Smartphone, tablette, ordinateur : faut-il s’équiper contre la lumière bleue de nos écrans?

Smartphone, tablette, ordinateur : faut-il s’équiper contre la lumière bleue de nos écrans?

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SANTÉ - La lumière diffusée par nos écrans nuit à la santé de nos yeux. En particulier, les smartphones et les tablettes, équipés d'écrans utilisant la technologie OLED. Voici quelques conseils pour limiter l'exposition et préserver votre vue.

Vos yeux vous piquent à la fin de la journée ? Sachez que c’est peut-être à cause de la lumière bleue émise par vos écrans. "Ce n'est un secret pour personne : la lumière bleue atteint notre vision en endommageant la rétine à l'intérieur de l'œil", soutient Ajith Karunarathne, chercheuse à l’Université de Toledo (Etats-Unis) et auteure d’une étude sur le sujet parue en juillet dernier dans la prestigieuse revue Nature. Avec une équipe de scientifiques, elle est parvenue à mettre en évidence les mécanismes qui poussent la rétine à s'autodétruire au contact de cette fameuse lumière bleue.


Depuis plusieurs années déjà, les LEDs - abréviation anglaise pour diodes électroluminescentes - se sont glissées dans nos smartphones, télévisions et ordinateurs. Faible consommation électrique pour une forte intensité d’éclairage, elles ont tout pour séduire les fabricants. Le hic : beaucoup contiennent une part importante de lumière bleue, la partie la plus énergétique de la lumière et la plus susceptible d’avoir des effets sur la santé. Le principal problème concerne les écrans Oled utilisés pour les smartphones et les tablettes. En revanche, il n'y a pas de soucis avec les écrans LCD qui équipent les télévisions et les ordinateurs. Et pour cause : avec cette technologie, la lumière blanche est filtrée pour ne pas laisser passer la lumière bleue. 

Les jeunes en première ligne

Avec l'usage massif du smartphone, notamment chez les jeunes, les problèmes liés à la vue pourraient se multiplier. "Cela risque d'entraîner une épidémie de dégénérescence maculaire liée à l'âge (DMLA). On n'a pas encore assez de recul dans le temps depuis l'usage massif de ces technologies, mais cela devrait arriver dans trente ou quarante ans", alertait l'an dernier le professeur Gilles Renard, de la Société française d’ophtalmologie, interrogé par nos confrères du quotidien Le Parisien. A en croire cet expert, à court terme, les effets sont moins graves, mais déjà constatés : "La lumière bleue altère la surface oculaire et peut perturber la vision de façon temporaire. On a les yeux qui piquent ou qui larmoient".


Le scientifique Serge Picaud, de l'Institut de la Vision à Paris, a réalisé une étude en 2013, en exposant des cellules de la rétine de porc - proche de celle de l'homme - à différentes longueurs d'ondes, et a ainsi montré que la lumière entre 415 et 455 nanomètres tuait des cellules. Autrement dit, la couleur bleue foncée, proche des ultra-violets, s'est avérée nocive. De plus en plus fabricants d’appareils électroniques, comme Philipps et sa technologie "SoftBlue", proposent des écrans d’ordinateur spécifiques qui limitent l’exposition à cette fameuse lumière bleue. "Nous changeons les fréquences de lumière bleue nocives, qui sont sous 450 nanomètres, pour les amener au-dessus de 460 nanomètres" - un bleu sans danger, explique le constructeur.

Selon le professeur Eric Souied, chef du service d'ophtalmologie du Chic et du CHU Henri-Mondor, "il n’y a strictement rien, à ce jour, qui démontre un lien entre le risque DMLA et l’utilisation intensive des écrans. Nous manquons aujourd’hui  de recul pour savoir ce que cela va donner dans vingt ans. Les études montrant leur toxicité ont été menées sur des animaux à qui on avait mis des écarteurs et qui étaient soumis à une forte intensité lumineuse pendant très longtemps. Cela reste très expérimental. Il s’agit plutôt d’une brûlure sur la rétine. La DMLA est une maladie essentiellement endogène, qui résulte principalement de facteurs génétiques et de modulateurs environnementaux, tels que l’alimentation et le tabac."

Pensez à faire des pauses

Pour minimiser les effets de la lumière bleue, le Professeur Souied recommande néanmoins de réduire les temps d'exposition et d’effectuer toutes les heures, lorsqu’on est face à un écran, des pauses de cinq minutes en gardant les yeux fermés. "Il faut savoir faire des pauses pour retrouver des temps de récupération pour les cellules rétiniennes. Théoriquement, il ne faudrait pas plus d'une heure d'exposition par jour pour un enfant de 6 ans, deux heures à l'âge de 12 ans. Pour les jeunes adultes de 20 ans, c'est au maximum trois heures." Pour se reposer les yeux, il est également possible de pratiquer la technique du 20-20-20 : toutes les 20 minutes, fixer un point à 20 mètres pendant 20 secondes. 

Mangez des légumes verts

Il existe, en outre, des composants naturels pour se protéger de la lumière bleue. Ce sont les pigments xanthophylles et les caroténoïdes, en particulier la lutéine et la zéaxanthine, que l’on trouve dans l’alimentation. "Ils ont pour effet de protéger la rétine des longueurs d’ondes courtes bleues et contiennent des antioxydants, résume le Professeur Eric Souied. Vous les trouvez dans les légumes vert (choux, brocoli, épinards). On sait qu’il y a moitié moins de DMLA chez les patients qui consomment de la lutéine et de la zéaxanthine en quantités importantes." 

D'autres études ont montré que l'énergie de la lumière bleue influençait les cycles du sommeil, réduisant la production de mélatonine, une hormone importante dans l'endormissement. Pour éviter de perturber ses nuits et continuer à utiliser ses appareils le soir, des applications comme "F.lux" (disponible en téléchargement gratuit) permettent de régler la luminosité de l'écran et sa composition en fonction du moment de la journée. Les constructeurs de smartphone, de Samsung à Huawei, en passant par Apple, propose également des options ("mode nuit" sur l'iPhone ou "filtre lumière bleue" sur le Galaxy) qui permettent de limiter la lumière bleue émise par l'écran.

Et les lunettes filtrantes ?

La plupart des opticiens surfent aujourd'hui sur la vague des lunettes spéciales contre la lumière bleue, disponibles sans ordonnance. Ironie du sort, elles font déjà depuis quelques années un tabac au Japon, pays d'origine des trois prix Nobel de physique qui ont permis aux LEDs d'émettre en bleu. En France, le spécialiste de l'optique Essilor propose aussi un traitement spécifique des verres. Afflelou a lancé Blueblock, des "lunettes anti-lumière bleue disponibles avec ou sans correction", commercialisée au prix de 39 euros. Les opticiens Atol mettent en avant des opérations de sensibilisation dans leurs magasins, à destination des enfants, sur la nécessité de s'équiper. Ces techniques permettent en général de filtrer 25% de la lumière bleue. C'est mieux que rien, mais cela n'a pas un vrai effet de prévention. Le remède le plus efficace, donc ? Lâcher votre smartphone, de temps à autre...

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