Ghost Recon Wildlands : pourquoi le nouveau jeu d’Ubisoft a failli créer un incident diplomatique avec la Bolivie

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JEU VIDÉO – Disponible depuis ce mardi, Ghost Recon Wildlands embarque les joueurs en Bolivie, dans les pas des forces spéciales américaines désireuses de mettre à mal un cartel de la drogue qui veut régner sur le pays. Un sujet qui a créé un malaise dans le pays. On vous explique pourquoi la France a frôlé l’incident diplomatique (et aussi pourquoi vous ne devez surtout pas passer à côté de ce jeu).

Mercredi 1er mars, l’ambassadeur de France était convoqué au ministère des Affaires étrangère bolivien. La raison : la façon dont le pays est dépeint dans le jeu vidéo Ghost Recon Wildlands, nouvelle grosse production que l’éditeur Ubisoft sort le 7 mars. Depuis le scandale déclenché par Jean-Luc Mélenchon, qui n’avait pas apprécié la façon dont Robespierre était présenté dans le jeu Assassin’s Creed Unity (déjà chez Ubisoft), plus jamais le politique et le jeu vidéo n’avaient croisé le fer. 


Si Assassin’s Creed Unity avait une base historique, Ghost Recon Wildlands revendique son aspect "fictif". Alors, qu’est-ce qui a chiffonné la Bolivie au point de coucher par écrit ses récriminations dans une lettre remise à la France ? LCI fait le point sur les reproches, le jeu et la "réalité".

Un pays contrôlé par un cartel

C’est ce qui a créé le principal malaise. La Bolivie est présentée dans le jeu comme un "état des narcos" où un cartel mexicain, Santa Blanca, règne en maître sur les 21 provinces. Du côté d’Ubisoft, Nouredine Abboud, producteur senior du jeu, justifie auprès de LCI le choix de la Bolivie par sa culture de la coca et ses multiples paysages. "On voulait un pays très beau avec une culture très riche. Comme tous les jeux Tom Clancy, c’est une œuvre de fiction. Nous sommes partis d’une simple idée : ‘Et si un cartel mexicain s’installait en Bolivie en prenant le contrôle de la production de cocaïne et voulant créer un narco-état, quel serait l’enchaînement d’évènement ?'", explique-t-il. 


Et dans la réalité ? Le jeu trouve son inspiration du côté du célèbre narcotrafiquant colombien Pablo Escobar, qui avait le rêve de prendre le contrôle de son pays avant d’être assassiné en 1993 par le pouvoir en place. Il avait mis en place un ingénieux système de trafic de drogue international dans lequel il avait à sa botte le secteur de la production de cocaïne, mais aussi les autorités et une partie du pouvoir. Mais jamais la situation n’a été similaire en Bolivie. 

Bienvenue à Cocaïneland

La Bolivie, dans le jeu, est devenue le plus grand producteur de cocaïne au monde. Une situation qui n’a pas plu au gouvernement. "Il serait paradoxal qu’une entreprise française remette précisément en cause notre action en matière de lutte contre le narcotrafic, en sachant que c’est justement avec la technologie française que nous combattons le trafic de drogue", indique la lettre des autorités. Historiquement, la Bolivie est un grand consommateur de coca, une pratique ancestrale qui a obtenu sa reconnaissance par l’ONU. La mastication a d’ailleurs été dépénalisée en 2013.


Et dans la réalité ? La Bolivie est, selon l’ONU, le 3e pays producteur de feuilles de coca derrière le Pérou et la Colombie. Dans un récent rapport, les Etats-Unis ont pointé du doigt Bolivie et Venezuela pour leur manque d’implication dans la lutte contre le trafic de drogue. Il faut dire que le pays a récemment fait passer une loi pour augmenter la surface de culture de la feuille de coca dans le pays de 12.000 à 22.000 hectares. A l’inverse du Pérou ou de l’Equateur, salués pour leur véritable engagement dans la lutte contre le trafic de cocaïne et une baisse de production, la Colombie et la Bolivie sont encore loin des exigences internationales. 

