Sommeil : les objets connectés peuvent-ils vraiment nous aider à mieux dormir ?

High-tech
ZZZzzzzz - Les applications et autres objets connectés destinés à mesurer et améliorer la qualité de notre sommeil sont légion. Mais améliorent-ils vraiment notre repos ? Avec l'aide d'experts, nous avons passé au crible les technologies utilisées par ces gadgets, dont l'efficacité serait scientifiquement prouvée.

Ils vous promettent un sommeil de rêves. Rien que ça... À l'heure du tout connecté, où les accessoires sont légion pour mesurer et enregistrer chaque pas, chaque battement de cœur, ou encore la moindre calorie qui se cache dernière chaque bouchée, de plus en plus de fabricants s'attardent sur un moment de la journée où notre corps continue de fonctionner sans en avoir l'air : la nuit.


C’est une des préoccupations majeures des Français, le sentiment d’être de plus en plus fatigué. Le fait est là. Le temps accru passé sur des écrans. Les horaires de nuit ou décalés. Les trajets plus longs pour se rendre au travail. Nos habitudes de vie changent et plus les années passent, moins nous dormons.

Les derniers chiffres avancés par l’Insee (2012) le montrent : avec une moyenne de 7 heures et 47 minutes par jour, le temps passé à dormir a diminué de 18 minutes en 25 ans, et même de 50 minutes chez les adolescents. Aujourd'hui, pas moins d’un Français sur trois se plaint de troubles du sommeil, comme le rapporte une étude menée par l’Institut national du Sommeil et de la Vigilance (INSV).

Autant dire que le business est juteux. Du bracelet d'activités à l'Apple Watch, en passant par l'oreiller dit intelligent, de la lampe de chevet qui simule le lever du soleil jusqu'au radio-réveil olfactif, tous promettent de vous aider à rejoindre plus rapidement les bras de Morphée ou de vous faire lever du bon pied. 


Cette année encore, à l’occasion du CES de Las Vegas, la grand-messe annuelle des nouvelles technologies, une cohorte d’objets connectés dédiés au suivi et à l’amélioration du sommeil étaient présents sur les stands des grandes marques de high-tech. La marque Nokia a présenté son nouveau traqueur, nommé Sleep, tandis que Philips a levé le voile sur SmartSleep, un bandeau connecté qui diffuse du bruit blanc. Une sorte de sifflement, censé faciliter l'endormissement. Mais, est-ce que ces objets sont efficaces ? 

Des algorithmes pour mesurer la qualité de votre sommeil

Dans la gamme des traqueurs, de nombreux objets vous promettent d'enregistrer les mouvements de votre corps, votre respiration, ainsi que votre rythme cardiaque ou les bruits environnants. Dernier exemple en date : l'oreiller iX21 dit "intelligent". Les données sont analysées par le biais d'un algorithme, tenu secret par son concepteur mais dont l'efficacité serait "scientifiquement prouvée", selon ce dernier.

Quotidiennement, l'utilisateur se voit ainsi délivrer un indice de la qualité de son sommeil, basé sur le temps de repos léger et profond, ainsi que les phases d'éveil enregistrées au cours de la nuit. L'application propose ensuite de suivre un programme de coaching, avec conseils personnalisés en fonction du profil et des données recueillies sur l'utilisateur.

Ils font miroiter à l'utilisateur un rationnel scientifique, en lui fournissant des données dont la fiabilité n'est pas prouvéeDr Sylvie Royant-Parola, présidente du réseau Morphée

Face à ce type d'objets, le Dr Sylvie Royant-Parola, médecin-psychiatre et présidente du réseau Morphée consacré aux troubles du sommeil, ne cache son scepticisme. "Les traqueurs de sommeil, tout comme les applications qui se trouvent dans nos téléphones mobiles, donnent une indication sur le nombre d’heures de sommeil que vous avez, mais en aucun cas cela va vous dire si celui-ci est de bonne qualité ou pas, certifie cette spécialiste. Le problème avec tous ces gadgets qui prétendent mesurer la qualité du sommeil, c'est qu'ils font miroiter à l'utilisateur un rationnel scientifique, en lui fournissant des données dont la fiabilité n'est pas prouvée. Les études sur lesquelles s'appuient les fabricants sont réalisées sur de très petits groupes d'individus, leurs résultats n'ont donc aucune valeur médicale."

