Fréquences hors de prix, affaire Huawei : et si les futurs forfaits 5G étaient beaucoup trop chers ?

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5G : le très haut-débit mobile va tout changer

PREMIUM - Les fréquences 5G mises aux enchères en Allemagne et en Italie ont atteint des sommets, assez pour faire craindre chez nous aussi une flambée des prix, et au final des forfaits 5G bien loin des tarifs de la 4G d'aujourd'hui. Avec en bonus l'affaire Huawei en embuscade...

Six milliards et demi d'euros, plus de cinq cent tours d'enchères. Outre-Rhin, l'attribution des fréquences de la 5G aux opérateurs a été une saga longue et dramatique, un peu comme une tétralogie de Wagner. En Italie aussi, les enchères avaient coûté plus de six milliards d'euros aux opérateurs l'année dernière. 

Un investissement qui n'est cependant que le ticket d'entrée, le début de l'histoire pour les opérateurs. Une sorte de jour 1 qui leur permet d'investir plus encore dans le déploiement du réseau proprement dit, en calculant au plus juste combien devront coûter les services et les forfaits supposés rentabiliser l'opération.

Enchères françaises dans quelques mois

Enserrés entre deux pays qui ont mis la barre très haut, les opérateurs français peuvent donc s'inquiéter. Chez nous, l'Arcep, le gendarme des télécoms, devrait organiser la mise aux enchères des fréquences de la 5G d'ici à la fin de l'année ou au début 2020. D'ici là, chacun affine sa stratégie et son lobbying. Depuis les enchères italiennes de 2018, tous les opérateurs le répètent, publiquement ou non : impossible à ces prix d'investir rapidement dans le réseau 5G à déployer avec des forfaits dans les prix du marché. 

Tous attendent donc de savoir comment la France va structurer ses enchères. "Pour la 3G", explique à LCI Tariq Ashraf, consultant au cabinet BearingPoint, "la France avait découpé les lots et les blocs de fréquences pour pousser les enchères le plus haut possible. Pour la 4G en revanche, l'Etat avait privilégié la plus large couverture possible, des fréquences abordables, avec des redevances à payer au fil de l'eau, mais avec des obligations de couverture larges. Tout le monde préférerait aujourd'hui ce scénario-là".

À l'allemande, à l'italienne, ou à l'anglaise ?

Reste que pour un gouvernement à l'affût de tout ce qui pourrait réduire son déficit budgétaire, la tentation de faire grimper un peu les prix pourrait rester forte. Il suffirait pour cela de s'inspirer des scénarios des enchères de nos voisins. "En Italie, explique Tariq Ashraf, les choses étaient simples : c'est celui qui payait le plus cher qui emportait la mise. En Allemagne, c'était pire encore : un quatrième opérateur est venu jouer l'aiguillon dans des enchères où le numéro deux du marché, Vodafone, a voulu concurrencer Deutsche Telekom, l'opérateur historique. Au final, tous ont payé très cher, avec en plus des obligations draconiennes. Ils devront ainsi sous quatre à cinq ans couvrir 98% du pays en très haut débit mobile. Cela leur coûtera une fortune."

De quoi faire préférer à tous un scénario à l'anglaise : ici les opérateurs paieront une redevance en échange de leurs fréquences, une redevance qui baissera au fur et à mesure qu'ils couvriront une part plus importante du pays et de la population. De quoi contenir les prix des futurs forfaits, des forfaits dont on sait déjà qu'ils ne se vendront pas tout seuls. "La vérité", sourit Tariq Ashraf, "c'est que les opérateurs ne savent pas encore comment ils vont vendre la 5G. Quand on est passé de la 3G à la 4G, il y avait un véritable effet 'wow'. Or la différence entre la 4G et la 5G sera beaucoup moins visible sur l'écran de son smartphone puisque l'essentiel de ce que l'on y fera fonctionne déjà en 4G. Bref, difficile de le vendre plus cher." 

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Si tout cela ne suffisait pas à stresser les grands noms français des télécoms, reste l'inconnue Huawei. L'équipementier télécom est l'un des champions de la 5G, avec Nokia et Ericsson. Et les appels plus ou moins appuyés au boycott du géant chinois ne passent pas auprès des opérateurs. À la fois innovant sur la 5G, et souvent moins cher que ses concurrents, difficile de s'en passer, même pour ceux qui ne sont pas ses grands clients. "S'interdire Huawei, c'est un handicap au moment de négocier les prix de ses équipements réseau. Même ceux qui n'achètent rien à Huawei s'en servent comme levier de négociation", rappelle le consultant.

Surtout, le débat pour savoir si oui ou non il faut se passer du Chinois gagnerait à plus de cohérence. "Si c'est une question de sécurité nationale, alors ce n'est pas juste pour l'avenir. Il faudra alors aller sortir des réseaux fixes et mobiles tous les équipements existants", prévient  Tariq Ashraf. Autant de choses qui mettent aujourd'hui les opérateurs dans un climat d'insécurité à tous les égards. Autant dire que si la route vers la 5G est droite, la pente est encore forte.

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