Drogues, armes, faux papiers d'identité : deux plaques tournantes du crime en ligne, Alphabay et Hansa, fermées par les autorités

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LA FACE CACHÉE DU WEB - Deux ans après la fermeture de Silk Road, une vaste opération internationale a permis de faire tomber deux plaques tournantes du crime en ligne, AlphaBay et Hansa. La fin de l'impunité sur le Darknet ?

On y trouvait de tout : des armes, de la cocaïne, de la marijuana, des champignons hallucinogènes, mais aussi des médicaments, des organes pour une greffe, ou bien encore des faux papiers d’identité, des numéros de cartes de crédit et même les services de prétends tueurs à gages, proposant aux clients de les mettre en contact avec des assassins professionnels. Le ministre américain de la Justice, Jeff Sessions, accompagné du FBI, de l’agence antidrogue américaine et d’Europol, a annoncé jeudi 20 juillet la fermeture de deux grandes plaques tournantes du Darknet : AlphaBay et Hansa.

Ces deux hypermarchés du crime en ligne, accessibles uniquement aux internautes connaissant l’adresse et munis du navigateur anonyme TOR, offraient la possibilité à des revendeurs de s’échanger sous le manteau, et en toute discrétion, des produits illégaux en tout genre. Pour faire simple, cet internet "caché" rassemble tout un tas de sites qui ne sont pas indexés par les moteurs de recherche classiques, comme Google ou Yahoo, et auxquels on ne peut accéder qu’en utilisant un navigateur spécifique. 

Des transactions quasiment intraçables

Comme sur eBay, afin de limiter les arnaques, un système d’évaluation permettait d’instaurer la confiance entre les acheteurs et les vendeurs. Et les versements s’effectuaient grâce à de l’argent virtuel, en Bitcoin. L’avantage de cette monnaie électronique, c’est qu’elle est particulièrement difficile à tracer. Les portails en ligne AlphaBay et Hansa faisaient office quant à eux de "tiers de confiance" et se rémunéraient via une commission indexée sur le montant de la transaction.

3 millions d’euros en Bitcoin saisis

AlphaBay, considéré comme le plus grand site de vente illégal du Darknet, a été fermé à la suite d’une opération conjointe du FBI et de l’agence américaine de lutte contre le trafic de drogue. L’administrateur présumé du site, décrit par Europol comme "un citoyen canadien vivant luxueusement en Thaïlande", a été arrêté le 5 juillet dernier. Il aurait été retrouvé mort dans sa cellule quelques jours après, pendu avec une serviette. "Tous les indices poussent à croire qu’il s’agit d’un suicide", a déclaré à l'AFP la police thaïlandaise. Et l'équivalent d’un peu plus de 3 millions d’euros en bitcoins ont été gelés durant l’opération.

10.000 clients identifiés dans le monde

Hansa, numéro 3 de ce marché de la vente illégale, faisait quant à lui l’objet d’une enquête de la police néerlandaise depuis 2016. Les deux administrateurs présumés de cette plateforme criminelle, deux hommes âgés de 30 et 31 ans, sont en détention depuis juin 2016 en Allemagne. Après sa fermeture, de nombreux utilisateurs d’Alphabay s’étaient rabattus sur Hansa après la fermeture du premier site marchand illégal au monde. Europol indique dans un communiqué détenir les adresses postales d’environ 10.000 acheteurs sur Hansa, qui feront l’objet de poursuites.

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Déjà en 2013, Silk Road, le prédécesseur d'AlphaBay, avait été fermé par les autorités. Le portail, qui aurait généré jusqu’à près de 8 millions de dollars par mois, utilisait lui aussi un réseau chiffré et anonymisé de serveurs répartis dans le monde, ainsi que des monnaies virtuelles comme le Bitcoin pour protéger ses usagers. "D'autres opérations de ce genre vont avoir lieu", a prévenu Rob Wainwright, le directeur de l'agence de police européenne Europol. La preuve, s’il en est, que l’impunité n’existe pas plus sur Internet qu’ailleurs. 

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