Le chercheur Maxime Elbaz, docteur en neurosciences et expert en santé connectée au Centre de sommeil et de vigilance de l'hôpital Hôtel-Dieu à Paris, n'est pas aussi dubitatif. "On sait aujourd'hui qu’à partir des battements de cœur il est possible de déterminer, en détectant l'instabilité cardiaque, les phases de sommeil paradoxal, qui correspondent au moment où la personne rêve, nuance-t-il. Si l’algorithme est bien calibré, il est théoriquement possible que l’appareil détecte cette phase du sommeil. En revanche, il y a très peu de chance pour que l’oreiller puisse déceler les phases de sommeil profond ou léger, comme l'affirme son concepteur."


Pour arriver à un résultat pertinent, il faudrait engranger énormément de données, pointe notre expert. "Cela nécessite d’analyser le sommeil de dizaines de patients, âgés de 8 à 95 ans et tous sains. Cela représente un coût important. Et en général, les start-up n'ont pas le budget pour cela."

Des données et du son pour un sommeil plus profond

Dans la collecte de données, le bandeau Dreem de la start-up française Rythm, va plus loin. Il enregistre les fréquences cardiaque et respiratoire, les mouvements et, surtout, l’activité électrique du cerveau, avec la même fiabilité qu'un enregistrement polysomnographique standard. En médecine, ce test réalisé à l'hôpital permet de retracer les nuits d’un individu, avec ses phases d’éveil, de sommeil léger, profond et paradoxal.


De plus, il diffuse du bruit blanc. Des sons relaxants transmis directement à l'oreille interne, via une technique dite "de conduction osseuse". Une technologie censée faciliter l’endormissement, améliorer le sommeil profond et optimiser le réveil.

En vidéo

Améliorer son sommeil avec "Rythm Dreem", le bandeau connecté

"Chez Dreem, ils sont partis d'une idée et d'un concept, qui s'avèrent très intéressants mais techniquement très difficiles à mettre en œuvre, constate le Dr Royant-Parola. La promesse de départ était d'augmenter la phase de sommeil profond de l'utilisateur. C’est possible, effectivement. Cependant, cela ne veut pas dire que son sommeil sera davantage réparateur. Un insomniaque ne va pas régler son soucis simplement en scrutant ses cycles de sommeil. C’est la manière dont il le perçoit qui pose problème. Personnellement, je n'y crois pas."

De la lumière pour simuler le lever ou coucher du soleil

Certains, à l'instar du français Withings (racheté en 2016 par Nokia), ont misé sur d'autres technologies. Le système Aura, allie quant à lui un traqueur de sommeil, à placer sous le matelas, et une lampe de chevet qui simule le lever et le coucher du soleil. "Il est vrai que la lumière rouge/orangée favorise la production de mélatonine, qui est l'hormone censée favoriser l'endormissement. Et, inversement, que la lumière bleue a pour effet de l’inhiber", valide Maxime Elbaz. Sauf que Withings et Nokia n'apportent pas la moindre preuve scientifique quant à l'efficacité du dispositif.

Le métronome lumineux MyDodow, conçu par la start-up française LivLab, doit permettre à l'utilisateur de réapprendre à s'endormir naturellement. Le principe, inspiré des exercices de sophrologie, est assez simple : une fois posé à côté du lit, l'appareil diffuse une lumière bleue sur le plafond qui s'intensifie et s'atténue régulièrement, et de façon imperceptible, de plus en plus lentement.


En synchronisant ses inspirations sur le point lumineux, on ralentit ainsi progressivement son rythme de onze respirations par minute à six, affirme son constructeur. Au bout de 8 minutes, l'appareil s'éteint tout seul, et l'utilisateur est censé en faire de même, s'il ne s'est pas déjà assoupi.

"Là, on marche carrément sur la tête, s'exclame Maxime Elbaz. Le galet MyDodow utilise de la lumière bleue. Or, on sait très bien qu'elle a pour effet de favoriser l'éveil. Première erreur. De plus, le constructeur communique sur le fait que cette technique s’appuie sur une étude scientifique, sauf qu'on n'en trouve aucune trace."

