De la guerre au spectacle, les "essaims de drones" vont-ils devenir des robots volants à tout faire ?

High-tech

CONSTELLATION - Des drones par centaines, coordonnés, comme dotés d'une intelligence collective, ce n'est plus de la science-fiction : aujourd'hui les essaims de drones intéressent la Défense, l'industrie, le spectacle... et les terroristes.

Quand des rebelles houthis ont lancé le mois dernier une attaque aérienne contre des installations pétrolières saoudiennes, ils ont utilisé des drones, en nombre. De quoi faire évoquer dans le monde entier la première attaque perpétrée par des "essaims de drones". Une description un peu en avance sur la réalité : ce que les Houthis ont utilisé, ce sont de simples drones du commerce, modifiés pour emporter une charge explosive sur de grandes distances. Une arme ingénieuse et à bas prix, mais encore loin de l'état de l'art.

Ce qui fait l'essaim, ce n'est en effet pas le nom, mais l'intelligence et la coordination. C'est-à-dire le fait qu'un groupe de drones puisse être déployé simultanément, parfois même par un seul opérateur pour voler en formation et leur permettre d'accomplir la même mission, tous ensemble. 

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Un potentiel presque infini pour la défense... et le terrorisme

C'est ce qu'expérimentent déjà les armées de plusieurs pays, tant pour le potentiel offensif que pour utiliser la première vocation du drone, celle d'être un oeil dans le ciel. Aux États-Unis, Darpa, l'agence de recherche et développement du Pentagone, a ainsi lancé une série de tests utilisant des drones du commerce pour en faire des essaims de machines de reconnaissance, capables en quelques minutes de recréer sur un écran une cartographie détaillée d'un lieu inconnu, même en 3D, ou encore de surveiller sous toutes les coutures un endroit, un bâtiment. 

Des essaims qui pourraient potentiellement atteindre 250 drones, une distribution du risque qui les rendrait collectivement très difficiles à stopper pour une force ennemie.  Étape suivante : rendre ces essaims de drones plus autonomes, les doter de systèmes de moteurs d'intelligence artificielle pour leur laisser reconnaître véhicules, personnes, bâtiments et objets passant devant leurs caméras. Seule ligne rouge : rien aujourd'hui dans la doctrine militaire ne permet encore aux drones offensifs de choisir leurs cibles d'eux-mêmes. Mais la capacité est là, et la tentation est forte.

Côté terrorisme, les drones, c''est l'arme du pauvre. À quelques centaines d'euros l'unité pour des modèles grand public, ils peuvent devenir des armes à usage unique, comme des projectiles auto-portés bien plus simples à déployer que des missiles, avec une portée utile de plusieurs kilomètres. Déployés en essaim, ils sont beaucoup plus difficiles à intercepter, même si là aussi, les contre-mesures existent.

 Et si le poids de ce qu'ils peuvent emporter est limité, ils ont déjà été utilisés par Daech pour acheminer des explosifs par exemple. Leur potentiel comme arme d'assassinats politiques est, lui aussi, bien réel : tant le président turc Recep Tayyip Erdogan que son homologue vénézuélien Nicolas Maduro au Venezuela ont été victimes de tentatives d'attentat par drones interposés. Et si elles ont échoué, c'était avant la démocratisation des technologies de gestion d'essaims de drones.

Spectacles pyrotechniques

Mais les essaims de drones n'ont pas que des usages industriels ou guerriers. Ils sont même en train de commencer à remplacer certains sons et lumières ou spectacles pyrotechniques. De nuit, chaque drone devient un point de couleur dans le ciel, dans un essaim qui peut dessiner toutes sortes de choses, et en trois dimensions. En France, la discipline a déjà ses spécialistes, comme Dronisos, une agence bordelaise qui déploie des spectacles prêts à l'emploi ou peut en créer sur mesures. 

À ce jour, le plus grand essaim du monde est américain. Signé par Intel -qui s'en sert comme vitrine technologique-, il  a rassemblé 2.000 drones pour le plus grand spectacle aérien synchronisé de l'histoire, l'occasion de retracer cinquante ans de son histoire, avec 2.000 pixels volant dans la nuit (vidéo ci-dessus). De quoi laisser imaginer à quoi ressembleront les essaims de cinq mille ou dix mille drones à venir...

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