Battlefield 1 revisite la France en temps de Grande Guerre

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REPORTAGE – "Revivez la Grande Guerre", c’est la promesse du jeu vidéo Battlefield 1 sorti en octobre dernier sur les consoles de salon. Une plongée dans l’enfer de la Première Guerre mondiale. Alors que sort l'extension 100% armée française "They shall not pass", LCI a cherché à comprendre comment on recrée la France d’il y a 100 ans dans un jeu.

Jeu à succès de l’année 2016, 3e meilleure vente derrière l’intouchable FIFA 17 et les revenants Pokémon Soleil & Lune, Battlefield 1 signe le retour du célèbre jeu de tir à l’époque contemporaine. Et pas à n’importe quelle période : la Première Guerre mondiale. Un sujet rarement abordé dans le jeu vidéo. Ubisoft avait réussi le pari avec son jeu Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre qui suivait les aventures de cinq personnages et s’inspirait de lettres écrites durant la guerre. Pour le reste, il s’agissait surtout de jeux de tir (Verdun), stratégique (History Line : 1914-1918) ou de simulation de vol (Red Baron II).

  

Longtemps cantonnée à la Seconde Guerre mondiale et aux conflits contemporains, la franchise Battlefield s'offre un bond de 100 ans dans le temps. Si le studio Dice a voulu montrer la dimension mondiale de la Grande Guerre en embarquant les joueurs du désert du Sinaï au montagnes d’Italie ou dans le Golfe Persique, la France reste le cœur de ce nouvel opus. Et depuis mars, une extension de jeu 100% cocorico baptisé They Shall Not Pass ("Ils ne passeront pas"), cri de guerre des soldats français lors de la bataille de Verdun, fait le bonheur des aficionados de la série.

Alors Battlefield 1 est-il un vrai jeu sur la Première Guerre mondiale ? Nous sommes allés à la rencontre de ses créateurs, au siège Dice à Stockholm (Suède), afin de découvrir leur vision de l’Hexagone et comprendre comment l'on transforme des événements centenaires en jeu vidéo à succès.

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Jean-Baptiste Maunier donne de la voix dans Battlefield 1

Vérité historique ou authenticité ?

"L’idée est venue assez vite, en 2008. Nous travaillions sur Battlefield Bad Company ", explique Lars Gustavsson, design director de Battlefield 1. "Martin Copperhead (membre de Dice et fan d’histoire, ndlr) est venu me voir et m'a demandé : ‘Pourquoi ne pas faire un jeu sur la Première Guerre mondiale ? Cela correspondrait parfaitement.’" Celui-ci lui montre une première ébauche de ses recherches. "Quand nous avons commencé à creuser plus profondément, il était clair  qu'il y avait énormément d'histoires inédites à raconter. C'était vraiment la naissance des conflits modernes", se souvient-il.


Pas d’historien au sens premier du terme pour lancer le jeu. Stephan Strandberg, le directeur créatif du jeu, et Martin Copperhead ont visionné des heures de documentaires, films et autres archives, farfouillé sur internet à la recherche de photos d’époque et de choses inédites. "Quand je me suis penché sur le sujet il y a environ 10 ans, je ne connaissais pratiquement rien de la Grande Guerre, comme beaucoup de gens en fait. Je résumais ça à de la boue, des tranchées et la France," reconnaît Martin Copperhead qui a élaboré un document d'une centaine de pages à l'attention des développeurs pour reconstituer minutieusement les lieux et l'ambiance de l’époque.

Verdun en feu, Fort de Vaux assiégé

Dans Battlefield 1, les classes de soldats français "ont été créés à partir de photos d’époque scannées" et des armes emblématiques de l’armée française, le tout retravaillé avec des spécialistes de l’armement et des costumes. Les chars Behemoth 2C, le plus imposant de l’époque, et Saint-Chamond, le plus mobile et lourdement armé, font aussi leur apparition pour symboliser "le côté pionnier des Français dans leur approche technologique des conflits modernes de l’époque", souligne Lars Gustavsson. 


