Detroit Become Human : l'intelligence artificielle peut-elle prendre le pouvoir ?

JEUX VIDÉO - Et si les robots se révoltaient ? C’est le postulat de départ de "Detroit : Become Human", un jeu nous propulsant en 2038. Un futur pas si lointain où les androïdes, des intelligences artificielles à forme humaine, coexistent au milieu de la population avant de réclamer leur liberté. Une réflexion sur notre société où la technologie est devenue galopante et les machines omniprésentes. Mais jusqu'à quel point peut-on aller ?

Detroit : Become Human ou le soulèvement des machines. Cela aurait pu être le sous-titre du dernier opus de Quantic Dream s'il n'avait pas déjà été pris. Mais ici, point de Terminator ni d’Arnold Schwarzenegger. Pas plus que de robots venus détruire l’humanité. Mais le fruit des amours de l’homme et de la technologie qui finit par se rebeller contre ses maîtres et créateurs. Bienvenue dans Detroit en 2038, un futur pas si lointain où la technologie et l’intelligence artificielle sont devenus omniprésents, des drones policiers de surveillance en passant par les véhicules autonomes généralisés ou la maison ultra-connectée. Du futur pas si étrange que cela…


Et c'est sans doute là la force de ce Detroit . Pour garder une apparence bien familière, Quantic Dream s’est attaché à reproduire les monuments et les zones les plus connus de la ville. La cité du Michigan est désormais également peuplée d'androïdes créés par une entreprise gigantesque baptisée Cyberlife. Des robots d’apparence humaine employés dans les magasins ou à domicile, soldats dans l’armée, serveurs au restaurant, s'occupant des tâches subalternes, rébarbatives et peu gratifiantes finalement. Un monde quasi-idéal où la machine serait tellement avancée qu'elle aurait réponse à tout, saurait tout faire. Une intelligence artificielle optimisée capable d'agir seule, qui booste l’économie du pays, mais entraîne aussi un taux de chômage dépassant les 30%, créant des tensions parmi la population.

“Ressentir de l’empathie pour un robot”

Detroit suit le destin de trois androïdes : le froid et intransigeant Connor (incarné par l’acteur Bryan Dechart devenu une star des réseaux sociaux depuis la sortie du jeu) qui assiste un détective alcoolique enquêtant sur des meurtres commis par des androïdes déviants; La douce Kara (Valorie Curry) aide-ménagère chez un père chômeur et violent qui s’en va défendre Alice, la fille de ce dernier; Le rebelle et sophistiqué Markus (Jesse Williams de Grey’s Anatomy) qui épaule un riche peintre handicapé jusqu’à ce qu’on l’accuse injustement de meurtre. Trois intelligences artificielles à la plastique parfaite qui, à force de côtoyer les humains, finissent par leur ressembler, à avoir des émotions, à prendre conscience de leur condition et à la refuser. Ce qu’on appelle alors devenir déviant. Et c'est là que le monde bascule pour chacun d'eux. Mais là aussi que le pitch s'arrête car le reste de l’histoire, ce sera l'affaire de chacun, selon ses sensibilités et ses décisions. “On voulait donner au joueur la possibilité de ressentir de l’empathie pour un robot”, explique David Cage, créateur de Detroit, qui a voulu un jeu “porteur de sens, qui pose des questions et laissent le joueur trouver les réponses”.


Adepte des histoires narratives où vos choix décident du déroulé de l'histoire, Quantic Dream s'est cette fois surpassé dans la réalisation, aussi bien visuellement (on ne s'est toujours pas remis de la qualité du jeu) que dans l'histoire aux mille ramifications. Chaque détail compte, chaque action aura des répercussions pour un ou plusieurs de vos héros qui se croiseront plus ou moins tôt dans votre (en)quête. Votre Detroit a peu de chance d'être le même que celui de votre voisin et son issue tout autant. Opterez-vous pour une révolte pacifique ou violente ? Pour tuer ou laisser filer ? Pour prendre la sereine voie de droite ou la plus rapide mais semée d'embûches à gauche ? Votre partie pourra être longue ou courte, mais vos choix irréversibles. Jusqu'à recommencer pour changer l'histoire, épaulé par Chloé, la blonde intelligence artificielle qui fait office de menu d’accueil et interagit avec vous selon l’heure, le jour et vos dernières progressions dans le jeu.

