E3 2018 : "Xbox dessine aujourd'hui le futur du jeu vidéo"

E3 2018 : "Xbox dessine aujourd'hui le futur du jeu vidéo"
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ENTRETIEN – Cette année, Xbox a décidé de se tenir à l'écart de l'E3. Un changement dans les habitudes pour l'un des fers de lance du secteur, mais aussi dans l'attitude. Non, Xbox ne s'éloigne pas du jeu vidéo. Bien au contraire, il s'est montré plus offensif dans sa volonté d'en dessiner les contours de demain, comme nous l'explique Hugues Ouvrard, à la tête de Xbox France.

Lors du dernier salon du jeu vidéo de Los Angeles, Xbox a surpris beaucoup d'observateurs en se montrant plus offensif et déjà tourné vers l'avenir. Si du côté de la branche gaming de Microsoft, on estime que le message a enfin été compris, il paraît plutôt avoir été mieux formulé. Le symbole d'un changement de mentalité pour un ténor du secteur informatique que beaucoup pensaient voir délaisser le milieu du jeu vidéo et qui s'y affirme plus que jamais. Jusqu'à dessiner les contours d'un futur vidéoludique où ses concurrents ne seraient pas forcément ceux que l'on attend.


A l'occasion de l'E3, nous sommes allés à la rencontre d'Hugues Ouvrard, patron de Xbox France, ravi de voir la bonne réception des jeux et projets de la marque au X, mais le regard déjà tourné vers les prochaines échéances.

LCI : Alors qu'on avait souvent tendance à juger la conférence Xbox un peu consensuelle, succession bien sage de présentation de jeux et de messages, quelque chose a changé cette année à l'E3...

HUGUES OUVRARD : On a fait une super conférence, différente de d’habitude et les gens l’ont vue. Elle était différente car l’endroit n'était pas le même, il y avait plus de 6.000 personnes (elle se tenait précédemment au Galen Center et cette année, au Microsoft Theater, ndlr). On a montré 50 jeux, 18 exclusivités, 15 jeux d'autres éditeurs pour la toute première fois. Et, il me semble, personne n’a jamais annoncé le rachat de quatre studios et la création d’un cinquième dans une conférence de l’E3. On a donné une vision du futur. Ce n’est pas fréquent à l’E3. Car, en général, donner une vision du futur, ça veut dire annoncer des jeux qui vont sortir dans un an, deux ou cinq ans selon son rythme ou celui de l’éditeur.

LCI : On a eu l'impression, pour une fois, d'assister à une conférence plus dynamique, plus décontractée et plus offensive. Comme l'envie de marquer une différence dans l'approche du jeu vidéo. Comment expliquez-vous ce changement sur le fond et la forme ?

HUGUES OUVRARD : Je pense que le jeu vidéo a changé chez Microsoft depuis un an. Phil Spencer (le patron de Xbox Monde et chef d'orchestre de la conférence, ndlr - photo) est rentré dans le comité de direction de Satya Nadella, le PDG de Microsoft. Il a sa confiance et Satya a placé le gaming comme l’un des piliers stratégiques de Microsoft. Il compte sur le gaming pour aider à la croissance de l’entreprise. Je pense qu’on récolte maintenant les fruits de cette vision de Satya qui donne des moyens à la Xbox. Toutes les planètes s’alignent.

LCI : Jusque-là, la conférence de l'E3 permettait surtout à Microsoft d'annoncer un programme de sorties d'ici Noël. Cette fois-ci, on a vu des jeux présentés sans savoir quand on y jouerait. C'est assez inédit chez vous...

HUGUES OUVRARD : On a une vision à très long terme. On a annoncé "Halo Infinite" et "Gears 5" qui sont en cours de développement. C’est nouveau comme stratégie et comme message pour nous. Ce n’est pas seulement parler de la console actuelle ou du fait de travailler sur une nouvelle console. C’est aussi dire qu’on s’engage durablement dans le jeu vidéo, contrairement à ce que la rumeur disait.

LCI : Les premiers retours sur votre E3, bien que vous ayez choisi de vous tenir à l'écart du salon, sont extrêmement positifs. L’image de Xbox va-t-elle changer auprès des joueurs ?

HUGUES OUVRARD : Si c'est le cas, ça veut dire que nos messages commencent à passer et que Phil parvient à les faire passer, ce qu’on n’arrivait moins bien à faire avant. Il a les mains plus libres pour s’engager. On le sent plus à l’aise, car il est maître de son message. On a toujours eu une vision très claire de ce qu’on voulait faire dans le jeu vidéo. Ce sont plutôt les gens qui ne nous connaissent pas qui se demandaient si on allait continuer dans le secteur. Nous, on savait bien qu’on était là pour longtemps. On a des milliers de personnes qui travaillent dessus. Ça a toujours été un engagement à long terme chez Microsoft. Avec toutes nos annonces de rachat, nos multiples exclusivités, le focus sur les studios indépendants, les éditeurs qui nous font confiance, nous faisons aussi passer le message que nous soutenons la création et le développement. Ça fait du bien probablement dans l’esprit des joueurs qui ont compris qu'on les avait écoutés.

LCI : Si les observateurs ont été plus réceptifs, vous ne pensez pas que c'est aussi parce que vous avez changé la façon de faire passer le message ?

HUGUES OUVRARD : C'est possible aussi ! Le gaming infuse partout chez Microsoft et prend une place plus importante. Pour tous les gens qui y travaillent, c’est plus valorisant. Ça nous amène à être "juste bien" et à le partager sans doute mieux... On n’a pas tout détaillé à l’E3 car il y aurait eu trop de messages à passer. On a choisi les choses qui étaient importantes aujourd’hui et à moyen terme pour les joueurs.

