Couvrez ces seins qu'Apple ne saurait voir

Couvrez ces seins qu'Apple ne saurait voir

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CENSURE - On peut être à la pointe de l'innovation et faire preuve d'un grand conservatisme. Quand bien même pour des raisons artistiques, la firme Apple ne veut pas voir de poitrines en couverture des oeuvres qu'elle distribue sur son iBookstore. Un éditeur français s'insurge.

A l'avant-garde en matière de nouvelles technologies, de produits au design et aux usages innovants, Apple l'est beaucoup moins en matière de morale. Ou du moins la multinationale fait preuve d'une stricte intransigeance dès lors qu'il est question de nudité, à l'image de Facebook qui pratique également ce genre de censures.

De l'art ou du cochon ?

On n'ose imaginer ce que la firme à la pomme pense de la Vénus de Milo, de l'Origine du monde de Courbet et de tant d'œuvres d'art qui révèlent des corps nus. On sait en revanche que le roman "La Femme", de Bénédicte Martin, n'a pas droit de cité dans la bibliothèque numérique d'Apple.

En cause, non pas le contenu de cet ouvrage, mais sa couverture, une femme nue, au bas du corps estompé en forme de lame, qui arbore une poitrine rayonnante. Une image "inappropriée" dans sa librairie virtuelle, a signifié Apple aux Editions de l'Equateur le 13 mars. Le directeur de cette entreprise n'en revient pas et dénonce tout simplement "la bêtise" du censeur.

N'en déplaise à cette petite maison d'édition française, Apple est libre d'accueillir ce que bon lui semble sur son iBookstore. Or, l'entreprise estime que la couverture du livre de Bénedicte Martin, "représentant en noir et blanc une femme aux seins nus prolongeant une lame de poignard, est inappropriée", a indiqué à l'AFP, Olibier Frébourg, le directeur des Editions de l'Equateur.

Une atteinte "absurde et grave" à la liberté d'expression

Lui ne voit rien de moins dans cette affaire qu'un "acte de censure manifeste" et donc une "atteinte à la liberté d'expression". "C’est à la fois absurde et grave. Un exemple affligeant des excès de la pudibonderie américaine" poursuit-il, soulignant qu'à aucun moment dans la décision d'Apple il n'est question du contenu de ce "récit littéraire et poétique sur la féminité, mais uniquement de la poitrine dénudée qui illustre la couverture".

Sous une couverture plus neutre, assure l'éditeur, un contenu bien plus "trash" aurait certainement pu passer. Quoi qu'il en soit, il se refuse à toute modification de l'ouvrage tel qu'il a été pensé, illustration comprise, et il a annoncé qu'il n'en resterait pas là. Les Editions de l'Equateur ont ainsi promis de saisir la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti, le Syndicat national de l'Edition ainsi que la Commission européenne de cette question. En cause, fondamentalement : la liberté d'expression.

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