Coronavirus : à Paris, une mini-usine d'impression 3D fournit aux soignants le matériel qui leur manque

Un laboratoire s'est installé ce vendredi à l'hôpital Cochin à Paris. Le cloitre qui date du XVIIe siècle accueille des machines ultra-modernes, une soixantaine d'imprimantes 3D.
High-tech

IMPRESSION 3D - Alors que le coronavirus continue de se propager, les hôpitaux de Paris se lancent dans la production en 3D d'équipements leur faisant cruellement défaut. Une mini-usine a été installée à côté de l'hôpital Cochin. Une première dans l'Hexagone.

Elles carburent 24 heures sur 24. Dans une mini-usine établie dans le parc de l'Abbaye de Port-Royal qui jouxte l’hôpital Cochin à Paris, soixante imprimantes 3D débitent à jet continu des filaments de plastique pour fabriquer en urgence les milliers de pièces de matériel médical dont les hôpitaux parisiens ont cruellement besoin. Confronté à une demande inédite pour faire face à la pandémie de Covid-19, les hôpitaux parisiens ont fait un bond en avant dans le futur, en créant en quelques jours la plus grande plateforme d’impression 3D au monde au sein d’un hôpital. Du jamais-vu.

Initié sous l’impulsion du Dr Roman Khonsari avec l’appui de la startup tricolore Bone3D, le projet "3D COVID" s’est monté en à peine dix jours, mobilisant une cinquantaine de médecins, ingénieurs, développeurs et entrepreneurs du secteur privé. Une prouesse à la hauteur de l’urgence. "Selon le type d'équipement et sa complexité, on sera capable de sortir de 300 objets par jour à 3000 par semaine", promet le Dr Khonsari, chirurgien maxillo-facial de l'hôpital Necker, un des grands promoteurs en France de cette technologie promise à un bel avenir dans le domaine médical.

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Les pièces produites au sein de cet atelier futuriste, parmi lesquelles des visières de protection pour le visage, des valves pour respirateur artificiel d’urgence ou encore du matériel d’intubation, sont fabriquées via protocole préalablement homologué et validé par un comité scientifique en amont. "Même en temps de crise, on ne peut se permettre le moindre défaut (...) les matériels ne peuvent pas lâcher en cours d'intervention", souligne le Dr Khonsari.

Cinq personnes mobilisées jour et nuit

Le site de production a déjà commencé à sortir des pièces simples, pour des dispositifs d'aspiration, des masques de réanimation, des montants de lunettes de protection et même des poignées pour ouvrir les portes avec l'avant-bras, sans les toucher. "Il reste des équipements qu'on ne peut pas produire en 3D, comme des surblouses, par exemple. Mais pour les trois-quarts, c'est possible", assure le chirurgien. La liste des matériels disponibles sera mise à jour pour les soignants sur la plateforme 3dcovid.org, qui centralise aussi les propositions émanant d'entreprises et de particuliers.

Pour faire tourner cette usine futuriste, une équipe de cinq personnes est mobilisée jour et nuit, à la fois pour assurer le suivi la production et dessiner les pièces via des logiciels via des logiciels de modélisation 3D. "Pour faire simple, nous produisons toute la plomberie qui sert au fonctionnement des machines de réanimation. Ce sont un peu comme des Lego, mais en beaucoup plus technique. Ces pièces sont essentielles et les stocks sont vides. Or elles permettent de sauver des vies", explique à LCI le Dr Jérémy Adam, qui dirige la jeune pousse Bone3D, spécialiste de l’impression médicale 3D.

Mais un certain nombre de dispositifs sont protégés par des brevets ou les droits de propriété intellectuelle. Par conséquent, ils doivent être dessinés en 3D via des logiciels, avant d'être imprimés. "A la différence des makers, nous n’imprimons pas à tout-va, souligne le PDG de Bone3D. Lorsque nous réalisons une nouvelle pièce, elle subit d'abord toute une batterie de tests sur des poumons artificiels. A partir du moment où celle-ci est validée, nous pouvons commencer à la produire en série et en grande quantité", précise le PDG de Bone3D. Les modèles sont ensuite partagés en open-source sur la plateforme 3dcovid.org. 

"Plusieurs centaines de milliers d'euros"

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Le projet de l'AP-HP bénéficie d'un financement du groupe de luxe français Kering, dont le PDG n’est autre que François Pinault. Selon Le Figaro, la facture se chiffre "à plusieurs centaines de milliers d'euros". A l’avenir, ce type de plateforme d'impression 3D pourrait néanmoins se généraliser au sein des hôpitaux. "Tout serait fait directement sur place, cela permettrait de gagner en réactivité et d’améliorer la gestion des stocks. Et en échange, les fabricants de ces matériel médical toucheraient des royalties", suggère Jérémy Adam. Plusieurs hôpitaux dans d’autres régions de France ont contacté la startup Bone3D pour faire face à la pénurie de matériel.

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