Luc Vincent, le Français derrière Google Street View

Luc Vincent, le Français derrière Google Street View

DÉCIDEURS
PORTRAIT - Le géant d’Internet investit des sommes colossales pour cartographier le monde entier à un degré de précision inouï. A l'origine de ce projet titanesque : un ingénieur français, Luc Vincent. Sans lui, l'application Google Maps, telle que nous la connaissons, n'aurait peut-être jamais existé.

Ils sont arrivés en Californie en espérant décrocher une nouvelle vie, changer le monde. Aujourd'hui, ils occupent des postes de prestige chez les GAFAN, sont reconnus pour leur talent et leur créativité, ont mis sur pied des start-up révolutionnaires. Gros plan sur ces Français qui réussissent dans la Silicon Valley. Episode 2 : Luc Vincent, le père de Google Street View.

C'est quoi son job ?

Luc Vincent est l’homme qui est derrière toute l’imagerie du service de cartes en ligne de Google. Jusqu'à l'année dernière, c'est lui qui s’occupait de tout, ou presque : sélectionner les images satellites, dispatcher les avions de Google aux quatre coins de la planète, envoyer ses véhicules équipés d’appareils photo sillonner les routes du monde entier. Aujourd’hui, la technologie de Google Street View est l’une des plus utilisées sur portail Google. Ainsi, les requêtes de type "Où se trouve…" représentent 20% de toutes les recherches effectuées à partir des ordinateurs personnels.


En janvier 2017, après douze ans de bons et loyaux services, Luc Vincent a quitté son poste chez Google pour rejoindre Lyft, grand rival d'Uber. En tant que vice-président du département d’ingénierie, il a désormais pour mission d’améliorer le système cartographique en temps réel de l’application de location de chauffeurs privés, mais aussi de contribuer à l’avancée de projets concernant la technologie de conduite autonome. 

Son petit coup de chance

En 2004, à peine arrivé chez Google, Luc Vincent se voit confier la direction d'un programme de recherche. Son nom : Google Books. Un outil de recherche et de consultation de livres en ligne. Jusqu'au jour où le frenchy assiste, un peu par hasard, à un colloque à l'Université de Stanford (Etats-Unis). Ce dernier porte sur un projet novateur du nom de "City Block". Il s’agit de prendre des photos depuis une voiture et d’essayer de créer un panorama, à partir de plusieurs clichés. "Je n’ai pas saisi immédiatement la portée de cette expérimentation. Je ne voyais pas bien comment ça allait s’inscrire dans la ligne des produits de Google", confiait l'ingénieur, dans une interview au magazine spécialisé Micro Hebdo.


Intrigué, le Français décide d’en faire son fameux "projet 20%" - chaque salarié de Google a la possibilité de consacrer 20% de son temps de travail à développer un projet personnel. Luc Vincent réunit quelques stagiaires et équipe un premier véhicule. "Pour commencer les prises de vue, on avait pris un gros 4×4 et on l’avait bardé d’appareils photo, de disques durs, d’un GPS, d’ordinateurs, de batteries. Aujourd’hui, on fonctionne avec quelques objectifs, une boîte noire avec un GPS et juste un petit ordinateur", expliquait-il, il y a quelques années, toujours dans la revue Micro Hebdo. Un an plus tard, face aux résultats bluffants de la technologie développée par l'ingénieur français, Google lui donne carte blanche. 

Comment il en est arrivé là

Ce frenchy de 54 ans a passé la moitié de sa vie aux Etats-Unis. C'est pourtant un pur produit de l’élite française. Parisien d'origine, cet ingénieur en informatique est passé par Polytechnique et a soutenu une thèse à l’École des mines en morphologie mathématique, une méthode permettant d’explorer la structure géométrique des objets dans une image. En 1990, il décide finalement de partir aux États-Unis pour un post-doctorat sur le même thème au laboratoire de robotique de l’université de Harvard. 


Embauché par l'entreprise américaine de solutions d'impression Xerox, puis débauché dans la foulée par des start-up californiennes, il se spécialise finalement dans la vision par ordinateur ("computer vision", en anglais). Une discipline dont l’objectif est le traitement par ordinateur des informations contenues dans une image. Des compétences pointues qui lui valent d’être repéré et engagé par Google en 2004 au poste de directeur de l’ingénierie.

C'est quoi ses atouts ?

Ce n'est pas un hasard si Luc Vincent est devenu le cartographe en chef de Google. Depuis sa tendre enfance, il est passionné d'escalade et de randonnée. Son amour des cartes IGN et des données géographiques l'a d'ailleurs conduit à faire son doctorat sur l'imagerie numérique, car le laboratoire se trouvait tout près de Fontainebleau, La Mecque des varappeurs en France. Plus tard, alors qu'il achevait son post-doctorat au laboratoire de robotique de Harvard aux Etats-Unis, il a conduit avec succès une expédition au Denali (Alaska) et escaladé le mont McKinley, le plus haut sommet d’Amérique du Nord. Des qualités de guide qui se retrouvent à chaque fois qu'on utilise Google Street View.

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