Frontières contestées : du Cachemire à la Crimée, la géopolitique à géométrie variable de Google Maps

Frontières contestées : du Cachemire à la Crimée, la géopolitique à géométrie variable de Google Maps
High-tech

LIMITES FLOUES - Cachemire, Sahara Occidental, Chypre du Nord... : les frontières contestées ne manquent pas. Et selon que vous soyez d'un côté ou de l'autre de la dispute, Google Maps pourrait bien ne pas vous montrer les mêmes cartes. Explications.

Pour l'essentiel de son milliard d'utilisateurs, au quotidien, Google Maps s'appelle simplement "Maps". Si le service de cartographie de Google n'est pas le seul sur le marché, le géant a construit en quinze ans d'investissements un vrai standard du marché, pour l'exploration, la navigation ou encore le commerce. Et pour près de quatre internautes sur cinq, la cartographie, c'est Google Maps, et rien d'autre ou presque. Un succès qui donne à l'application un rôle pas toujours enviable d'arbitre dans des disputes territoriales bien plus anciennes que lui. 

Meilleur - ou pire - exemple : les montagnes du Cachemire, théâtre de trois guerres et d'affrontements réguliers qui opposent l'Inde et le Pakistan depuis plus de 70 ans -depuis en fait la partition des Indes en 1947. Ajoutez à cela la Chine, qui contrôle l'une des régions du Cachemire revendiquée par l'Inde et la présence dans nombre de ces territoires de mouvements séparatistes, et vous avez là une poudrière stratégique. Mais aussi un casse-tête cartographique.

Une frontière pour les Indiens, une autre pour les Pakistanais

L'exemple n'est pas le seul, mais c'est probablement le plus parlant de ceux relevés par le Washington Post. Comme l'explique l'auteur, si vous êtes en Inde et que vous regardez le Cachemire sur Google Maps, "(...) vous pourriez croire que le conflit a été réglé." Ici, toute la région contestée semble bien faire partie du territoire indien. Passez au Pakistan et retournez sur Maps... Surprise, les régions autonomes et contestées sont ici délimitées par des pointillés, soulignant les doutes sur leur statut réel. Des cartes qui seraient donc différentes, selon le public auquel elles s'adressent. Des cartes qui suivent surtout la loi de chaque pays où le service entretient une version locale.

Lire aussi

Comme le souligne Google, Maps traite les frontières contestées par un moyen simple : le pointillé. Sur la carte du Sahara Occidental, par exemple, la partie du Maroc contestée par la Mauritanie est délimitée d'un trait discontinu, signe discret que la controverse n'est pas close... sauf si vous compulsez la carte à partir du Maroc, dans sa version marocaine, dans laquelle ce trait dans le sable n'existe pas. Google se conforme ici à la loi du pays, qui voit bien ce territoire comme le sien. Idem pour la Crimée, ukrainienne mais annexée par la Russie. Le monde entier la verra séparée de l'Ukraine par une frontière en pointillés, sauf en Russie, dans la version locale de Maps.

Autant de territoires au statut un peu trouble, dont les contours sont gérés par une équipe spécifique chez Google. Le problème, c'est qu'en présentant à chaque pays la version idéale de lui-même, Maps ne fait que renforcer le sentiment de propriété des opinions publiques locales sur les territoires contestés. Par comparaison, les cartographes des Nations unies publient sur une même carte les différentes versions de la même frontière, avec des légendes, des notes de référence et des images supplémentaires pour certaines zones qui font débat. Un luxe de pédagogie qui serait moins lisible sur une application mobile.

Des cartes affichées "à la carte"

Quand ce ne sont pas les territoires et leurs frontières qui sont contestées, c'est parfois juste l'appellation d'un même endroit qui peut varier d'un pays à un autre. La "Mer du Japon", vue de Tokyo, devient ainsi la "Mer de l'Est" pour les internautes coréens. Ici, les disputes sont plus terminologiques que territoriales. 

Après tout, bien plus près de nous,  "La Manche" devient le "Channel" une fois franchie. Un bras de mer qui, à l'époque romaine, s'était appelé alternativement Mare Britannicum, et Mare Gallicum, sans que l'on sache précisément si les deux noms se sont succédé ou s'ils étaient utilisés en parallèle, chacun d'un côté du rivage. Dans ce cas, on pourrait penser que la géographie variable de Google Maps n'a en fait rien inventé.

Sur le même sujet

Et aussi

Lire et commenter

Alertes

Recevez les alertes infos pour les sujets qui vous intéressent