Intelligent et addictif, mais aussi inquiétant...

C'est peu de dire que Detroit est un jeu intelligent et terriblement addictif. Il parle à nos peurs, nos espoirs et nos interrogations de ce monde actuel où la technologie est omniprésente, où l'on parle d'IA à toutes les sauces. Les androïdes de Quantic Dream sont plus vrais que nature. Nous remplaceront-ils demain ou seront-ils nos alliés ? C’est la question que l’on se pose après avoir traversé le jeu. Le studio français sème les jalons de la réflexion et parvient à nous faire prendre faits et cause pour ces robots, leur prise de conscience et leurs atermoiements si humains, leurs rêves de liberté et de droits égaux. Une intelligence créée par l’homme et arrivée à maturité, mais qui finit par lui échapper pour vivre sa vie, un danger ou l’avenir incontournable ?

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Detroit Become Human : Kara se révolte

Derrière la lutte des androïdes et leur revendication au droit de vivre en toute liberté, on ne peut s’empêcher d’y voir - gros comme le nez au milieu du visage- le parallèle, 75 ans plus tard, d’un autre combat pour la liberté et les droits civiques des noirs américains. Tout y est jusque dans le choix de faire basculer Markus en chantre du pacifisme façon Martin Luther King ou en adepte de la manière plus forte à la Malcolm X. Là, ce sera votre choix d’orientation et donc d’histoire. La ville de Detroit n’a en ce sens forcément pas été choisie totalement au hasard, même si David Cage s’en défend. Ce fut pourtant l’un des points de cristallisation de la lutte contre la ségrégation raciale et l’un des épisodes noires du combat aux Etats-Unis en 1967 avec un épisode de violences policières gratuites resté dans les mémoires. "On s’est aperçu ensuite que le choix de Détroit était finalement logique car la ville a toujours été l’un des fers de lance de la lutte pour les droits aux Etats-Unis", reconnaît le créateur du jeu. "Elle a subi des crises, mais s'est toujours relevée."

On notera d’ailleurs le nombre de personnages secondaires noirs qui viennent épauler nos héros, comme un passage de témoin de la lutte pour les droits dans un monde qui a avancé à chaque fois bien trop vite pour des habitants apeurés par le changement et ses conséquences.

Une mise en scène cinématographique pour une grande question

Autre époque, autres mœurs ? Pas tant que ça finalement et c’est ce qu’ont bien réussi à mettre en images David Cage et ses équipes. Car la force de Detroit réside une fois de plus dans sa réalisation cinématographique. Plans larges, serrés ou travelling, effets de lumière et contre-champ, Detroit compte quelque 29.000 plans quand un film tombe en moyenne à 1.500. De quoi apporter un souffle un peu épique à Detroit. Rien n’est laissé au hasard, admet David Cage, comme le choix de la musique différente pour accompagner : du violoncelle déchiré pour la personnalité douce et mélancolique de Kara, inventive et métallisée pour le déterminé mais tourmenté Connor, épique et symphonique pour Markus, chef de la révolte. 


Un film dont vous décidez du sort des héros en somme et un jeu accessible au plus grand nombre. Car il fait avant tout appel à vos sentiments et vos réflexions sur le sujet qu'à vos aptitudes manettes en mains. Les rares scènes de combat ne répondent qu’à une succession de commandes à réaliser dans l’ordre indiqué à l’écran. Mais si vous tardez ou vous vous ratez, cela aura des conséquences. Cette ode à la relation changeante entre l’homme et la machine, sur le déclin de l’humanité et le risque d’une société à deux vitesses, apporte un vent de liberté sur le jeu vidéo sans le figer dans des carcans et des catégories. Detroit Become Human possède une durée de vie moyenne pour être bouclé, mais vous pouvez le refaire un nombre multiple de choix pour tenter toutes les possibilités scénaristiques. Et refaire aussi le futur à votre façon.

DETROIT BECOME HUMAN - Un jeu Quantic Dream exclusivement disponible sur PS4.

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