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Ghost Recon Wildlands : comparatif entre le jeu et la réalité

Un gouvernement corrompu

Dans Ghost Recon Wildlands, le cartel de Santa Blanca a noué une alliance avec le gouvernement corrompu. Les Forces de l’Unidad, une division de l’armée bolivienne, collaborent avec le cartel "pour contrôler la population et mater tout signe de révolte", explique Ubisoft. De quoi faire fulminer le gouvernement de La Paz.


Et dans la réalité ? Dans le documentaire Wildlands  réalisé par Rusty Young, auteur spécialiste des cartels de la drogue en Amérique du Sud, le président bolivien Evo Morales est accusé par un témoin de fermer les yeux sur le trafic de drogue dans son pays, voire d’y apporter sa contribution. Des propos appuyés par deux anciens agents de la DEA, les "stups" américains. Quand le réalisateur souhaite entendre le président bolivien sur les accusations, celui-ci se défile et, à ce jour, n'a toujours pas souhaité répondre au Britannique.

La Bolivie, un pays violent ?

Sanguinaire, intraitable, El Sueno, le chef du cartel tatoué, chauve et ultra-violent, est un monstre physiquement, capable de torturer et de tuer de sang-froid. " Il ressemble à plusieurs personnes dans la réalité, mais c’était ça la créativité", nous explique-t-on du côté d’Ubisoft.


Et dans la réalité ? "Il y a des sujets où la réalité a été plus folle que notre fiction. Mais nous sommes avant tout des gens qui racontons des histoires", relativise Nouredine Abboud qui reconnaît que les développeurs et créatifs du jeu n’ont pas intégré tous les éléments recueillis sur le sort que réservaient certains cartels à leurs ennemis ou ceux qui les avaient trahis.

La réalité vue par Ubisoft

"Notre métier premier, c’est d’apporter du fun et du plaisir aux gens", rappelle Nouredine Abboud. "Notre objectif, c’est d’amener le réalisme au service du fun, mais de manière crédible. Ce n’est pas un réalisme didactique, nous ne sommes pas des professeurs. On essaye de pousser le réalisme au maximum en termes de graphismes, s’assurer que la végétation correspond à celle de Bolivie, que les interactions entre véhicules ou ennemis sont réalistes. Pour cela, nous avons travaillé avec d’anciens militaires et des spécialistes." Le scénario a néanmoins été élaboré après de minutieuses recherches sur place durant de longs mois, du travail de terrain aussi bien pour les paysages, la culture que le rapport aux cartels. Don Winslow, auteur de Cartel et La Griffe du Chien, deux œuvres traitant du milieu de la cocaïne en Amérique du Sud, et le scénariste Shane Salerno ont apporté leurs expertises à l’histoire qui, certes fictive, s’appuie sur des éléments bien réels. 

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Ghost Recon Wildlands en timelapse

Notre avis sur le jeu

Vous incarnez un Ghost, un des quatre agents des forces spéciales américaines, qui doit stopper Santa Blanca, un cartel mexicain qui tente d’établir un narco-état en Bolivie en contrôlant la production de cocaïne et en faisant régner la terreur. Infiltration, sens tactique et vaste monde à parcourir sont au menu de ce jeu de tir nouvelle génération, splendide visuellement, intelligent dans son approche du jeu multijoueur. Les fans des licences Tom Clancy (Splinter Cell, The Division, etc.) seront aux anges. Ghost Recon Wildlands offre la possibilité de jouer en solo ou avec ses amis à tout moment, d’enchainer les missions dans l’ordre choisi. On aime l’obligation de faire parler sa réflexion avant de se jeter à corps perdu dans le combat, de parcourir ce très vaste monde ouvert pour concevoir son approche. Un vent de liberté dans tous les sens du terme, et du jeu.



GHOST RECON WILDLANDS

Un jeu Ubisoft disponible sur PS4, Xbox One et PC - PEGI 18

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