Harcèlement à l'école et collecte de numéros : l'appli de rumeurs Gossip dans le viseur de la CNIL

Harcèlement à l'école et collecte de numéros :  l'appli de rumeurs Gossip dans le viseur de la CNIL
High-tech

RÉSEAUX SOCIAUX - Gossip permet à ses utilisateurs d'associer une rumeur à un contact de son répertoire téléphonique ou sur Facebook, et ce de façon anonyme. Mais pour cela, l’application doit avoir accès aux contacts de ses utilisateurs, y compris ceux qui ne l'auraient pas téléchargée. Après la ministre de l'Education nationale, la Commission nationale de l’informatique et des libertés (CNIL) a décidé de taper du point sur la table.

En seulement quelques mois, elle a semé la zizanie dans de nombreuses cours de récréation de France. Son nom ? Gossip ("ragot", en anglais), une application mobile qui permet d’échanger des rumeurs anonymes. En devenant la bête noire des ados harcelés, elle s'est déjà attirée les foudres de la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud-Belkacem, qui avait appelé, en juin 2015, à "une extrême vigilance" quant à son utilisation. Le 14 octobre dernier, la Cnil a donc décidé de mettre en demeure l'entreprise qui édite  Gossip, W.M.G, de se mettre en conformité avec la loi, lui accordant un délai d'un mois. En effet, le gendarme du numérique accuse notamment l'entreprise de ne pas respecter les textes de lois relatifs au respect de la vie privée et des libertés individuelles, et ainsi de recueillir massivement des numéros de téléphone.

En quoi consiste l’application ?

Pour ceux qui ne la connaissent pas, Gossip propose aux personnes "de plus de 16 ans" de poster anonymement une rumeur, par le biais d'un petit texte de 140 signes, accompagné ou non d'un média (photo ou vidéo). Chaque rumeur est associée à un contact, et tous les utilisateurs disposant de ce contact dans leur répertoire ou sur Facebook sont susceptibles de recevoir le ragot. Le message est éphémère, et n'apparaît que quelques secondes sur la page des utilisateurs.

Pourquoi est-elle controversée ?

La CNIL juge qu’une personne "n’ayant pas l’application, y compris mineure, peut faire l’objet de calomnies susceptibles de déstabiliser son entourage et de lui porter un grave préjudice, sans en être informée et sans réel moyen d’action vis-à-vis de l’émetteur comme des récepteurs de la rumeur ". Gossip viole donc la loi "informatique et libertés", qui stipule que l’informatique "ne doit porter atteinte ni à l’identité humaine, ni aux droits de l’homme, ni à la vie privée, ni aux libertés individuelles ou publiques".

Le gendarme de la vie privée estime ces potins sont susceptibles "de déstabiliser son entourage et de lui porter un grave préjudice". L'organisme dénonce en outre la collecte des numéros de téléphone effectuée parcette application pour fonctionner : afin de colporter ces rumeurs, Gossip puise en effet dans le répertoire de ses utilisateurs et recueille donc même les numéros des personnes n’ayant pas l’application. Or, cette collecte "ne repose sur aucune base légale", souligne la CNIL.

Que risque Gossip ?

Avec la loi pour une République numérique, promulguée la semaine dernière, le montant maximal de l'amende qu'encourt Gossip est de 3 millions d'euros, alors qu'il n'était que de 150.000 euros jusqu'à présent. Une telle sanction pourrait signer la disparition de l'application. Lancée en mai 2015, elle avait connu un certain succès à ses débuts, avant de causer d’importants remous dans l’Education nationale. Au point que sa créatrice avait dû fermer l’application pendant quelques jours, le temps que la polémique retombe.

Cette fois-ci, une action judiciaire plane aussi sur Gossip. "Compte tenu de la nature des manquements constatés, mais aussi des risques pour les personnes concernées, notamment les mineurs", la présidente de la CNIL, Isabelle Falque-Pierrotin, a transmis le dossier au procureur de la République, "afin que celui-ci puisse, le cas échéant, procéder à des investigations complémentaires". Voilà qui pourrait signer définitivement la fin de cette application controversée. 

Nous avons essayé de contacter la société W.M.G pour recueillir sa réaction et obtenir des informations supplémentaires quant aux mesures qui seront prises pour éviter que l'application ne soit utilisée à des fins de harcèlement. En cas de réponse de sa part, nous mettrons à jour cet article. 

VIDÉO. Application Gossip : "C'était humiliant, c'était méchant"

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Application Gossip : "C'était humiliant, c'était méchant"

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