La 5G "ne devrait pas être fondamentalement différente et plus dangereuse que la 4G"

Le logo 5G de Qualcomm lors du Mobile World Congress 2019
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5G : le très haut-débit mobile va tout changer

INTERVIEW – L'année 202 sera décisive pour le déploiement de la 5G en France. Alors que les opérateurs vont formaliser leurs offres et tenter de s’emparer des bandes de fréquences, l’Agence nationale de sécurité sanitaire va débuter une vaste étude des effets sur la santé de cette connexion ultra-rapide. L’occasion de faire le point sur les vérités et contre-vérités qui circulent.

Le déploiement de la 5G chez nous est en vue. Dans quelques mois, les autorités vont lancer les enchères pour attribuer les fréquences aux opérateurs. Ces derniers pourront ensuite partir à la conquête du territoire numérique, en deux temps. Fin 2020, la bande 3,5 GHz pour le réseau mobile 5G sera tout d'abord en place. Mais on estime plutôt 2025 celle de la bande 26 GHz qui sera aussi utilisée pour les autres applications liées à la 5G. 

Une échéance à long terme ? Pas pour l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (Anses).  Elle a publié en début de semaine son rapport préliminaire sur les effets de la 5G sur la santé avant de se lancer dans une vaste étude technologique et sanitaire. Olivier Merckel, responsable de l'unité d'évaluation des risques liés aux agents physiques à l'Anses, défriche pour LCI le vrai du faux qui circule autour de cette nouvelle technologie de communication ultra-rapide.

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Existe-il une particularité des signaux de la 5G par rapport à ceux des générations précédentes ? 

OLIVIER MERCKEL responsable de l'unité d'évaluation des risques liés aux agents physiques à l'Anses : Non, pas vraiment. Certes, par nature, elles diffèrent car chacune a son propre langage et son propre protocole. Mais, pour le reste, les différentes technologies de communication se ressemblent. Entre la 2G et la 3G, il y avait par exemple des niveaux de puissance et une répartition électromagnétique différents. Mais les effets constatés étaient relativement les mêmes. Je ne vois  donc pas en quoi les signaux de la 5G seraient fondamentalement différents et plus dangereux que ceux de la 4G. Même si la transmission des signaux s'effectue avec un autre codage, cela ne change pas grand-chose à l’interaction entre les champs électromagnétiques et le vivant. Ce qui interagit avec le corps humain, c’est l’onde électromagnétique, l’énergie transportée et la manière dont elle est déposée dans le corps : répétée, en continu, hachée… Sur ce point, la 5G ne sera pas différente de la 3G ou de la 4G.

La 5G va-t-elle néanmoins ajouter de l’exposition aux ondes ? 

Avec la 3G et la 4G, nous avions constaté une légère augmentation de l’exposition moyenne. Mais c’était surtout lié au fait qu'elles offraient davantage de services (internet mobile, les applis... ndlr). Il y avait donc davantage de personnes qui utilisaient encore plus longtemps leur smartphone. Cela fait forcément plus d’énergie électromagnétique dans l’environnement. 

La 5G va-t-elle générer encore plus de trafic de données et d’exposition ? La question peut se poser car nous n'avons pas de visibilité sur les usages. Si on veut être optimiste, on se dit que, dans les 4-5 ans qui viennent, la consommation de données n’évoluera fondamentalement pas. Elle sera toujours centrée sur le streaming, le téléchargement de films, etc. Or passer de la 4G à la 5G devrait aussi permettre de diminuer les durées de chargement et donc d’exposition. A contrario, la vision plus pessimiste serait de se dire que la 5G sera l’occasion de proposer encore plus de services comme la réalité virtuelle ou la 3D. Et que leur développement générera encore plus de trafic, donc de nouvelles expositions que nous n’avions pas anticipées.

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5G : que va-t-elle changer dans notre quotidien ?

Comme pour la 4G, la principale inquiétude vient souvent des antennes-relais…

Les premiers déploiements opérés dans d’autres pays s'effectuent en réutilisant des antennes existantes. Seul le langage de communication entre les antennes et les téléphones 5G change. Les opérateurs français ont, en revanche, choisi une méthode de déploiement différente. Ils veulent utiliser dès le début des antennes innovantes qui permettent de focaliser le rayonnement sur l’utilisateur. Une grande partie de l’énergie émise par l’antenne y est concentrée dans un faisceau. Cela autorise des débits importants pour l’utilisateur et permet de le suivre dans ses mouvements, voire de suivre plusieurs utilisateurs en même temps. Le réseau 5G français doit ainsi s’appuyer structurellement sur le réseau 4G actuel, en ajoutant une antenne 5G sur un pylône où il y avait déjà une antenne 4G. 

Ces antennes ne vont donc pas accentuer l’exposition aux ondes ?

Nous avions jusqu’à présent des expositions qui étaient relativement toujours les mêmes. Les antennes existantes étaient orientées dans la même direction tout au long de la journée. Avec les nouvelles antennes 5G, on pourra aller chercher les utilisateurs n’importe où, à tout moment. Par exemple, lors d’une communication, le faisceau pointera directement sur l’utilisateur. Localement, nous aurons des niveaux d’exposition qui seront sans doute plus importants qu’aujourd’hui, mais sur un temps limité (appel, téléchargement, etc.). Une fois l'action terminée, on coupe. Nous devons évaluer s'il vaut mieux une plus forte exposition sur un temps court ou moins forte mais plus longtemps.

Il nous faut réfléchir à différents scenarii d'exposition car on ne connaît pas les usages à venir- Olivier Merckel, Anses

L’Anses a été chargée d’une étude sanitaire en lien avec le déploiement de la 5G dont le rapport sera remis d’ici un an. N’est-ce pas un peu tardif alors que la mise en place a commencé ?

C’est assez rare d’être dans une situation où l’on nous demande d’évaluer l’impact sur la santé d’une technologie qui n’est pas encore disponible. En général, elle est mise sur le marché et on se préoccupe ensuite des risques. Pour une fois, nous sommes donc en légère anticipation. 

Mais comme il n’y a quasiment aucune étude ni retour d'expérience, cela  ne nous facilite pas la vie car nous n’avons pas toutes les données. On ne connaît notamment pas les usages à venir de la 5G pour les consommateurs ou quels seront les services plébiscités. Or cela sera primordial dans la réflexion. Il nous faut donc réfléchir à différents scénarii d’exposition, en milieu rural comme urbain, aussi bien à la maison qu’au téléphone dans la rue. Pour cela, nous avons formé un groupe de travail composé d’experts externes (physicien, biologiste, épidémiologiste…). Il va travailler sur plusieurs aspects pour juger des risques : les effets biologiques sur la santé et les effets de l’exposition à un champ électromagnétique. 

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