Le jeu repose ainsi sur des éléments visuels d’époque, une reconstitution soignée des villages et des campagnes. Le studio scandinave donne vie aux bunkers de la forêt d’Argonne, aux champs de bataille de Saint-Quentin, aux bords de la Meuse et organise même une bataille dans les rues en ruine d’Amiens… où les combats n’ont jamais eu lieu ! C’était en fait en périphérie de la ville car le conflit ne s’est que rarement déployé dans une ville, à l’exception de Maubeuge (1914) et du Quesnoy (1918).

 

Quelques libertés prises avec l’histoire totalement assumées par ses créateurs. "Le jeu n’est pas un jeu historique, mais un jeu avec un cadre authentique, réaliste de la Première Guerre mondiale," admet Martin Copperhead. "Nous avons essayé d’être le plus authentique possible dans notre conception du cadre de jeu, de donner un contexte historique aux joueurs pour qu’ils s’intéressent au sujet. Mais évidemment, nous devons sélectionner des aspects de la guerre qui vont coller au jeu et à sa jouabilité."

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Battlefield 1 sort ce vendredi, mais vous ne pourrez pas jouer de soldat français

Dice s’est toutefois attaché à certains détails : les premiers jours de Verdun où le feu omniprésent a marqué les soldats ; le Fort de Vaux (un site près de Verdun qui fut bombardé, assiégé et pris par les Allemands en juin 1916 - image ci-dessous) où la garnison “résista des jours à l’intérieur" ; Soissons et les bords de l’Aisne, site de la plus grande bataille de chars du conflit. 

Côté histoire, ne vous attendez donc pas à vous retrouver dans la peau d’un poilu ou à vivre les plus grandes batailles. Le jeu ne propose aucune véritable trame linéaire historique, mais se construit à la façon de mini-portraits de soldats français, américains ou britanniques. "Nous avons conscience que certains joueurs vont chercher un côté historique et réaliste au jeu. Battlefield 1 est authentique dans le sens où tous les éléments sont basées sur des choses et faits réels", explique Martin Copperhead. Battlefield 1 vous transporte au milieu des combats de la Grande Guerre, mais il est avant tout un jeu de tir multijoueurs. 


Pour ajouter une touche française, vous pouvez aussi vous amuser à retrouver les voix d'acteurs connus, de Jean-Baptiste Maunier (Clyde Blackburn - voir plus haut) à Nicolas Duvauchelle (Lawrence d'Arabie) en passant par Roschdy Zem (colonel Tilkici).

L'avis de l'historien

Nous avons demandé son avis à Michaël Bourlet, historien et auteur du blog sourcesdelagrandeguerre.fr :

"Le jeu offre une vision anachronique de la Première Guerre mondiale : le scénario, l'environnement et les décors sont éloignés de la réalité. Sur le plan historique, on est clairement à côté, loin de ce que furent les combats pendant la Grande Guerre, du vécu des soldats, contrairement à la promesse annoncée. Par exemple, le joueur évolue dans un Fort de Vaux complètement aseptisé alors qu'en juin 1916, l'intérieur du Fort est encombré par les blessés, les gravats, les matériels abandonnés, etc. Autour du Fort, c'est véritablement l'enfer. Les soldats, trop dynamiques, évoluent avec leur paquetage complet sur le dos et portent des uniformes rutilants.... Allez courir comme ça, arme à la main et tout équipé, sur un terrain bouleversé ! Les rares références à l'histoire sont des raccourcis. Au final, c'est un jeu de tir plutôt bien fait, avec des graphismes et environnement sonore soignés. Battlefield 1 est un grand spectacle qui fait fi de la réalité historique. Mais c'est un jeu avant tout. J'en ai parlé avec mes élèves. Beaucoup étaient subjugués et pensaient que ce jeu reflétait la réalité. Contrairement à un jeu comme Soldats inconnus, il n’y a ici aucune volonté pédagogique. Les élèves risquent d’avoir une vision faussée des événements. Mais ça permet d'en discuter au moins”.

BATTLEFIELD 1 - Un jeu Electronic Arts disponible sur Xbox One, PS4 et PC - PEGI 18

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