StopCovid : voici à quoi ressemblera l'appli de traçage des malades du Covid-19 validée par la Cnil

StopCovid : voici à quoi ressemblera l'appli de traçage des malades du Covid-19 validée par la Cnil
High-tech

PANDÉMIE - La startup Lunabee Studio, en charge de l'élaboration de l'interface de l'application StopCovid, nous dévoile en exclusivité son fonctionnement, à quelques jours de la date prévue de son déploiement.

Aux côtés de géants comme Capgemini, Orange et autres Dassault Systèmes, la startup Lunabee Studio fait figure de petit Poucet. Et c’est pourtant à cette jeune pousse basée à Chambéry (Savoie) que l’Institut de recherche en informatique et en automatique (Inria) a confié le développement de l’interface de l’application StopCovid. Depuis bientôt deux mois, une task force comprenant une dizaine d’acteurs français du secteur du numérique sont engagés dans une course folle pour échafauder, en un temps record, une application mobile capable d'alerter les personnes qui ont été en contact avec un malade testé positif au nouveau coronavirus (Covid-19). 

Au sein de la startup Lunabee Studio, une équipe de cinq personnes a travaillé jour et nuit, week-end compris, avec pour objectif de rendre ce dispositif simple à utiliser et accessible au plus grand nombre, y compris pour les personnes non-voyantes ou non-francophones. Concrètement, une fois installée sur un smartphone, l'application StopCovid permettra à une personne qui apprend sa contamination d'alerter les autres utilisateurs qu'il a pu croiser, à une distance de moins d'un mètre et durant quinze minutes, au cours des deux semaines précédentes, soit la période d'incubation du virus. De quoi permettre aux autorités sanitaires de remonter les chaînes de contagion plus rapidement.

Pour repérer vos déplacements, l'application StopCovid s’appuie sur la technologie sans fil Bluetooth des téléphones mobiles, de manière à les transformer en émetteurs et récepteurs de signaux. De ce fait, elle n'utilise pas la géolocalisation de votre smartphone. De même, seuls ceux qui auraient téléchargé l'application recevront l'avertissement qu'ils ont pu être infectés par un malade, dont l'anonymat sera préservé via l'utilisation d'un pseudonyme. 

Afin d'éviter d'éventuels abus, cet identifiant sera généré automatiquement via un protocole mis au point par l'Inria, de sorte à empêcher l'identification des utilisateurs de l'application, comme le recommandait la Commission nationale de l'informatique et des libertés (Cnil). "La seule information que vont stocker les serveurs, c’est le fait que AWXY18 a rencontré Z3P5 sans jamais remonter à l’identité réelle des utilisateurs", souligne Olivier Berni, directeur général de Lunabee Studio.

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Après une phase de test en laboratoire puis en conditions réelles sur le terrain, l’application mobile StopCovid sera déployée à partir du 2 juin dans l’Hexagone, selon le calendrier présenté le mois dernier par le secrétaire d’Etat au Numérique Cédric O. Avant cela, le projet gouvernemental devra néanmoins être validé par un vote au Parlement le 27 mai, à l’issue d’un débat. Les discussions auront notamment pour but de clarifier ce que l'application fait et ce qu'elle ne fait pas, ainsi que la période au cours de laquelle elle restera en place.

Etant basée sur une participation volontaire, le déploiement de l'application StopCovid ne devrait pas avoir besoin de fondement légale en principe. Par souci de transparence, le code source de l'application a été dévoilé en partie le mardi 12 mai sur le Gitlab de l'Inria afin que "tous les codeurs intéressés" puissent "aller vérifier comment fonctionne l'application" et s’assurer qu’il n’y a "aucun risque de détournement" à des fins de surveillance de la population. Pas de quoi éteindre les nombreuses critiques.

Huit Français sur dix se disent favorables à son utilisation

Depuis son annonce début avril, le projet gouvernemental StopCovid fait grincer des dents. Pour les défenseurs de la protection de la vie privée, cette technologie est présentée comme une "solution miracle", alors qu'en réalité son efficacité n'a jamais été démontrée jusqu'à présent. En témoignent selon eux les résultats des diverses expérimentations menées à l'étranger. En Australie, près d'un mois après son lancement, l'application de recherche des contacts est à peine utilisée - une seule personne aurait été identifiée à l'aide de ses données, comme le rapporte un article du quotidien britannique The Guardian. S’ajoute à cela la crainte de voir ce type de dispositif se pérenniser au-delà de la crise sanitaire. 

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Au-delà des questions de respect de la vie privée, le dispositif va nécessiter un nombre de tests plus important que ceux qui sont réalisés actuellement dans l'Hexagone. Sur ce point, le gouvernement a d'ores et déjà promis "700.000 tests par semaine". Enfin, pour être pleinement efficace, l’application devra être téléchargée par une majorité de Français. Là aussi, le défi n'apparaît pas insurmontable. Selon un sondage de l'université d'Oxford relayé le mois dernier par le quotidien Le Monde, huit Français sur dix se disent enclins à l’utilisation d’une application enregistrant leurs interactions sociales et les avertissant s’ils ont été en contact avec une personne malade du Covid-19, ou prévenant ceux qu’ils ont côtoyés s’ils sont eux-mêmes infectés.

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