Cyberharcèlement : comment l'Education nationale tente de sensibiliser les enfants dès l'école

Cyberharcèlement  : comment l'Education nationale tente de sensibiliser les enfants dès l'école
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SAFER INTERNET DAY – Avec l’omniprésence du numérique, les plus jeunes internautes et les adolescents sont désormais plus facilement la cible d'attaques en ligne et de cyberharcèlement. Pour prévenir ces nouvelles formes de violence, l’Education nationale a mis en place un vaste programme de sensibilisation.

C’est souvent à l’école que tout commence. Selon l’Education nationale, 10% des enfants seraient victimes de harcèlement et, avec l’omniprésence du numérique très tôt dans leur vie, de cyberharcèlement. "C’est une forme très spécifique du harcèlement", expliquait il y a quelques jours Immane Anane Agha, référente nationale "prévention et lutte contre le harcèlement" au ministère de l’Education, à l’occasion d’une table-ronde organisée par Facebook pour le "Safer Internet Day" ("Journée de l'internet plus sûr"). "On parle de cyberharcèlement quand il y a une répétition d’actions négatives en ligne (brimades, insultes, intimidations physiques ou psychologiques, etc.)."

L’Education nationale a  pris conscience depuis un peu plus de deux ans de ce phénomène croissant, "fourbe et invisible", bien différent des violences en milieu scolaire. Cela intervient souvent au sein d’un groupe d’enfants d’une même classe, d’un même cercle "d’amis". "La base, c’est le rejet des différences, qu’elles soient physiques, de centres d’intérêt, d’orientation sexuelle… Tout ce qui semble ne pas être conforme à un groupe", souligne Immane Anane Agha. "Les plus concernés arrivent à un âge où l’appartenance à un groupe est importante pour un enfant. Mais ce n’est pas marqué socialement. C’est souvent plutôt lié à une différence de niveau scolaire."

S’inquiéter des comportements

"Le groupe se soude face à un ennemi identifié, incapable de réagir. Il faut apprendre à l’enfant à en parler et à demander de l’aide", résume pour sa part le pédopsychiatre Patrice Huerre. "Car cela peut avoir de graves conséquences sur sa scolarité et son comportement." Or les adultes ne réalisent pas forcément immédiatement l’étendue des dégâts sur un adolescent. "Les conséquences ne sont pas forcément palpables. L’enfant va être souvent malade, trouver un moyen de rester à la maison plutôt que d’aller en cours, voir ses résultats chuter. Il faut absolument détecter les signaux de souffrance qui ne sont souvent pas visibles immédiatement." 

Les usages numériques débutant désormais de plus en plus tôt, "on voit apparaître des cas de cyberharcèlement dès le primaire. Ça commence dans la cour de récré, ça se poursuit par des SMS, puis généralement en ligne", déplore Justine Atlan, directrice générale de l’association e-Enfance, qui intervient souvent en milieu scolaire pour cela. "Un enfant harcelé a du mal à exprimer sa colère ou sa souffrance", relève-t-elle. "Même les harceleurs ne le réalisent pas forcément et ça fait effet boule de neige". 

Comment lutter ? Il faut tout d'abord réussir à faire parler tout le monde pour avancer, martèlent les intervenants en milieu scolaire, mais aussi les associations. Car "un enfant n’est pas forcément la victime", rappelle Justine Atlan. "On peut aussi être parent de harceleur et il faut être prêt à réagir également. Et il arrive aussi que le harcelé se transforme en harceleur." Et les enfants témoins ne savent souvent pas comment réagir également alors qu’ils ont un rôle à jouer. 

Parler des usages numériques

Une prise de conscience de chacun s’impose donc pour enrayer ce cyberharcèlement scolaire. "Il faut parler des usages numériques à la maison, à l’école, dans les associations et partout où les enfants sont présents", avance Déborah Elalouf, présidente de l’association TRALALERE et coordinatrice du "Safer Internet Day". "Les parents d’aujourd’hui ont un sacré challenge à relever : ils sont les premiers à faire face à l’éducation numérique des enfants et doivent donc établir les règles." 

Le plus difficile pour les parents et les éducateurs, c’est de constater le décalage qui existe entre la pratique numérique des enfants et l’idée qu’en ont les adultes. "C’est comme pour le cannabis ou l’alcool", compare Patrice Huerre. "C’est le même choc pour les parents quand ils réalisent que leurs enfants cherchent du contenu inadapté à  leur âge ou se livrent à du harcèlement." Pour Déborah Elalouf, il est donc important que les parents ne considèrent pas internet comme "le jardin secret numérique" des enfants. "Il est important de s’intéresser à ce qu’ils y font car ils ont besoin d’accompagnement" pour éviter les dérapages et les mauvais comportements. 

Tous s’accordent sur un point : il y a un besoin d’apprendre à un enfant à se réguler sur internet et les réseaux sociaux, mais aussi à ne pas accepter la violence ni le harcèlement, qu’il soit victime ou témoin. Il doit savoir réagir et, souvent, il ne sait pas comment faire.

Quatre axes pour prévenir le cyberharcèlement à l’école

Pour enrayer le tout, l’Education nationale a lancé un vaste programme d’intervention en milieu scolaire à différents niveaux. Quatre axe ont été définis pour identifier, enrayer et prévenir le harcèlement à l’école :

- Des outils pour établir un diagnostic (site d’information, plan de prévention par établissement, banque de ressources, etc.) :   cela vise à identifier et prévenir le harcèlement et la cyberviolence à travers une vingtaine de questions posées aux établissements.

- Une formation des personnels : depuis 2017, des groupes académiques "Climat scolaire" ont été créés pour coordonner des actions sur tout le territoire et mener des stratégies de prévention des violences auprès des enfants.

- Une meilleure prise en charge : victimes, familles, témoins, auteurs, classes, académies ou encore écoles doivent être impliqués pour mettre au point un protocole de prise en charge des situations. Cela passe notamment par la formation de 310 référents académiques et départementaux (proviseur, équipe de sécurité, inspecteur, infirmier, etc.) qui coordonnent les actions sur les situations de harcèlement signalées. 

- Informer sur les violences en ligne : une vaste campagne de sensibilisation a été mise en place avec de l’affichage, des spots TV, des partenariats médias ou encore un site internet "Non au harcèlement". 

Deux numéros ont en outre été mis en place pour permettre de signaler des contenus ou comportements inappropriés :

- Net-Ecoute : 0 800 200 000 (numéro vert)

- Numéro d’écoute et de prise en charge des familles et des victimes : 3020

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