Fréquences 5G : jusqu'où iront les enchères des opérateurs (et comment ça marche) ?

Source de nombreuses controverses, la 5G n'a rien à voir avec le Covid-19
High-tech

GIGAEUROS CONTRE GIGAHERTZ - Les quatre opérateurs mobiles français ont bouclé leur second round d'enchères sur les fréquences de la 5G, qui se poursuivront pendant deux semaines. De premiers chiffres qui lèvent un bout du voile sur des stratégies très différentes.

Bonne nouvelle pour les finances publiques : au compteur, les enchères des fréquences de la 5G proposées aux opérateurs se rapprochent de la barre des deux milliards et demi d'euros, 2.421.000€ très exactement. Organisées par l'ARCEP, notre gendarme des télécoms, ces enchères vont permettre de savoir quels opérateurs s'offriront les plus larges bandes de fréquences, et seront donc sur le papier capables de servir le plus grand nombre de futurs abonnés 5G, dans les meilleures conditions de connexion.

Autre bonne nouvelle : ces enchères n'auront pas de perdant, et pour cause : pour éviter les surenchères que l'on a pu observer chez nos voisins allemands ou italiens - où les montants en jeu avaient dépassé six milliards d'euros -, l'ARCEP a déjà distribué à prix fixe l'essentiel des blocs de fréquences. 

Une vente en "blocs"

En fait, c'est très simple : ce que l'ARCEP attribue, c'est ce que l'on appelle la bande des 3,5GHz, plus précisément des fréquences entre 3,4 et 3,8GHz, découpées en blocs de 10MHz, un peu comme des files sur une autoroute. Plus vous en obtenez, meilleur sera votre signal pour servir des millions d'abonnés. Sur la table donc, 31 blocs de 10MHz à partager entre Orange, SFR, Bouygues Telecom et Free. Pour qu'aucun ne soit privé de 5G si les enchères devaient s'emballer, l'ARCEP a pré-attribué à chaque opérateur cinq blocs chacun, contre un prix forfaitaire de 350 millions d'euros. Reste donc onze blocs à attribuer aux enchères. Autre garde-fou : de ces onze blocs, personne ne pourra en remporter plus de cinq. Le gendarme a clairement tout fait pour éviter la surchauffe.

Si elles manquent donc un peu de suspense, les enchères se déroulent chaque jour, sur un principe simple : chaque opérateur déclare le nombre de blocs qu'il veut acquérir, et si le total dépasse les onze disponibles, l'ARCEP fait monter le prix du bloc, et un nouveau round d'enchères démarre. Fixé à 70 millions d'euros au début des enchères, ce prix a grimpé à 111 millions au bout de deux journées et douze rounds d'enchères qui n'ont pas réussi à les départager. Mais les opérateurs cherchant toujours à acquérir un total de treize blocs contre onze disponibles, les enchères ne s'arrêteront que quand un ou plusieurs d'entre eux reverront leurs ambitions à la baisse, pour que l'offre corresponde à la demande. Un peu comme un conclave au Vatican, c'est l'ARCEP qui rend compte chaque jour des résultats des enchères. Ici, pas de fumée noire ou blanche, mais un compte-rendu liminaire sur Twitter.

À chaque opérateur sa stratégie

Ainsi, l'ARCEP rapporte que jusque-là, Orange demande cinq blocs de fréquences, le maximum, suivi par SFR et Bouygues Telecom avec trois blocs, et Free à deux blocs. Des positions qui n'ont pas changé d'un jour sur l'autre, seul le prix ayant augmenté. Et ce que nous apprennent les chiffres ne manque pas d'interêt. D'abord, la hiérarchie des opérateurs est respectée : avec le plus grand nombre d'abonnés à servir, Orange est le plus gourmand, suivi de SFR et Bouygues, Free fermant la marche.

Mais cette logique pourrait en cacher d'autres. Si Free est le moins gourmand en fréquences, c'est peut-être parce qu'il prépare un coup technique et commercial : déployer la 5G sur une autre bande de fréquences (en 700MHz) qu'il détient déjà, grâce à des relais mobiles qui feraient cohabiter 4G et 5G sur ces mêmes fréquences. De quoi afficher un réseau national 5G dès le premier jour, même si les fréquences utilisées ne permettraient pas les mêmes débits que la "vraie" 5G.

De son côté, Bouygues Telecom verrait aussi dans la 5G des usages au-delà du mobile, par exemple pour déployer du très haut débit fixe là où il ne propose pas la fibre. [N.B.: Bouygues Telecom et le Groupe TF1, dont fait partie LCI, partagent le même actionnaire principal.] Évidemment, à ce stade, ce ne sont que des suppositions, aucun des opérateurs ne pipe mot publiquement sur les détails de sa stratégie. Pour éviter toute tentative d'intox, l'ARCEP leur a d'ailleurs fait promettre de tenir au silence le déroulement des enchères pendant toute leur durée. 

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Il faudra, plus tard, que l'ARCEP attribue une autre bande de fréquences, autour de 26GHz, pour ouvrir le second chapitre de la 5G dans les centres-villes, où sont promis des débits bien supérieurs, et couvrir de larges populations sur de courtes distances. On verra, à ce moment-là, si le succès commercial et les prix auxquels les opérateurs proposeront leurs forfaits 5G les encourageront à remettre la main à la poche, et avec quelle stratégie en tête.

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