Pour sauver notre vie privée, Mark Zuckerberg promet de reconstruire Facebook : doit-on y croire ?

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RESET - Dans un long article publié ce mercredi sur sa page Facebook, le fondateur du réseau social dessine le futur de ses services, au prix d'un virage complet, d'une stratégie basée sur le respect absolu des données privées de ses utilisateurs. On a envie d'y croire.

Pas un mois, pas une semaine sans que l'on n'apprenne quelque chose que Mark Zuckerberg avait oublié de nous dire, sur la voracité du réseau social face à nos données personnelles, sur les mille façons dont l'entreprise rassemble des informations sur ses utilisateurs -et les autres- sans toujours l'afficher clairement.


Pas un mois, pas une semaine sans que l'image de Facebook ne s'écorne un peu plus. Si le business de l'entreprise n'en souffre pas encore de manière visible, si la désaffection des utilisateurs n'est encore sensible que dans l'épaisseur du trait, Zuckerberg le sait, la posture n'est pas tenable, la confiance a disparu, et le "move fast and break things" ("avancez vite quitte à tout casser") des débuts finira un jour par faire planter la vision de l'entreprise, comme une appli mal conçue. Un reboot s'impose. Et Mark Zuckerberg le sait. 

Un réseau plus "concentré sur la vie privée"

Dans un très long article,  presque un manifeste, le fondateur de Facebook pose ce mercredi 6 mars les bases d'une remise à plat totale de son réseau social, quinze ans presque jour pour jour après sa création. Fini la mission de "rendre le monde plus ouvert et connecté", l'important pour demain tournera autour des communications privées, plutôt autour de Messenger, WhatsApp et Instagram que sur Facebook proprement dit. Parmi les engagements pris pour l'avenir - Zuckerberg en liste quelques-uns -, des principes fondateurs du Facebook qui vient.

Messages chiffrés, publications éphémères, données sécurisées...

Premier pilier : des interactions privées. Fini les paramètres de partage parfois flous, les utilisateurs doivent toujours savoir avec qui ils communiquent et avoir confiance dans le fait que "personne d'autre ne peut accéder à ce qu'ils ont partagé", écrit Mark Zuckerberg. Pour ce faire, second pilier : tous ces échanges privés seront chiffrés, comme c'est le cas aujourd'hui sur WhatsApp, où même Facebook ne peut pas accéder au contenu des messages.  


Pour les choses que l'on partage plus publiquement, le fondateur de Facebook préconise de "réduire la permanence" des messages, des stories, pour que de vieux contenus ne puissent plus venir vous hanter plus tard dans votre vie. Des engagements qui devront fonctionner sur toutes les applications de Facebook, car - et ce pilier-là était déjà annoncé - elles devront toutes pouvoir communiquer les unes avec les autres, pour envoyer un message sur Messenger à un ami sur WhatsApp, par exemple. 


Enfin, Facebook promet qu'il prendra soin des données qu'il stocke, pour les tenir hors de portée de régimes autoritaires, et garantir la sécurité de ses utilisateurs.

"Ces choses qui nous dépassent, feignons d'en être l'ordonnateur."

Pour redessiner son avenir, on imagine que Mark Zuckerberg a regardé ses chiffres et constaté le vieillissement graduel des utilisateurs de Facebook, qui peine à recruter de nouveaux utilisateurs dans la jeune génération. De fait, si cette dernière passe du temps sur Instagram, l'essentiel de ses échanges se fait dans des applications de messagerie instantanée, dans des boucles sur WhatsApp, des groupes sur Messenger et ailleurs. 


Du partage public, mais restreint, des choses qui ne sont pas disponibles sur le web, qui n'apparaîtront jamais sur un moteur de recherche, comme un espace d'échange libre, mais ceint de hauts murs. La patron de Facebook sait qu'il n'est pas en train de tracer une nouvelle voie mais plutôt d'adapter sa stratégie à un usage qui existe déjà. Il aurait pu faire siens les mots de Jean Cocteau : "Puisque ces mystères nous dépassent, feignons d'en être l'organisateur."

Et le business dans tout ça ?

Sur le fond, difficile de trouver quoi que ce soit à redire au plaidoyer de Mark Zuckerberg, difficile d'isoler dans une telle déclaration d'intentions des questions qui fâchent sur leur seul principe. Le seul détail qui fait tiquer tient dans le non-dit, dans le sujet que Zuckerberg n'aborde pas, pourtant central : où se trouve le modèle économique de Facebook quand tout ce qui était ouvert devient fermé ? 


Si tout ce que l'on partage est privé, si nos communications sont chiffrées au point que Facebook lui-même ne puisse y accéder en clair, si ce que l'on publie n'est plus qu'éphémère, comment l'entreprise va-t'elle y trouver son compte ? On a forcément du mal à imaginer que le fondateur de Facebook ait pris la décision délibérée de sacrifier les comptes de sa société sur l'autel de nos vies privées. 


On a bien envie d'adhérer au discours mais plus assez confiance pour y croire vraiment. Si Mark Zuckerberg s'engage, il n'affiche pas de calendrier, et ne prend date qu'en parlant des "années à venir." Mais laissons-lui le bénéfice du doute, ce que l'on appellera désormais le "Manifeste du 6 mars" n'aura de valeur que s'il est suivi d'effets. Cette fois, fini les excuses.

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