Des parfums pour vous endormir et vous réveiller

S'endormir paisiblement et se réveiller à la bonne heure sans s'assommer avec une alarme stridente, c'est que ce promet la start-up nantaise Sensorwake, déjà connue pour son réveil olfactif du même nom. Elle travaille actuellement sur un nouveau produit, baptisé Oria. Ce dernier utilisera des arômes développés en partenariat avec le fabricant suisse de parfums et d'arômes Givaudan. Les fragrances ont été développées en suivant des études scientifiques réalisées en collaboration avec le Centre du sommeil de l'Université de Loughborough (Angleterre).

"Le fait de stimuler le réveil avec une odeur est une piste intéressante, approuve Maxime Elbaz. Cela permet de conditionner l’utilisateur avant son réveil, un peu comme avec le simulateur d’aube Aura de Withings et Nokia. Simplement, il ne faut pas avoir de problème de sommeil. Sinon, on prend le risque de ne pas se réveiller à l'heure souhaitée."

Ce que disent les études

Aux Etats-Unis, la National Sleep Foundation et le Consumer Electronics Association ont réalisé fin 2015 une étude sur l'utilité des nouvelles technologies sur le sommeil. Et le premier constat n'est pas très glorieux : les utilisateurs de ces gadgets dorment en moyenne aussi longtemps que ceux n'utilisant aucun outil, soit environ 6,5 heures par nuit alors qu'ils estiment avoir besoin d'une heure de plus pour se sentir reposés. 60% des utilisateurs affirment qu'ils ont depuis mieux compris leurs rythmes de sommeil et 51% d'entre eux affirment malgré tout qu'ils ont le sentiment de dormir mieux depuis.


"Les devices qui mesurent le sommeil sont comme des boîtes noires, il est très difficile d’en connaître le fonctionnement et les spécificités techniques", explique Maxime Elbaz, qui réalise en ce moment une évaluation comparative portant sur sept modèles de montres et de bracelets connectés.


Les recherches d'un Allemand du nom de Till Roenneberg pourraient bien révolutionner la manière de mesurer la qualité du sommeil dans les années à venir. "Avec son équipe, il a récemment publié dans la revue scientifique Current Biology les résultats d'une étude menée sur une population de 500 patients de tout âge, pendant l’équivalent de 16.000 nuits, rapporte Maxime Elbaz. Il est parvenu à déterminer plusieurs indicateurs de sommeil. A terme, ses travaux pourraient permettre d’analyser de manière plus fiable la qualité du sommeil en rendant les algorithmes beaucoup plus pertinents."

Mais pour le Dr Sylvie Royant-Parola, les données ne font pas tout. "Lorsqu'on se rend chez son médecin et qu'on évoque un soucis d'insomnie, le praticien a pour rôle d'en trouver la cause avec ce qu'on appelle un diagnostic différentiel, explique-t-elle. Le sentiment d'être fatigué n'est pas forcément dû à une mauvaise qualité de sommeil. Il peut également être lié à un surmenage, un stress important, voire même avoir une origine médicale. Et dans ce cas, tous ces appareils ne seront d'aucune aide."

Et si vous écoutiez plutôt votre corps ?

D'autres remèdes existent pour retrouver un bon sommeil. "Pour écouter son corps, on n’a pas besoin d'électronique, et encore moins de tous ces gadgets", insiste Claire Leconte, professeur honoraire de psychologie de l'éducation et chercheuse en chronobiologie, une discipline qui s'intéresse au rythme circadien, autrement dit à notre horloge biologique. "Notre corps nous envoie des signaux, mais la plupart du temps les gens les ignorent ou ne savent pas comment les interpréter", observe notre experte.


Certains de ces marqueurs permettent de savoir qu'il est temps d'aller se mettre au lit. "Le soir, vous avez sans doute déjà ressenti cette légère sensation de froid. En fait, c'est le signe qu'il est l'heure d'aller se coucher. Idem pour le coup de mou après le déjeuner. On dit souvent que ce phénomène est lié à la digestion. En fait, c'est un processus d'ordre physiologique. Même si vous ne mangez pas, vous le ressentirez. Notre corps nous parle et nous dit qu'il a besoin de repos. C'est donc le signe qu'une sieste d'une dizaine de minutes s'impose."

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