LCI : Comme le service par abonnement Xbox Game Pass…

HUGUES OUVRARD : On peut désormais montrer qu’on a compris les retours. Ils aiment le Xbox Game Pass ? On leur donne encore plus de contenus avec 14 nouveaux jeux dont "Fallout 4" et "The Division". Il y aura "Forza Horizon 4" Day One à la rentrée. Ils veulent une plus grande variété de jeux et d’exclusivités ? Pour y arriver, on a ajouté ces cinq studios. Ça veut dire qu’on est dans une situation où, d’ici quatre ou cinq ans, on aura 10 à 12 franchises exclusives pour la Xbox. Ça viendra rassurer ceux qui s’inquiètent toujours qu’il n’y en ait pas assez. Mais ce sera surtout pour alimenter le Game Pass. On continuera d’avoir les jeux physiques à côté également.

LCI : L’offre sur abonnement est-elle l'avenir du jeu vidéo ?

HUGUES OUVRARD : C’est le réacteur nucléaire de notre stratégie. Pour qu’il soit puissant, il faut qu’il y ait des jeux qui arrivent en permanence. On est les seuls à avoir une telle offre aujourd’hui. C’est un vrai élément différenciant car ce n’est pas du streaming mais du téléchargement. C’est moins cher que la concurrence, il n'y a pas d'inquiétude sur la stabilité de la connexion internet, et il y a plus de jeux. Et les joueurs peuvent accéder à nos nouveaux jeux dès le premier jour de disponibilité. La mise à jour qui arrive en juin va permettre de jouer plus rapidement grâce à la fonction FastStart qui lancera le jeu même s’il n’a pas fini d’être téléchargé.

LCI : A 9,90 euros par mois, nouveautés comprises, quand un jeu neuf coûte 60 euros, est-ce vraiment rentable de proposer une telle offre ?

HUGUES OUVRARD : On ne le mesure pas à la rentabilité immédiate. Ce qu’on veut savoir, c’est si les personnes qui s’abonnent restent sur l’année. Notre objectif, c’est d’avoir le plus d’engagés possibles, le plus de personnes qui interagissent avec notre écosystème de manière pérenne et pas en picorant. La rentabilité vient de là. Aujourd’hui dans le divertissement, les systèmes d’abonnement prédominent dans la vidéo, la musique, avec des nouveautés pour te garder engagé. Ce n’était pas encore le cas avec le jeu vidéo. Donc on veut prendre la position de leader, d’innovateur. Ce qui est marrant, c’est que les abonnés au Game Pass passent 20 % plus de temps à jouer et jouent à 40% plus de jeux que le joueur classique. Et ça stimule leur curiosité. On estime qu’en moyenne, un joueur achète 5 à 6 jeux par an. Là, il peut en tester 100. Ça entretient aussi le patrimoine du jeu vidéo : tu découvres des jeux que tu n’avais pas achetés à leur sortie pour X raison. Et les petits studios de développement y trouvent leur compte en proposant leurs jeux à une plus large audience.

Nos concurrents à l'avenir, ce seront Tencent, Amazon et GoogleHugues OUVRARD

LCI : Phil Spencer a laissé entendre en fin de conférence qu'une plateforme cloud "de qualité console" était en cours d'élaboration chez Xbox. Le cloud, c'est donc le futur ?

HUGUES OUVRARD : Notre vision du futur du gaming, c’est que les entreprises qui y réussiront devront rassembler trois choses essentielles : les contenus (Game Pass, applications diverses, services, etc.), des communautés et un savoir-faire en matière de cloud. Sur ce dernier point, on va en parler à l’avenir. Je ne sais pas si c’est un message grand public pour le moment. Ça fait un moment qu’on en parle et ce n’est pas antinomique avec le fait d’avoir une console. C’est un moyen qui va permettre d’avoir des jeux plus immersifs dans des univers plus grands. C’est de la technologie qui permettra plusieurs choses comme le streaming, qui n’est pas non plus en opposition avec la console.

LCI : La console Xbox One est en retrait par rapport à la PlayStation 4 depuis sa sortie. Mais on vous sent pourtant extrêmement optimistes cette année…

HUGUES OUVRARD : On est fier de cette génération de consoles. On a fait la rétrocompatibilité (utiliser un jeu d'une console précédente sur la Xbox One, ndlr), la manette Elite (pour les joueurs pro), le Game Pass, la manette adaptative pour les joueurs avec des problèmes d'accessibilité et on est les seuls à l'avoir... On a fait des choses qui sont pour nous les bases sur lesquelles on veut construire l’avenir. Il n’y aura pas de meilleur endroit pour bosser dans le gaming que d’être chez Microsoft dans les années à venir. C’est dit sans bomber le torse ni prétention. Mais parce que je pense qu’on a les clés et on est quasiment les seuls à toutes les avoir.

LCI : Cela veut dire que la concurrence entre la Xbox One et la PS4 va redoubler d'intensité à l'avenir ?

HUGUES OUVRARD : Nos concurrents de demain, c’est Tencent qui a les contenus et la communauté, et sait faire un peu de cloud. C’est aussi Amazon qui sait faire du cloud, du matériel et tente de faire du jeu vidéo. Google sait très bien faire du cloud et du matériel, mais n’a pas encore les contenus ou le support, le chemin est un peu long pour eux. Quant aux autres constructeurs ou éditeurs, ils ne sont pas dans une configuration aussi favorable et complète que la nôtre. Je pense qu’on a la position idéale. Ça se voit maintenant en externe et les analystes le comprennent comme les journalistes.

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