" dans le but d'entraîner des algorithmes d'apprentissage automatique à détecter plus efficacement ce  type de contenus. Facebook, avec d'autres entreprises du numérique et des université, a lancé une initiative similaire l'an dernier. Des experts en sécurité informatique vont s'affronter lors de cette compétition, dont objectif est de créer une technologie que tout le monde pourra utiliser pour afin de repérer les vidéos modifiées par des outils d'intelligence artificielle avant même qu'elles ne soient diffusées sur une plateforme.

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C’est l’histoire du chat et de la souris, entre ceux qui fabriquent ces contenus et ceux qui les détectent. - Gérôme Billois, expert en sécurité informatique du cabinet Wavestone.

Les auteurs de ces fausses vidéos redoublent cependant d'ingéniosité. Pourra-t-on un jour les éradiquer ?

Gérôme Billois : C’est l’histoire du chat et de la souris, entre d'un côté ceux qui fabriquent ces contenus et de l'autre ceux qui les détectent. Par analogie, c’est la même chose que pour un antivirus. Il ne peut détecter que les virus qu’il connaît. A partir du moment où des filtres pour repérer ce type de contenu vont commencer à voir le jour, ceux qui les fabriquent vont chercher des combines pour que leur vidéo passe entre les mailles du filet sans être détectée par les algorithmes d’intelligence artificielle. 

Pour le moment, les "deepfakes" mettent en scène principalement des personnalités. Donald Trump, Kim Kardashian, etc. Se peut-il qu’un jour ces vidéos trafiquées ciblent M. et Mme Tout le monde ? 

Gérôme Billois : Historiquement, le phénomène a commencé avec la propagation de vidéos dans lesquelles le visage d’une célébrité avait été inséré à la place de celui d’une actrice dans un film pornographique, dans le but de lui nuire ou de lui extorquer de l’argent. 

Aujourd'hui, des logiciels gratuits et très simples d'utilisation permettent à quiconque ou presque de réaliser ce genre de trucage. Et les conséquences, comme nous avons pu le voir dans certaines affaires d'harcèlement scolaire, peuvent être dramatiques.

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