Coronavirus : le gouvernement planche sur une application pour tracer les malades après la levée du confinement

Pour lutter contre la propagation du coronavirus, seriez-vous prêt à installer une application de pistage sur votre smartphone ? La Chine ou la Corée du Sud ont déjà adopté cette méthode.
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PANDÉMIE - En prévisions de la fin des mesures de confinement, l'exécutif travaille sur une application pour tracer les malades et alerter les personnes qu'ils auraient croisées via une notification sur leur téléphone portable.

L’exécutif réfléchit actuellement à la mise en place d’une application pour tracer les malades et alerter les personnes qu’ils auraient croisées. Édouard Philippe a certes exclu jeudi 1er avril la possibilité d’un traçage numérique obligatoire des individus pour lutter contre l’épidémie du nouveau coronavirus (Covid-19), devant la mission d’information de l’Assemblée nationale. Mais le Premier ministre a indiqué que la question d’un recours à des méthodes de traçage numérique sur la base d’un engagement volontaire restait encore ouverte, soulignant que c’est avec ces outils "qu’un certain nombre de pays ont procédé à l’isolement très strict" des malades et de ceux qui avaient été en contact avec eux.  

A en croire un sondage de l'université d'Oxford relayé par le quotidien Le Monde, huit Français sur dix seraient enclins à l’utilisation d’une application enregistrant leurs interactions sociales et les avertissant s’ils ont été en contact avec une personne malade du Covid-19, ou prévenant ceux qu’ils ont côtoyés s’ils sont eux-mêmes infectés. Invité ce jeudi sur France Inter, le sociologue Antonio Casilli, spécialiste des sociétés numériques, y voit quant à lui une menace pour les libertés individuelles. "Ces outils technologiques sont présentés comme des solutions miracles, alors qu'en réalité leur efficacité n'a jamais été démontrée jusqu'à présent", souligne-t-il. 

Scanner les interactions via la technologie Bluetooth

En matière de lutte contre le Covid-19, Séoul est devenu un modèle, divisant par deux le nombre de personnes infectées en l'espace d'un mois. Sa méthode, en revanche, fait grincer des dents les défenseurs des libertés individuelles : une campagne de dépistage massive et une étroite surveillance des malades. Ils sont localisés en temps réel et le moindre de leurs déplacements peut être épié par le reste de la population via une application. Une surveillance de masse qui ne semble pas offusquer outre-mesure la population, forcée de constater que la pandémie recule chaque jour un peu plus. S'inspirant de ce modèle, l'Etat d'Israël a lui-aussi déployé des méthodes de surveillance jusqu'alors réservées à la lutte antiterroriste. De son côté, la France s'orienterait vers le modèle singapourien, à en croire le journal Les Echos.

En clair, une application scannerait, pendant une quinzaine de jours, les interactions via la technologie sans fil Bluetooth des téléphones mobiles, de sorte à les transformer en émetteurs et récepteurs de signaux. Plus concrètement, si une personne est infectée, l'application enverrait une notification à tous ceux qu'elle aurait croisés dans les deux semaines précédentes, pour les avertir d'un risque de contamination. Seuls ceux qui auraient téléchargé l'application recevraient l'avertissement qu'ils ont pu être infectés par un malade, dont l'anonymat sera préservé. Ce dispositif nécessiterait toutefois un nombre de tests plus important que les 30.000 qui sont réalisés chaque semaine dans l'Hexagone. Les kits de dépistage rapide pourrait y contribuer. Le gouvernement en a déjà commandé cinq millions.

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Anticiper l'après confinement

Alors le pic de la pandémie de coronavirus (Covid-19) est attendu dans les prochains jours, le gouvernement d'Edouard Philippe doit anticiper la phase suivante, en vue d'une éventuelle levée à partir de fin avril des mesures de confinement. Mais pour cela, les autorités doivent être en mesure d'identifier et de joindre très rapidement toutes les personnes en contact avec une personne infectée. Le mois dernier, l'exécutif avait dû reculer devant le tollé suscité par son projet initial "d’identification des personnes ayant été au contact de personnes infectées" via les données de localisation des opérateurs télécoms. Il a donc revu sa copie et devrait proposer un nouveau dispositif dans les prochains jours. 

En début de semaine, le PDG d’Orange, Stéphane Richard, préconisait, dans une tribune publiée par Le Monde, de suivre l’exemple de Singapour et de recourir au traitement de données individualisées de géolocalisation, avec le consentement de l’usager, conformément au règlement européen sur la protection des données personnelles (RGPD). "Il ne s’agit en rien d’imposer, comme à Taïwan, un contrôle numérique intensif des déplacements ou, comme en Israël, de donner aux forces de l’ordre la possibilité de géolocaliser les personnes contaminées via leur téléphone pour garantir le respect de la quarantaine", assure-t-il.

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Leader sur le marché avec 34 millions d'abonnés mobiles, l'opérateur français avait indiqué la semaine dernière travailler avec les chercheurs de l'Institut français de la recherche médicale (Inserm). Les données de géolocalisation fournies par Orange aux scientifiques sont agrégées et anonymisées, impossible de ce fait d'identifier un individu en particulier. Elles ont notamment permis d'évaluer les variations de population "avant confinement" et "après confinement". C'est ainsi que les autorités sanitaires ont pu établir que 17% des Parisiens auraient quitté la ville à ce moment, comme l'avait révélé l'Assistance Publique-Hôpitaux de Paris (AP-HP). L'exploitation de ces données doit surtout permettre aux autorités sanitaires d'améliorer les estimations prévisionnelles épidémiologiques par zone pour "adapter en temps réel le système de soin".

La semaine dernière, la Commission nationale informatique et liberté (Cnil), chargée de la protection des données personnelles, a demandé à l’État de privilégier le traitement de données anonymisées. "Si la France souhaitait prévoir des modalités de suivi non anonymes plus poussées, le cas échéant sans le consentement préalable de l’ensemble des personnes concernées, une intervention législative s'imposerait", avait-elle martelé, tout en précisant que "dans les cas où un suivi individuel serait nécessaire, celui-ci devrait reposer sur une démarche volontaire de la personne concernée". En outre, rappelle le gendarme français du numérique, ces données devront n'être conservées que pendant une période limitée et clairement définie, et uniquement dans le but de lutter contre la pandémie. Après cela, elles devront être supprimées.

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