Coronavirus : comment la Chine utilise la tech pour mieux contrôler sa population

Coronavirus : comment la Chine utilise la tech pour mieux contrôler sa population
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SOUS CONTRÔLE - Incontrôlable, l'épidémie de coronavirus menaçait de fragiliser l'autorité de l'Etat chinois. Au final, l'inverse est en train de se produire grâce à des outils de contrôle pensés pour contrer la maladie, mais qui pourraient bien lui survivre.

Jamais probablement une application mobile n'aura engrangé autant d'utilisateurs en si peu de temps. L'application, c'est le "QR Health Code", ce questionnaire de santé qui, selon vos réponses, affiche un QR-Code et une couleur -vert, orange ou rouge- selon votre niveau de risque face au coronavirus. Un code vert vous servira alors de laisser-passer un peu partout, rouge et orange vous forçant à rester chez vous une à deux semaines.

 Lancée dans la région de Hangzhou (ndlr : Canton) mi-février, elle est déjà utilisée dans 200 grandes villes de Chine. Une application que Pékin n'a même pas eu à développer, préférant demander à ses champions locaux de s'en charger. Logique : un géant comme Alibaba a pu créer en quelques jours seulement non pas une nouvelle application, mais une fonction de plus intégrée à Alipay, son application de paiement mobile déjà dans la poche de 650 millions de Chinois. Surtout, Alibaba possède l'infrastructure technique pour gérer les millions de questionnaires sans risquer l'encombrement de ses réseaux. 

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"Êtes-vous vert aujourd'hui ?"

Pour l'administration communiste, l'expérience est un succès total. Il aura fallu deux semaines à peine pour que le "Code Santé d'Alipay" fasse partie du paysage. Lui qui devait n'être qu'un moyen de plus de rassurer son entourage est devenu un sauf-conduit indispensable, bien au-delà de Wuhan, d'où est parti la maladie. Dans la province du Sichuan, les travailleurs migrants doivent par exemple désormais afficher leur QR-Code pour se déplacer de ville en ville. C'est aussi une condition d'entrée dans nombre d'usines. Partout où il a été adopté, le QR-Code d'Alipay vous est aujourd'hui demandé au moment de prendre les transports, d'aller au restaurant ou dans les centres commerciaux. Selon une correspondante du Washington Post sur place, en Chine, on ne dit désormais plus "Comment ça va ?", mais "Êtes-vous vert aujourd'hui ?".

Problème : à ce jour, personne n'a détaillé comment le système calcule votre code couleur. En plus des réponses au questionnaire, on subodore que l'application pourrait retracer vos déplacements pour déterminer si vous avez visité une région infectée. Selon nos confrères du New York Times qui ont disséqué le code de l'application, elle semble partager ses données avec la police, à qui elle fournirait l'identité, la localisation et bien sûr le code couleur de chaque utilisateur. Des détails, pour une application réalisée dans l'urgence de l'épidémie et pensée pour n'être utilisée que quelques semaines ou quelques mois, le temps que l'orage passe ? Pas si sûr.

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Un "Skynet" de prévention numérique des épidémies se déploie à la vitesse de la Chine"- Agence Chine Nouvelle, le 19 février 2020

En effet, la classification tricolore pourrait survivre à l'épidémie. Dans son expérience grandeur nature de contrôle social, l'Etat chinois a vu l'intérêt du système, d'abord pour réagir plus vite à de futures épidémies. Dans une dépêche, l'agence Chine Nouvelle voyait dans le dispositif un "Skynet de prévention numérique des épidémies", qui "se déploie à la vitesse de la Chine (...)". Un probable hommage au Skynet du film Terminator, ce système d'intelligence artificielle omniscient, à moins qu'il ne s'agisse d'une référence au programme secret du même nom développé par la NSA, qui analysait les communications mobiles et leur localisation pour y détecter des comportements suspects.

Une loi contre les "contenus négatifs" en ligne

Autre nouveauté annoncée en Chine sur fond de coronavirus : une loi, entrée en application ces derniers jours, pour combattre la dissémination de rumeurs, mais aussi tout ce qui pourrait "troubler l'ordre social et économique" ou "détruire l'unité nationale". Le projet date en fait du 15 décembre dernier, avant que l'épidémie n'ait mis le pays à l'arrêt  Mais son arrivée aujourd'hui est décrite comme une réponse au Covid-19. L'article de loi, traduit intégralement ici, transpose les obligations de décence et de responsabilité jusque-là imposées aux grands médias, pour les imposer sur tout contenu en ligne, réseaux sociaux, forums, chats en ligne. Même les "excès dans les potins autour des célébrités" seront désormais réprimés.

Si médias et réseaux sociaux chinois sont largement contrôlés, il n'en est pas de même des forums qui rassemblent la diaspora chinoise. Sur celui-ci, détecté par le New York Times, on retrouve les reproches faits à Xi Jinping, accusé au début de l'épidémie d'avoir manqué de courage pour n'être pas venu à Wuhan.  La mort de Li Wenliang, ce médecin réprimandé pour avoir été parmi les premiers à s'inquiéter publiquement du virus, avait aussi entraîné des critiques massives du régime. Autant de "contenus négatifs" que les Chinois ne verront plus. 

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