L’imprimante 3D au secours des hôpitaux pour lutter contre le coronavirus

Des imprimantes fabriquent des attaches pour visière de protection médicale

SOLIDARITÉ CONNECTÉE – En pleine crise sanitaire, les solutions viennent de partout et souvent de là où on les attend le moins. En France comme ailleurs, la communauté des "makers", les personnes bénéficiant d’une imprimante 3D, multiplie les initiatives pour imprimer du matériel médical pour pallier la pénurie d’équipements dans les hôpitaux. La technologie plus que jamais au service de tous.

Avec une imprimante 3D, on peut se fabriquer à peu près n’importe quoi, si tant est qu’on en ait les plans. Nombreux sont ceux qui en ont fait un business créatif, d’autres comme le projet Toy-Rescue proposent l’entraide en fabricant des objets manquants pour des personnes qui n’auraient pas cette imprimante révolutionnaire capable de tout.

Et en ces temps de confinement, avec les difficultés d’approvisionnement en équipements sanitaires, l’idée vient à beaucoup de faire tourner les machines pour la cause commune et venir en aide aux personnels soignants déjà accaparés par la lutte contre le coronavirus. Si l’on sait que les masques de protection manquent, les protections des yeux se font rares aussi. Heliox, une Youtubeuse spécialisée dans l’impression 3D et le do it yourself, a ainsi conçu une visière de protection et s’est proposée d’en fournir gratuitement aux soignants de son secteur. "J’avais vu une initiative similaire faite à Saint-Nazaire et je me suis dit que ce serait une bonne idée de faire pareil localement", explique Heliox à LCI. "J’ai appelé les pharmacies pour proposer mes impressions et je me suis fait raccrocher au nez sans avoir le temps d’expliquer. Ils ont dû croire que j’étais une société qui essayait de leur vendre un truc."

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Elle se décide alors à publier son projet sur Twitter, pensant initialement fournir une trentaines de visières à l’hôpital à côté de chez elle, près de Melun (Seine-et-Marne). C’est le raz-de-marée ! "Je ne m’attendais pas à une telle ampleur. Les gens sont prêts à se déplacer pour venir les récupérer. Je croule sous les demandes d’hôpitaux, de centres de soins, de services médicaux, etc.", reconnaît-elle. Ses cinq imprimantes 3D tournent à plein régime depuis plusieurs jours pour  répondre aux commandes de lots. "Il faut compter environ une heure pour l’impression d’un masque, temps auquel s’ajoute le montage rapide du modèle. J’ai surtout peur de manquer de feuilles plastiques."

Et son initiative a fait des émules sur Twitter où elle a partagé le résultat, mais aussi le fichier pour imprimer la visière. "Je réalise que la difficulté, c’est de mettre les ‘makers’ (ceux qui peuvent imprimer, ndlr) en contact avec les structures médicales", confie Heliox, reconnaissant qu’elle va devoir faire appel à sa communauté pour l’aider à répondre à toutes les demandes. "Je vais essayer de centraliser les demandes et d’organiser un réseau pour la fabrication. C’est un peu comme monter une microentreprise en un temps record et bénévolement." Et de l’avis du personnel médical que nous avons interrogé, son projet répond parfaitement aux normes et besoins du moment.

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L'imprimante 3D au service de l'humanité

En Italie, il recycle un masque de plongée en masque pour respirateur

L’impression 3D pourrait donc être la planche de salut du monde hospitalier en pleine crise sanitaire du Covid-19. Mais le taux d’équipement reste encore faible pour cette innovation de l’impression dont les prix se sont démocratisés néanmoins ces dernières années. Mais c’est surtout l’état d’esprit de sa communauté, entre partages, échanges et coups de pouce solidaires, qui est un soutien de poids face à la pandémie.

En Italie, la société Isinnova a eu l’ingénieuse idée de transformer des masques de plongée de Decathlon en masques pour appareil d’assistance respiratoire qui vont aider les personnages atteintes à mieux respirer. Initialement, la firme italienne se contentait d’imprimer des valves pour pallier la pénurie. Ils ont finalement songé à adapter cette valve baptisée Charlotte à des produits existants en la positionnant sur l’espace habituel du tuba pour y fixer le tuyau du respirateur. "Lorsque nous avons appris la pénurie d’un des hôpitaux, nous avons tout de suite pris contact avec celui-ci. Nous avons imprimé quelques prototypes. L'hôpital les a testés et nous a dit qu'ils fonctionnaient", a déclaré le PDG Cristian Fracassi qui a "livré personnellement" les 100 premières valves.

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Si Isinnova a breveté son invention, elle a laissé le fichier en libre accès pour que d’autres puissent s’en servir, comme le veut le fonctionnement classique de la communauté des imprimeurs 3D.

La chaîne américaine NBC News rapporté des actions mises en place aux Etats-Unis. Plusieurs hôpitaux ont ainsi fait appel aux internautes pour concevoir des fournitures hospitalières ou faire réparer des appareils en obtenant les pièces manquantes. Sur internet, dans des groupes WhatsApp, par mail, des bases de données sont mises en place pour s’échanger modèles d’impression et conseils de fabrications. L’entreprise Copper3D a mis au point un masque imprimé en 3D, le "NanoHack", dont elle a publié les plans gratuitement en ligne. 

Au Québec aussi, les entreprises d’impression 3D ont été fortement sollicitées par les hôpitaux qui craignent des pénuries de matériels. Elles ont ainsi fabriqué des masques, valves ou encore visières, mais aussi des dispositifs pour éviter d’ouvrir les portes avec les mains. Tout ce qui est pensé pour protéger les soignants est le bienvenu. "Le gouvernement fédéral, le gouvernement provincial, des hôpitaux du Québec, et même des hôpitaux des États-Unis nous ont appelés pour savoir ce qu’on pouvait faire", explique au site La Presse Béatrice Robichaud, cofondatrice de Panthera Dental. Ce spécialiste de la fabrication de produits de médecine dentaire dispose d’une vingtaine d’imprimantes 3D avec lesquelles il a pris l’habitude de créer produits stérilisés et réutilisables. "Il y a une pénurie mondiale de certains matériels médicaux et chaque pays tente de produire pour lui-même, alors on ne peut pas compter sur les autres, il faut être capable de produire entre nos murs," souligne-t-elle alors que la Santé publique canadienne lui a demandé de mettre ses imprimantes au service des médecins.

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