Fronde chez Facebook : la position de Mark Zuckerberg contestée par une partie de ses employés

Fronde chez Facebook : la position de Mark Zuckerberg contestée par une partie de ses employés
High-tech

POLÉMIQUE - Alors que le patron de Facebook assume de ne pas avoir voulu masquer les propos de Donald Trump sur les émeutes aux États-Unis, des employés ont contesté publiquement le choix de leur PDG. De quoi relancer le débat sur le contenu des médias sociaux et leur régulation par les plateformes.

Rien ne va plus chez Facebook. Depuis que le patron du géant des réseaux a refusé de sanctionner des propos controversés du président américain, à l'instar de son rival Twitter, des employés de l'entreprise ont désavoué publiquement le choix de Mark Zuckerberg. Un épisode pour le moins rare dans la Silicon Valley, où la culture du secret est quasiment une religion. 

"Mark a tort, et je vais m'efforcer de le faire changer d'avis en faisant beaucoup de bruit", a promis dimanche Ryan Freitas, qui a rejoint l'entreprise en 2016, dans un message publié depuis compte Twitter. Devenu le chef de file de cette fronde, le directeur du design du fil d’infos de Facebook affirme même avoir rassemblé une cinquantaine de personnes du même avis parmi lesquels plusieurs hauts responsables de l'entreprise.

L'affaire a éclaté la semaine dernière, lorsque le réseau social à l’oiseau bleu a signalé deux tweets du président américain, portant sur le vote par correspondance, avec la mention "vérifiez les faits". Une intervention sans précédent, qui a provoqué un clash entre le réseau social et Donald Trump. 

Furibond, le président américain a annoncé dès le lendemain a signature d'un décret s’attaquant à une loi fondamentale de l’internet américain, la Section 230, qui offre aux plateformes numériques une immunité contre toute poursuite judiciaire liée aux contenus publiés par des tiers. Et leur donne la liberté d’intervenir à leur guise pour policer les échanges. De quoi relancer le débat sur le contenu des médias sociaux et leur régulation par les plateformes.

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Interrogé sur l'attitude son rival Twitter, Mark Zuckerberg a expliqué sur la chaîne pro-Trump Fox News que les plateformes, selon lui, ne devaient pas jouer le rôle "d'arbitres de la vérité en ligne". Une intervention qui a ensuite été relayée par le compte Twitter de Donald Trump, suscitant un malaise parmi les salariés du géant de l'Internet. 

Vendredi, au lendemain du décret, un autre message du locataire de la Maison Blanche, évoquant les affrontements à Minneapolis, a lui aussi été masqué par les équipe de Twitter. Cette fois-ci, pour violation des directives du réseau sur l'apologie de la violence. "Les pillages seront immédiatement accueillis par les balles", y déclarait Donald Trump au sujet des manifestations de protestation dans le pays, à Los Angeles comme à Chicago, Denver ou Memphis. 

Zuckerberg a hésité "toute la journée"

Fidèle à ses précédentes déclarations, Mark Zuckerberg a de son côté pris le parti de les laisser visibles, "après avoir hésité toute la journée", a-t-il expliqué. Dans un long post publié vendredi sur son profil, le patron de Facebook dit condamner à titre "personnel" la "rhétorique clivante et incendiaire" du président, mais n'entend pas supprimer les messages, au nom de la liberté d'expression et de l'intérêt du public à s'informer. "Je sais que beaucoup de gens sont mécontents (...), mais notre position est de faciliter le plus d'expression possible, à moins d'un risque imminent d'atteinte aux autres ou de dangers tels que décrits dans notre règlement." 

Au cours des dernières années, Twitter et Facebook ont été contraints de mettre en place des outils afin de lutter contre les contenus dangereux (appels à la haine, harcèlement, etc.) et la désinformation. Cependant, à la différence du réseau social à l’oiseau bleu, le site de Mark Zuckerberg exempt les personnalités et candidats politiques de l'essentiel de ces mesures. 

Je pense que le tweet de Trump (sur les pillages) encourage la violence extra-judiciaire et attise le racisme. Respect à l'équipe de Twitter.- David Gillis, un ancien employé de Twitter aujourd'hui designer chez Facebook.

Tandis que des manifestations continuaient de faire rage un peu partout dans le pays pour dénoncer l’interpellation musclée de cet Afro-américain de 46 ans, le 25 mai dernier, d'autres voix se sont élevés parmi les salariés du géant des réseaux au cours du week-end. "Je ne sais pas quoi faire, mais je sais que ne rien faire n'est pas acceptable. Je suis un employé de Facebook en désaccord complet avec la décision de Mark de ne rien faire au sujet des posts récents de Trump, qui incitent clairement à la violence", a vivement réagi samedi Jason Stirman, un responsable en recherche et développement, passé par Twitter. "Je ne suis pas seul chez Facebook. Il n'y a pas de position neutre sur le racisme."

Comme lui, plusieurs salariés ont pris la parole dimanche. "Je pense que le tweet de Trump (sur les pillages) encourage la violence extra-judiciaire et attise le racisme. Respect à l'équipe de Twitter", écrit David Gillis, un designer. 

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Pour ne rien arranger, la presse américaine a révélé dimanche que Mark Zuckerberg et Donald Trump se sont entretenus vendredi par téléphone. La conversation a été "productive", selon des sources anonymes du site spécialisé Axios et de la chaîne CNBC. Elle n'a été ni confirmée ni démentie par les intéressés. Le coup de fil avec le président discrédite l'idée d'une soi-disant "neutralité", selon Evelyn Douek, chercheuse à la Harvard Law School. 

Comme d'autres experts, elle s'interroge sur la capacité du "Conseil de supervision" du réseau, qui a pris forme au début du mois, à intervenir. "Nous avons conscience que les gens veulent que le Conseil se penche sur beaucoup de questions importantes liées aux contenus en ligne", a tweeté l'instance, présentée comme la "Cour suprême" de Facebook. En principe, cette dernière est censée avoir le dernier mot sur le maintien ou non des contenus controversés, en toute indépendance.

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