Facebook, YouTube, Twitter: lequel est le plus raciste ?

Facebook, YouTube, Twitter: lequel est le plus raciste ?
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RESEAUX SOCIAUX - Fin mars, les associations SOS Racisme, SOS Homophobie et l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) ont analysé les pratiques de modérations des grandes plateformes web que sont Facebook, Twitter et YouTube. Et leur verdict est sans appel. Décryptage avec Flavien Chantrel, auteur sur le Blog du modérateur.

A la fin du mois de mars, les associations SOS Racisme, SOS Homophobie et l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) ont procédé à une évaluation, pendant une semaine, des pratiques de modération sur Twitter, YouTube et Facebook. Leur conclusion : seule une toute petite minorité des contenus haineux est supprimée, mais avec des différences significatives d’une plate-forme à l’autre. Metronews fait le point avec Flavien Chantrel, auteur du Blog du modérateur

 Résultat ? Facebook est le moins mauvais élève
Et de très loin. Le réseau social de Mark Zuckerckerg a supprimé, en effet, 53 des 156 contenus qui lui avaient été signalés durant la semaine, soit un tiers. La modération du premier réseau social au monde a été plus efficace pour les signalements concernant des messages homophobes (15 suppressions sur 26 signalements) que sur l’antisémitisme (quatre suppressions pour seize signalements) ou le négationnisme (zéro suppression pour trois signalements), rapporte le quotidien Le Monde .

Arrive ensuite YouTube,a plateforme vidéo de Google n’a supprimé que 16 des 225 contenus qui lui avaient été signalés (7 %). Et sur 115 commentaires racistes, seuls neuf ont été supprimés par la plateforme. En outre, aucun des dix contenus (vidéos et commentaires) négationnistes relevés par les associations n’ont été mis hors ligne.

Le cancre de la classe n’est autre que Twitter : pas plus de huit messages ont été supprimés sur les 205 signalés. En effet, sur les 109 messages homophobes dénoncés, seuls deux petits tweets ont été enlevés, alors que des messages appelant à "brûler les homos" ou demandant "la mort pour les juifs et les bougnoules" ont été laissés en ligne, souligne le rapport.

► Verdict au bout d’une semaine : "un manque criant de volonté"
Pour ces trois associations, ce test démontre "un manque de volonté criant des principales plateformes web à lutter contre la haine en leur sein, en totale contradiction avec la législation française et souvent leurs propres conditions générales d’utilisation". Même si ces derniers interdisent (dans leurs conditions d’utilisation) les appels à la violence et à la haine, le racisme ou l’homophobie, ces dernières ne sont pas toujours appliquées dans la pratique.

"A l’heure actuelle, seuls les messages qui sont signalés comme étant illégaux par les internautes sont examinés par ces plateformes, souligne Flavien Chantrel. Or,des dizaines de milliers de messages sont publiés chaque jour sur ces plateformes. Au-delà du manque de motivation, il semble, en effet, que ces derniers soient dans l’incapacité de tous les examiner. A moins d’embaucher une armée de community managers..."

Valls veut sa brigade de surveillance
En avril 2015, le Premier ministre Manuel Valls dénonçait notamment "les propos antisémites, racistes, les propos de haine, qui se répandent [sur les réseaux sociaux], souvent sans être inquiétés. C’est inacceptable. Internet est un espace de liberté mais Internet, ce n’est pas une zone de non-droit", avait déclaré le Premier ministre, en annonçant la création future d’une nouvelle "unité nationale de lutte contre les contenus illicites" au sein du ministère de l’Intérieur.

La photo sanglante du Bataclan bloquée plus de 32.100 fois
Les associations SOS Racisme, SOS Homophobie et l’Union des étudiants juifs de France (UEJF) comptent discuter des résultats de ce premier test avec les représentants des trois réseaux sociaux dès dimanche 15 mai, à l’occasion des Assises contre la haine sur Internet , qui se dérouleront à Paris, avec une quinzaine d’autres associations. Ces dernières demandent notamment que Facebook, Twitter et YouTube modifient leurs algorithmes de recommandation et ainsi limiter la visibilité des contenus haineux.

Mais la tâche risque d’être compliquée, reprend Flavier Chantrel. Le 28 avril dernier, Facebook publiait un rapport éclairant sur la difficulté de la modération d'un contenu. Il citait en exemple la viralité de la fameuse photo sanglante de l'intérieur du Bataclan,  apparue après les attaques terroristes  du 13 novembre. Un cliché que Facebook indique avoir  "restreint l'accès en France"  plus de 32.100 fois, mais qui continue de circuler sur les réseaux sociaux.

► Pourquoi Facebook, YouTube et Twitter ne céderons jamais
Modifier les algorithmes, une demande qui figure également dans la liste des 80 propositions pour lutter contre le terrorisme présentées cette semaine par Manuel Valls. Mais les plates-formes américaines refusent fermement, depuis des années, de modifier la manière dont elles recommandent des contenus, "en raison des risques de censure politique", mais aussi pour protéger "le secret industriel entourant le fonctionnement de leurs algorithmes", explique notre spécialiste en réseaux sociaux.

Pour Flavien Chantrel, même s’ils bel et bien conscience du problème, il est peu probable qu’ils acceptent de se plier à cette demande. "C’est devenu en quelque sorte un argument commercial, explique-t-il. Comme dans l’affaire qui a opposé aux Etats-Unis le FBI à Apple, où ce dernier a refusé d'aider à débloquer l'iPhone d'un des auteurs de la tuerie de San Bernardino.

EN SAVOIR + >>  Non, Apple ne donnera pas l'accès à votre iPhone au FBI

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