Quand l'ancre d'un bateau prive un pays d'internet pendant trois semaines... Zoom sur le réseau sous-marin mondial

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EXPLICATION – La Somalie a été victime pendant plus de trois semaines d’une panne internet d’ampleur, privant des millions d’internautes de connexion. La faute à… un navire commercial dont l’ancre a endommagé un câble en fibres optiques reposant au fond des mers. Une entaille dans un maillage sous-marin qui connecte le monde entier.

Un seul câble vous manque et tout est dépeuplé. Durant un peu plus de trois semaines, la Somalie a été coupée d’internet, privant des millions d’habitants du sud et du centre du pays, et notamment la capitale Mogadiscio, de mails, web et autres services en raison d’une panne générale. En cause : une rupture du seul câble en fibres optiques qui relie le pays depuis 2014 au reste du monde connecté. Baptisé EASSy, il aurait été endommagé, le 24 juin dernier, par l’ancre d’un navire commercial aux larges des côtes. Tout est finalement revenu à la normale lundi 17 juillet.

Le gouvernement avait expliqué la semaine passée que l’absence de services internet coûtait 10 millions de dollars chaque jour à la Somalie (environ 9 millions d’euros). Les institutions gouvernementales, les médias ou encore les milieux d’affaires avaient été les premières victimes, tandis que les opérateurs tentaient de se rabattre sur d’autres fournisseurs d’internet pour parer au plus pressé. 

Si la Somalie s’est si rapidement retrouvée sans internet, c’est parce que la majeure partie de son installation dépend d’un seul câble sous-marin. EASSy fournit une connexion à toute la côte est de l’Afrique, de l’Afrique du Sud au Soudan.

L’internet mondial, un réseau de câbles sous-marins

Le réseau mondial est d’ailleurs composé d’un maillage de quelque 350 câbles en fibre optique sous-marins. Un chiffre auquel s’ajouteront d’autres installations planifiées pour les prochaines années, dont un câble conçu par Microsoft et Facebook pour relier Virginia Beach (côte est des Etats-Unis) à Bilbao (Espagne) d’ici fin 2017.

Plus d’un million de kilomètres de fibres optiques quadrille le fond des mers pour former la colonne vertébrale de la toile mondiale et relier les coins les plus reculés au reste de la planète. TeleGeography, l’institut américain en charge de les répertorier, met d’ailleurs à disposition une carte en temps réelle pour jeter un œil aux différents réseaux mondiaux et constater que, désormais, même les endroits qui paraissaient trop isolés (Tonga, Vanuatu, etc.) bénéficient d’internet. On peut admirer la sur-connectivité d’un pays insulaire comme le Japon. Alors qu’à l’inverse, la Corée du Nord ne dispose d’aucune arrivée de câbles. 99% des échanges de données et de téléphonie mobile passent aussi par ces systèmes.

La structure d’un câble est similaire en tous les points du monde. Depuis une station bien terrestre où se trouvent des routeurs (des ordinateurs géants qui servent de postes d’aiguillage), le câble est enfoui sous la terre et ressort dans l’océan à 1.500 m du littoral. Des répéteurs servent de relais pour assurer la continuité de la connexion via la fibre optique. Le câble est renforcé au fond de l’océan (à environ 5.000 m et au maximum 8.000 m de profondeur) pour ne pas s’exposer aux secousses sous-marines ou aux courants. Près de 90 % des problèmes ont généralement des causes liées aux facteurs environnementaux (séisme, glissement de terrain sous-marin, activité volcanique, cyclone…) ou à une activité humaine (filets de pêche, ancre larguée, opération de minage…).

13 câbles pour relier l’Europe et l’Afrique à l’Amérique

En 2014, Alan Mauldin, le directeur du centre de recherche de TeleGeography, expliquait à CNN que les pays souvent victimes de pannes étaient ceux qui ne pouvaient compter qu’un ou deux câbles pour alimenter le pays. Les pays africains étaient les premiers concernés. Une panne sur un câble et c’est tout ou partie du pays qui se retrouve hors de la toile.

Un petit groupe de compagnies est chargé d’entretenir les installations qui sont conçues pour au moins 25 ans. Plusieurs zones d’accord de maintenance des câbles (CMA) sont définies : ACMA (Atlantique), Méditerranée (MECMA), deux océans Indien et Atlantique (2OCMA), Asie du Sud-est et Océan Indien (SEAIOCMA), NAZ (Amérique du Nord) et Yokohama (Japon, Asie de l’Est). Cela permet aux différents opérateurs des systèmes de câbles sous-marins de partager les coûts.

Bien qu’ils aient la plus grosse capacité, les 13 câbles en service à travers l’Atlantique ne fonctionnent qu’à 20% de leurs possibilités. Depuis 2003, aucun nouveau câble n’a d’ailleurs été ajouté. Il faut dire qu’avec les améliorations technologiques, la quantité de données transportée croît sans que les opérateurs n’aient besoin de moderniser le matériel. A l’inverse, le câble est-africain, qui dessert des marchés moins importants, n’a pas la même force. Mais la majorité du réseau de l’Afrique est bien plus moderne et possède une marge de croissance plus conséquente, et donc à meilleur prix. Pourtant, le coût d’un câble installé au fond de l’océan se chiffre entre 300 et 400 millions de dollars selon la capacité consentie. Il dépend de la longueur et du nombre de pays à desservir.

"N’avoir qu’un seul câble n’est pas suffisant !"

Après le tsunami de 2011, le Japon s’est ainsi retrouvé en partie coupé de l’internet mondial. La moitié de ses câbles avait été endommagés par la vague qui a submergé une partie du pays. Il a alors fallu aux opérateurs basculer leur trafic vers d’autres câbles opérationnels. 

La France bénéficie de l’arrivée de plusieurs câbles transatlantiques, mais aussi via la Méditerranée. Avec le déploiement terrestre, une panne ne peut pas durer au-delà d’une journée sans qu’un autre système prenne le relais. Une situation indispensable selon Alan Mauldin : "N’avoir qu’un seul câble n’est pas suffisant. Nous devons avoir de multiples câbles pour fournir un moyen fiable et équilibré de connexion aux internautes. Ce n’est plus tolérable d’avoir un câble hors service pendant des semaines s’il est endommagé. En Europe, aux Etats-Unis ou en Asie, les gens n’ont plus à penser ‘Que va-t-il se passer si Internet tombe en rade et que je ne peux plus envoyer de mails importants ?’ Au Bangladesh, ils s’inquiètent encore."

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