Diversité : Facebook aux prises avec son "problème noir"

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UNITED COLORS - Dans un message adressés aux employés de l'entreprise, celui qui était justement chargé de travailler sur la représentation des minorités sur le réseau social jette l'éponge. Il explique avoir "perdu l'envie de prendre la défense de Facebook", estimant que la société "néglige ses employés et ses utilisateurs noirs".

À vrai dire, Facebook n'avait pas besoin d'une polémique de plus. Après les fake news, la désinformation, les questions éthiques sur l'utilisation des données personnelles de ses utilisateurs, c'est aujourd'hui une question interne qui secoue le moral de troupes. L'homme par qui le scandale arrive, c'est Mark Luckie, un manager au titre un peu compliqué : il est "Responsable des partenariats stratégiques avec les influenceurs internationaux, en charge des communautés sous-représentées". En clair, son job, c'est d'assurer la diversité des contenus présentés et disponibles sur le réseau social, et d'aider des communautés à se former. C'est, ou plutôt c'était.


Début novembre, Mark Luckie a en effet annoncé qu'il quittait l'entreprise, dans un mémo envoyé à tous les employés du réseau social, mémo intitulé "Facebook néglige ses employés et ses utilisateurs noirs". Un message détaillé, où le terme "problème" est utilisé et qui fait parfois grimacer. 

4% d'employés noirs, c'est deux fois mieux qu'avant

Le problème n'est pas unique à Facebook, il touche toute la Silicon Valley, une industrie du numérique jeune, masculine, et blanche en très grande majorité. Bref, comme à l'image des promotions d'ingénieurs qui sortent des grandes universités américaines, ceux que les géants de la vallée recrutent par milliers. 


Si les employés d'origine asiatique (Chine, Inde, etc.) sont légion et si Facebook a beaucoup travaillé sur la place des femmes en son sein sous l'impulsion d'une Sheryl Sandberg, la numéro deux, qui en a fait son cheval de bataille, la représentation des noirs, problème sensible aux Etats-Unis, n'est pas réglé. Et ce n'est pas qu'un problème de recrutement. Le problème est connu, l'entreprise y a même travaillé, doublant le nombre de nouveaux employés noirs, pour passer de 2 à 4% en l'espace de deux ans.

Ici, des employés noirs s'entendent souvent dire "Tiens, je ne savais pas qu'il y avait des noirs chez Facebook."Mark Luckie, ex-responsable des partenariats influenceurs pour la diversité de Facebook

En fait, les problèmes que Mark Luckie veut mettre en lumière concernent tant l'entreprise que le réseau social proprement dit. Dans l'entreprise, s'il reconnaît donc les efforts réalisés pour l'intégration de collaborateurs noirs, il raconte comment ces derniers font cependant face à un management plus tatillon, comment certains sont régulièrement abordés avec agressivité par la police privée qui garde le campus de Palo Alto et sa lassitude à croiser des salariés non-noirs qui fourrent leur portefeuille au plus profond de leurs poches au moment où ils le voient. 


Surtout, il explique comment ceux qui se sont plaints de ce genre d'épisodes auprès de leurs services des ressources humaines ont été traités. "On rationalise, (...) on vous dira que c'est un produit de votre imagination, que vos yeux, vos oreilles nous trompent, et surtout on vous dira que vous n'êtes pas un team player."

Mark Luckie souligne également avec force le décalage entre la population qui fait Facebook et celle qui l'utilise. Les noirs américains sont en effet des utilisateurs massifs de la plateforme : 60% d'entre eux l'utilisent chaque jour, et près d'un sur trois y passe plus de trois heures quotidiennement. "Dans une société qui touche les vies de deux milliards et demi de personnes dans le monde", dit-il,  "la représentation et l'inclusion devraient être primordiale pour tous. Il faut que cette inclusion soit méthodiquement tissée dans la fibre même de l'entreprise."

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