Crash du Boeing d'Ethiopian Airlines : la piste du bug

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MISE À JOUR - Les boîtes noires devraient révéler ce qui a causé le crash d'un Boeing 737 Max ce dimanche. L'accident met déjà l'accent sur l'importance du logiciel et des capteurs dans les avions de ligne récents. Des systèmes mis au rang des suspects, auxquels le constructeur va justement envoyer une mise à jour logicielle.

Il s'appelle MCAS, pour Manoeuvering Characteristics Augmentation System. C'est lui qui dans un avion moderne vient assister le pilote, et même corriger ses erreurs, pour qu'à aucun moment l'avion ne se mette en danger. Une conduite assistée devenue un équipement standard, avec des degrés de sophistication qui varient selon les modèles, selon que l'avion puisse encore se conduire en mode manuel, avec des commandes mécaniques, ou non.

Dans les dernières générations d'avions de ligne, dont l'Airbus A320 était le pionnier, la norme, c'est le fly by wire : le pilote n'a plus de commande directe, physique, sur les volets, la gouverne ou le train d'atterrissage. Toutes ses commandes sont interprétées par un ordinateur, qui contrôle les micro-moteurs actionnant les organes de l'avion. Il existe bien encore des modes de pilotage "manuels", mais au final, il y a toujours un logiciel entre le manche et l'avion.

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Selon les premières constatations de l'enquête, le pilote du vol 302 d'Ethipian Airlines avait communiqué au contrôle aérien des "problèmes avec le système de contrôle de vol" quelques minutes avant le crash survenu dimanche 10 mars et causant la mort des 157 personnes qui se trouvaient à bord. Si les 737 Max (le modèle accidenté) sont désormais interdits dans l'espace aérien en Europe, en Chine, et un peu partout ailleurs sauf aux États-Unis, c'est parce que la séquence des événements rappelle celle du crash d’un autre Boeing 737 Max, de la compagnie indonésienne Lion Air, faisant 189 victimes en octobre dernier. 

Sur cet appareil aussi, l'équipage semblait s'être battu avec les contrôles de l'avion et avec le MCAS, qui surveille les paramètres de vol pour guetter par exemple une vitesse trop faible ou un angle d'attaque de l'avion trop fort en montée. Le système est alors capable d'anticiper un décrochage, en faisant légèrement piquer le nez de l'avion, pour regagner de la vitesse.

Quand l'incompréhension s'installe entre le pilote et son avion

Pour Yann Perrault, pilote de ligne, ce n'est pas l'existence du MCAS proprement dit qui pose problème mais plutôt les moments où l'incompréhension s'installe entre le pilote et son avion. "La plupart des accidents viennent d'un problème d'interaction, savoir dans quelle situation on se trouve. Il est arrivé plusieurs fois que des pilotes donnent un ordre cohérent à leur avion mais sous un mode qui n'est pas le bon. Le temps qu'ils s'en aperçoivent, il peut être trop tard", explique-t-il à LCI.

Dans le cas du crash du 737 Max de Lion Air, c'est justement un capteur défectueux  qui a poussé l'avion à piquer du nez, pour éviter un risque de décrochage inexistant : "Si la perception de l'électronique de l'avion lui dit qu'il va décrocher alors l'avion va piquer vers l'avant pour regagner de la vitesse. Or dans le cas de Lion Air l'avion était dans une situation normale, c'est une fausse information des capteurs d'angle d'attaque qui a poussé les commandes de vol à tenter de corriger un problème qui n'existait pas", détaille Yann Perrault. 

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Le problème, c'est que ces systèmes d'aide au pilotage ne sont pas juste activés ou éteints, comme un pilote automatique. Le MCAS peut être activé même quand le pilote vole en mode manuel, une sorte de mode hybride, qui pose problème quand la machine ne fait plus confiance au pilote. 

Pour Yann Perrault, il est devenu plus compliqué de reprendre le contrôle d'un appareil qui veut prendre la main sur le pilote. "Le seul moyen de faire sauter cette protection, c'est d'aller la désactiver dans les sous-menus des paramètres de l'avion. Le problème c'est que ce genre de paramètres, il peut y en avoir cent cinquante, il faut trouver le bon, et on est ici dans une situation où vous n'avez que quelques secondes pour reprendre la situation en main", explique-t-il.

Une mise à jour en retard ?

Sur son site, Boeing a publié lundi un communiqué expliquant qu'à la suite du crash de Lion Air, il était en train de développer une "amélioration de son logiciel de contrôle de vol". Cette mise à jour concernera le MCAS, les informations affichées aux pilotes et la gestion de données erronées provenant des capteurs d'angle d'attaque. Une amélioration "pensée pour rendre un avion sûr plus sûr encore". Une mise à jour désormais annoncée pour le mois prochain mais qui aurait du intervenir dès janvier dernier.  L'enquête dira si elle aurait pu sauver le 737 Max d'Ethiopian Airlines et ses passagers.

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