Déterminer l'orientation sexuelle d'un individu à partir des traits du visage ? Une étude américaine fait scandale

Déterminer l'orientation sexuelle d'un individu à partir des traits du visage ? Une étude américaine fait scandale

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PHYSIONOMIE - Deux chercheurs américains de Stanford ont développé une intelligence artificielle censée déterminer l'orientation sexuelle des individus à partir de leurs photos. Si cette étude soulève des questions éthiques et suscite la polémique depuis plusieurs jours, il s'agirait surtout selon les auteurs d'alerter sur les dérives des logiciels de reconnaissance faciale.

"Montrez-moi vos photos et je vous dirai votre orientation sexuelle." Alors qu’Apple vient de présenter son iPhone X et son logiciel de reconnaissance faciale, c’est une étude qui illustre une fois de plus les dérives potentielles de cette technologie. Deux chercheurs de la prestigieuse université de Stanford ont mis au point une intelligence artificielle capable d'après eux de deviner l'orientation sexuelle d'un individu à partir de photos.


Cette intelligence artificielle, capable d'évoluer et de s'adapter, a analysé 35.000 photos de 14.776 personnes inscrites sur un site de rencontre pour alimenter l'algorithme de reconnaissance faciale de traits masculins et féminins. Les deux chercheurs, Michal Kosinski et Yilun Wang, qui ont publié leur étude début septembre, assurent que leur logiciel atteint 81% de réussite pour deviner la sexualité des hommes et 74% pour les femmes. Mais quand cinq photos de la même personne sont présentées, le logiciel pourrait atteindre 91% de chance pour les hommes et 83% pour les femmes. En comparaison, les cobayes humains qui ont tenté de deviner l'orientation des individus présentés en photo n'ont atteint que 61% de réussite pour les photos d'hommes et 54% pour les photos de femmes.

Des mâchoires plus fines chez les hommes homosexuels

Cette étude a sans surprise susicté des réactions violentes sur les réseaux sociaux et des associations de défense des droits LGBT se sont rapidement emparé du débat. Et pour cause, l'étude affirme que les homosexuels ont des mâchoires plus fines, des nez plus longs que les hétérosexuels. Selon ce raisonnement, les lesbiennes auraient également des mâchoires plus larges que les femmes hétérosexuelles. 


Ces spéculations vont dans le sens de théories scientifiques non-prouvées qui postulent que l'orientation sexuelle serait définie avant la naissance par des différences d'imprégnations hormonales dans le ventre de la mer. Bien entendu, il s'agit de théories très controversées qui sont loin de faire l'unanimité au sein de la communauté scientifique.

Des résultats biaisés

Selon les détracteurs de cette étude, les résultats des deux chercheurs seraient largement biaisés. Les photos analysées par l'intelligence artificielle sont issues de sites de rencontre, il ne s'agit dont pas de photos neutres, mais de photos souvent sexualisées et retouchées. Selon des associations LGBT, un autre travers de cette étude est que l'échantillon n'est pas représentatif de la société, il s'agirait uniquement de jeunes Américains très majoritairement blancs. 


Les associations The Human Rights Campaign et Glaad reprochent également à cette étude d'affirmer des théories sur le genre et la sexualité qui ne sont pas en adéquation avec la réalité. Les personnes bisexuelles et transgenres sont notamment ignorées par l'étude.

Alerter contre les dérives de l'intelligence artificielle et de la reconnaissance faciale

Pour tenter de calmer la polémique, l'un des auteurs, violemment pris à partie sur les réseaux sociaux, a expliqué dans les colonnes de The Guardian que l'intelligence artificielle utilisée existait déjà et qu'il ne l'avait pas lui-même créée. Il a d'ailleurs refusé de livrer le secret de ces algorithmes au journal.


L'auteur dit avoir voulu alerter sur les dangers des logiciels de reconnaissance faciale, de plus en plus répandus. "Imaginez un moment les conséquences possibles si ces travaux étaient utilisés par un régime politique brutal qui chercherait à identifier et persécuter des gens soupçonnés d'être homosexuels", a expliqué Michel Kosinski.

Dans le même esprit, le site Fireworld avait publié en août dernier un article intitulé "Savoir si mon fils est gay", véhiculant de nombreux clichés sur les homosexuels. Face au tollé, le site avait supprimé son article rapidement.

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